Nos titres sur ce sujet
XVIIe siècle
À lire aussi : récits et ouvrages sur le même thème
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Pieter van den Broecke, Journal des voyages aux Indes orientales (1605-1630)
Marchand au service de la jeune Compagnie néerlandaise, contemporain exact de Pyrard, van den Broecke trafique au même moment dans le golfe et sur les mêmes côtes que celles où Pyrard erre prisonnier. Son journal sec de négociant, attentif aux cargaisons et aux cours du poivre, éclaire en creux ce que Pyrard ne dit pas : la guerre commerciale féroce que Portugais, Hollandais et Anglais se livraient sur ces eaux pendant qu'un naufragé en apprenait, lui, les langues et les coutumes.
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John Smith, A True Relation of such Occurrences and Accidents of Noate as hath hapned in Virginia (1608)
Le 1er mai 1607, Hudson quitte Gravesend pour le pôle ; deux semaines plus tard, de l'autre côté de l'Atlantique, une centaine de colons anglais débarquent sur la James et fondent Jamestown. John Smith, soldat de fortune, y affronte la faim, les fièvres, les querelles des chefs, puis la captivité chez les hommes de Powhatan. Sa True Relation est imprimée à Londres dès 1608. Smith fit davantage : il envoya à Hudson des lettres et des cartes laissant espérer une mer ouverte au nord de la Virginie. C'est sur cette foi, rapporte Van Meteren, que Hudson tourna vers l'ouest en 1609, et Juet note en août l'entrée de la rivière du Roi, « où sont nos Anglais ».
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William Hawkins, Relation de son séjour à la cour du Grand Moghol (1608-1613)
Capitaine anglais débarqué à Surate en 1608, l'année même où Pyrard est jeté en prison à Cochin, Hawkins remonte vers Agra et la cour de l'empereur Jahangir. Tandis que le Français découvre l'Inde par le bas, en captif sur les côtes, l'Anglais la découvre par le haut, parmi les éléphants et les joyaux du palais moghol. Deux Européens, deux fortunes opposées, le même sous-continent saisi à la même date.
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Pedro Teixeira, Relations du voyage d'Ormuz et de Perse (1610)
Voyageur portugais qui traverse Ormuz, la Perse et l'océan Indien dans la première décennie du siècle, Teixeira décrit ce verrou du commerce oriental que Pyrard n'aperçoit que de loin, dans son chapitre sur le Deccan. Son récit donne chair à ces noms de ports lointains qui, chez le Lavallois, ne sont que des escales entendues d'autrui.
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William Adams, Lettres du Japon (dans Memorials of the Empire of Japon) (1611)
Pilote anglais d'une flotte hollandaise partie de Rotterdam en 1598, William Adams atteint le Japon en avril 1600 sur la Liefde, seul navire de l'expédition à toucher l'archipel, avec un équipage à bout de forces. Il gagne la confiance de Tokugawa Ieyasu, lui construit des navires à l'européenne, reçoit un domaine et un nom japonais, Miura Anjin. En 1611, il écrit à ses « amis et compatriotes inconnus » une lettre qui raconte cette odyssée ; Purchas l'imprimera en 1625, dans le même recueil que les journaux de Hudson. Le Japon que Hudson cherche obstinément par les glaces du pôle, Adams y vit déjà, arrivé par le sud. Les deux routes se répondent, l'une par la réussite, l'autre par l'échec.
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Samuel de Champlain, Les Voyages (1613)
Le 3 juillet 1608, pendant que Hudson revient de la Nouvelle-Zemble, Samuel de Champlain fonde Québec au bord du Saint-Laurent. L'hiver suivant, le scorbut décime la petite colonie. Au printemps, Champlain s'allie aux Montagnais, aux Algonquins et aux Hurons, remonte la rivière des Iroquois et découvre le lac qui portera son nom. Le 30 juillet 1609, ses coups d'arquebuse y brisent l'élan d'une troupe d'Agniers. Deux mois plus tard, Hudson remonte par le sud le fleuve auquel mène ce même chemin d'eau. Les deux hommes ne se croiseront jamais, mais Les Voyages, parus à Paris en 1613, racontent l'autre moitié de cet été où deux Européens, à quelques semaines d'écart, pénètrent dans le pays du futur État de New York.
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Pietro Della Valle, Viaggi (1614-1626)
Gentilhomme romain, Pietro Della Valle part de Venise en 1614 pour Constantinople, l'Égypte et Jérusalem, puis gagne Bagdad, où il épouse Maani, une jeune chrétienne de la ville. De 1617 à 1621, il vit en Perse et rencontre le chah Abbas Ier, dont il laisse un portrait célèbre. Maani meurt de fièvre en 1621 ; il fait embaumer son corps et l'emporte jusqu'à Rome. Ses longues lettres, publiées à partir de 1650, forment l'un des grands récits de voyage du siècle. Même époque que Munk, ton opposé : la curiosité bavarde d'un lettré face au journal laconique d'un marin.
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George Sandys, A Relation of a Journey begun An. Dom. 1610 (1615)
En 1610, l'année où Hudson s'engage dans le détroit qui porte aujourd'hui son nom, le jeune George Sandys part pour l'Orient. Par Venise, il gagne Constantinople, puis l'Égypte et Le Caire, la Terre sainte et Jérusalem, avant de revenir par Chypre, la Sicile et Rome. Sa Relation, publiée à Londres en 1615 décrit l'Empire ottoman en humaniste : monuments, mœurs, religions, et le souvenir des Anciens. Le contraste est total avec les glaces de la baie : une route parcourue depuis des siècles, des villes chargées de mémoire. Un fil relie pourtant les deux voyageurs : la Virginie, dont Hudson longe la côte en août 1609, et où Sandys partira en 1621 comme trésorier de la colonie.
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Sir Thomas Roe, The Embassy of Sir Thomas Roe to the Court of the Great Mogul (1615-1619)
De 1615 à 1619, l'ambassadeur de Jacques Ier et de la Compagnie anglaise des Indes orientales suit la cour de l'empereur moghol Jahangir. Son journal et ses lettres racontent les audiences, les cadeaux jugés trop modestes, les rivalités avec les Portugais et la lente obtention d'une protection pour le comptoir de Surate. Roe quitte l'Inde l'année même où Munk appareille : les deux hommes servent des couronnes du Nord qui cherchent, chacune à sa manière, la route des épices, l'une par la diplomatie dans l'empire le plus riche d'Asie, l'autre par les glaces d'une mer encore sans nom sur les cartes danoises.
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Thomas Roe, The Embassy of Sir Thomas Roe to the Court of the Great Mogul, 1615-1619 (1615-1619)
Débarqué à Surate en septembre 1615, l'ambassadeur de Jacques Ier suit la cour de l'empereur Jahangir à Ajmer puis à Mandu, pour arracher des privilèges de commerce à la Compagnie anglaise des Indes orientales. Son journal et ses lettres, publiés en 1899 par la Hakluyt Society, décrivent les audiences, les cadeaux jugés trop maigres, les rivalités avec les Portugais et le faste d'un empire qui dépasse de loin les royaumes européens. Bénard négocie au même moment avec l'Attala de Rama et les douaniers turcs : deux Européens qui entrent, chacun à sa mesure, dans le jeu des tributs et des passeports d'un grand empire musulman.
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Richard Cocks, Diary of Richard Cocks, Cape-Merchant in the English Factory in Japan, 1615-1622 (1615-1622)
Chef du comptoir anglais de Hirado, Richard Cocks tient son journal à partir de juin 1615. Il y note les ventes de draps qui ne trouvent pas preneur, les cadeaux aux seigneurs, les conseils du pilote William Adams et, en 1616, le voyage à la cour du shogun pour faire confirmer des privilèges que la mort de Tokugawa Ieyasu remet en question. Le Japon se ferme alors peu à peu aux missionnaires. Lire Cocks à côté de Bénard, c'est voir deux chrétiens du même temps, l'un marchand, l'autre pèlerin, qui composent avec un pouvoir étranger soupçonneux, et en tirent des pages d'une précision quotidienne.
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Jean Mocquet, Voyages en Afrique, Asie, Indes orientales et occidentales (1616)
Apothicaire du roi Henri IV, Mocquet sillonne le monde dans les mêmes années que Pyrard et parcourt parfois les mêmes routes : le cap, Goa, le Malabar. Là où Pyrard observe en captif patient, Mocquet collectionne pour le cabinet royal, rapporte des plantes, des bêtes empaillées, des récits de naufrage et de fièvre. Lus côte à côte, les deux Français des premières années du siècle composent un portrait à deux voix de cet Orient maritime que la France découvre alors avec retard, par fragments rapportés dans des coffres de marin.
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Willem Schouten, Journael ofte beschrijvinghe van de wonderlijcke reyse (1618)
Pendant que les Danois cherchent un passage par le nord, les Hollandais en trouvent un par le sud. Partis du Texel en 1615 avec l'Eendracht et le Hoorn, Willem Schouten et Jacob Le Maire franchissent en 1616 le cap qu'ils baptisent Horn, du nom de leur second navire perdu en Patagonie. Ils traversent le Pacifique par les Tuamotu, les Tonga et Futuna, longent la Nouvelle-Guinée, puis voient leur navire saisi aux Indes par la Compagnie, qui les accuse de violer son monopole. Le journal paraît en 1618 à Amsterdam : la même fièvre des détroits que celle de Munk, à l'autre extrémité du globe.
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Willem Schouten et Jacob Le Maire, Journal ou description du merveilleux voyage de Guillaume Schouten (1618)
Partis de Texel en juin 1615 avec l'Eendracht et le Hoorn, des marchands hollandais cherchent un passage vers le Pacifique qui échappe au monopole de la Compagnie des Indes. Le Hoorn brûle sur la côte de Patagonie ; l'Eendracht seul franchit le détroit de Le Maire et double, fin janvier 1616, le cap qu'ils baptisent Hoorn. Suivent les îles du Pacifique, des Tonga à la Nouvelle-Irlande, puis Batavia, où la Compagnie confisque le navire. Le Maire meurt sur le chemin du retour, et Schouten rentre en juillet 1617, le mois même où Bénard quitte Rome. La même mer de tempêtes, à l'autre bout du monde.
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Samuel de Champlain, Voyages et descouvertures faites en la Nouvelle France, depuis l'année 1615 jusques à la fin de l'année 1618 (1619)
À l'automne 1615, pendant que Bénard n'est encore qu'un jeune Parisien qui rêve de Jérusalem, Champlain remonte l'Outaouais en canot, gagne la baie Georgienne et passe l'hiver chez les Wendats. Il les accompagne contre un village fortifié des Iroquois, reçoit des flèches au genou et doit être porté dans un panier sur le dos de ses alliés. Il regagne la France en 1616, l'année où Bénard prend le coche de Lyon. Deux Français du même règne, deux manières de partir : l'un vers une terre sainte connue par les Écritures, l'autre vers des Grands Lacs encore absents des cartes.
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Samuel de Champlain, Voyages et descouvertures faites en la Nouvelle France (1619)
En 1615, quatre ans avant que Munk ne quitte Copenhague, Champlain remonte l'Outaouais en canot jusqu'au pays des Hurons, à l'autre bout du même continent. Il se joint à une expédition contre une place forte iroquoise au sud du lac Ontario, puis passe l'hiver 1615-1616 en Huronie, où il observe villages, cultures et alliances. Publié en 1619, l'année même du départ danois, son récit montre une autre manière d'entrer dans l'Amérique du Nord : par les rivières et avec des guides autochtones, là où Munk s'y aventure par la mer, sans interprète, et s'y retrouve seul face à l'hiver.
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Jerónimo Lobo, Itinerário (Voyage historique d'Abissinie) (1622-1640)
Jésuite portugais, Jerónimo Lobo débarque en 1625 sur la côte de la mer Rouge avec le patriarche Afonso Mendes et gagne les hauts plateaux éthiopiens. Il y vit près de dix ans, visite en 1629 les sources du Nil Bleu et assiste à la fin de la mission quand le nouvel empereur Fasiladas chasse les catholiques. Son Itinerário, longtemps resté manuscrit, est traduit en français par l'abbé Le Grand en 1728, puis abrégé en anglais par Samuel Johnson. Comme Munk, Lobo raconte un monde qui se referme sur les étrangers, ici par la politique et la religion, là-bas par le froid et la maladie.
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Jean-Baptiste Tavernier, Les Six Voyages (1631-1668)
Le compagnon obligé de cette lecture. Marchand de pierres précieuses, Tavernier fait six fois, entre 1631 et 1668, la route même de la Relation : Alep, le désert, Bagdad, Ispahan, Gomeron, Surate, Golconde. Il connaît chaque caravansérail, chaque douane, chaque taux de change, et décrit la mine de diamants du roi de Golconde que Bourges n'a fait qu'entrevoir. Là où le prêtre compte les âmes, le marchand compte les carats. Les deux livres se recoupent si souvent qu'ils forment ensemble le meilleur guide de la route de terre vers l'Asie au dix-septième siècle.
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Thomas James, The Strange and Dangerous Voyage of Captaine Thomas James (1633)
En mai 1631, Thomas James quitte Bristol sur l'Henrietta Maria pour reprendre la quête là où Hudson l'avait laissée. Dans la baie, il croise un autre chercheur de passage, Luke Foxe, parti de Londres la même saison, puis descend vers le sud, dans ce fond de baie où Hudson avait hiverné et qui porte aujourd'hui le nom de James. Il passe l'hiver sur l'île Charlton, coule volontairement son navire pour le soustraire aux glaces, le renfloue au printemps et rentre à Bristol en octobre 1632. Son Strange and Dangerous Voyage, paru en 1633, dit la faim, le froid, la prière, et aboutit au même constat que les journaux de Hudson : par là, aucun passage ne s'ouvre vers l'Asie.
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Adam Olearius, Offt begehrte Beschreibung der newen orientalischen Reise (1633-1639)
Quelques années avant Tasman, le secrétaire d'une ambassade du duc de Holstein descend la Volga, traverse la Caspienne et gagne Ispahan pour ouvrir une route de la soie par la Russie. Adam Olearius publie son récit en 1647, alors que le journal de Tasman reste enfoui dans les archives de la Compagnie. Le projet échoue, comme celui de Tasman sur le plan commercial : ni la Perse ni la Terre australe ne livrent la richesse espérée. Mais Olearius laisse une description minutieuse de la Moscovie et de la Perse safavide, avec la même précision de géomètre que le pilote-major Visscher sur ses relevés.
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Luke Foxe, North-West Fox, or Fox from the North-West Passage (1635)
Douze ans après Munk, en 1631, Luke Foxe quitte Londres sur le Charles, une petite pinasse, passe par les Orcades et entre dans le détroit d'Hudson en juin. Il longe la côte ouest de la baie, retrouve à Port Nelson les traces de l'hivernage de Thomas Button, croise par hasard son rival Thomas James, puis remonte vers le nord dans le bassin qui porte aujourd'hui son nom. Il rentre en octobre sans avoir hiverné ni perdu d'homme. Son livre, publié en 1635, mêle journal de bord et histoire des voyages antérieurs : la lecture idéale pour mesurer ce que Munk avait payé si cher.
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Evliya Çelebi, Seyahatname (Livre des voyages) (1640-1676)
En 1640, deux ans avant le départ de Tasman, un jeune lettré d'Istanbul se jure de voyager après un rêve où le Prophète l'y invite. Evliya Çelebi parcourt pendant près de quarante ans l'Empire ottoman et ses voisins, du Caucase à l'Égypte, de Vienne à la Perse, et en tire les dix volumes de son Livre des voyages. Tout oppose les deux auteurs : le commandeur hollandais compte les milles et les brasses, l'Ottoman raconte, exagère, s'émerveille. Mais tous deux écrivent pour dresser l'inventaire d'un monde, l'un au service d'une compagnie de marchands, l'autre pour la gloire d'un empire.
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Hendrick Brouwer et Elias Herckmans, Journael ende historis verhael van de reyse gedaen by oosten de Straet le Maire, naer de custen van Chili (1642-1643)
Pendant que Tasman croit tenir, avec la côte néo-zélandaise, un morceau de la Terre des États de Le Maire, une flotte de la Compagnie des Indes occidentales double le cap Horn par l'est de cette même Terre des États et prouve qu'elle n'est qu'une île. Hendrick Brouwer, ancien gouverneur général à Batavia, veut s'allier aux Mapuches contre l'Espagne et prendre pied à Valdivia. Il meurt à Chiloé en août 1643 ; Elias Herckmans occupe Valdivia puis l'abandonne à l'automne. Publié à Amsterdam en 1646, ce récit fait tomber l'hypothèse de Tasman : sa Staten Landt deviendra la Nouvelle-Zélande.
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Isaac Jogues, Novum Belgium (1642-1643)
En août 1642, le mois même où Tasman quitte Batavia, le jésuite Isaac Jogues est capturé sur le Saint-Laurent par des guerriers mohawks. Un an de captivité, de supplices et de survie dans les villages iroquois s'achève à l'été 1643 grâce aux Néerlandais de Fort Orange, qui l'aident à fuir et le conduisent à La Nouvelle-Amsterdam. De ce passage naît une courte description en latin de la Nouvelle-Néerlande, où Jogues s'étonne qu'on parle dix-huit langues autour du fort de Manhattan. Les mêmes années, à l'autre bout du monde, la république marchande étend ses comptoirs de l'Hudson à Java.
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Maarten Gerritsz Vries, Reize van Maarten Gerritsz. Vries in 1643 naar het noorden en oosten van Japan (1643)
Le même gouverneur général, Antonio van Diemen, qui lance Tasman vers le sud expédie au printemps 1643 deux navires vers le nord, le Castricum et le Breskens. Maarten Gerritsz Vries cherche au-delà du Japon des terres d'or et d'argent : il longe Hokkaido, passe entre les Kouriles, baptise une île Staten Eylandt et une côte Compagnies Landt, aborde le sud de Sakhaline. Les deux journaux sont les deux bras d'un même compas : Batavia sonde en même temps l'inconnu austral et l'inconnu boréal, avec les mêmes instructions, les mêmes conseils de bord, et la même manie de semer sur les cartes les noms des puissants de la Compagnie.
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Adam d'Olearius, Voyage en Moscovie, Tartarie et Perse (1647)
Dans les mêmes décennies, un savant allemand traverse la Russie des tsars et descend jusqu'à la Perse safavide, carnets en main. Olearius observe, mesure, dessine, doute ; il rapporte une Asie que l'Europe ne connaît que par ouï-dire. Lu en regard de Scheffer, son livre montre deux manières voisines d'enquêter sur un monde lointain : l'un sur le terrain, l'autre depuis son cabinet, mais tous deux animés du même appétit de vérité contrôlée.
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Adam Olearius, Voyages très curieux faits en Moscovie et en Perse (1647-1656)
Secrétaire d'une ambassade du Holstein, Olearius parcourt la Russie et la Perse entre 1633 et 1639. Son livre, paru en plusieurs éditions de 1647 à 1656, fait date par la précision ethnographique. La comparaison avec Hamel est instructive : la même génération européenne tente de comprendre les royaumes asiatiques avec les mêmes outils intellectuels limités, l'un en pays connu, l'autre en pays totalement fermé.
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Pietro della Valle, Viaggi di Pietro della Valle il pellegrino (1650-1663)
Le gentilhomme romain arrive à Jérusalem le 8 mars 1616 pour les fêtes de Pâques, dix mois avant Bénard, et parcourt les mêmes sanctuaires, logé comme lui chez les franciscains. Mais lui ne rentre pas : il passe à Damas, à Alep, épouse à Bagdad une chrétienne syrienne, Sitti Maani, et part pour la Perse de Shah Abbas en janvier 1617, au moment où Bénard débarque à Saïda. Ses lettres, publiées à Rome de 1650 à 1663, mènent ensuite jusqu'en Inde. Le pèlerin parisien voit la Terre sainte comme un aboutissement ; le pèlerin romain en fait la porte d'un Orient qu'il veut comprendre.
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Johan Nieuhof, L'Ambassade de la Compagnie orientale des Provinces-Unies vers l'empereur de la Chine (1655-1656)
Voici l'empire que Lambert de la Motte n'atteindra jamais, vu de l'intérieur et exactement dans ces années-là. Nieuhof accompagne l'ambassade hollandaise qui remonte de Canton à Pékin en 1655 et 1656, sous les nouveaux maîtres mandchous. Son livre, publié en 1665, offre des centaines de gravures et fixe pour un siècle l'image européenne de la Chine. Le lire contre la Relation, c'est mesurer l'écart entre l'ambition missionnaire et la réalité politique : Canton, à trois semaines de mer d'Ayutthaya, était déjà un port sous surveillance étroite.
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Robert Knox, An Historical Relation of the Island Ceylon in the East Indies (1659-1679)
Burckhardt ne connaît le roi de Kandy que par l'ambassade de Puqvoy. Le marin anglais Robert Knox, lui, a vécu dix-neuf ans dans son royaume. Capturé en 1659 avec une partie de son équipage par les troupes de Raja Sinha II, il survit en tricotant des bonnets et en prêtant du grain, jusqu'à son évasion vers le fort hollandais d'Arippu, qui l'envoie à Batavia. Rentré à Londres en septembre 1680, il publie son récit en 1681, avec l'appui de la Royal Society. Traduit en allemand dès 1689, il offre le revers exact de celui de Burckhardt : le Ceylan cinghalais de l'intérieur, vu par un captif, face au Ceylan des forts hollandais de la côte.
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Antoine Biet, Voyage de la France équinoxiale en l'isle de Cayenne (1664)
Publié en 1664, deux ans avant la Relation, le récit d'un prêtre parti fonder une colonie française de l'autre côté du monde. Même décennie, même élan de la France de Colbert vers les terres lointaines, même mélange de religion et de commerce, mais avec une issue désastreuse : la colonie de Cayenne s'effondre dans la maladie et la mésentente. Biet observe les Galibis avec une curiosité qui ressemble à celle de Bourges pour les Siamois, et la comparaison des deux entreprises éclaire ce que la voie asiatique devait à la patience.
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Jean de Thévenot, Relation d'un voyage fait au Levant (1664)
Quarante ans après Bénard, un autre jeune Parisien part pour le Levant, en 1655. Jean de Thévenot passe plusieurs années à Constantinople, en Égypte et en Terre sainte, où il reçoit lui aussi la chevalerie du Saint-Sépulcre. Mais là où Bénard compte les indulgences, Thévenot observe les mœurs, les monnaies, les cafés et les caravanes avec une curiosité de voyageur plus que de pèlerin. Sa relation paraît en 1664 et sera souvent rééditée. Il repart ensuite pour la Perse et l'Inde et meurt sur le chemin du retour, en 1667. Les deux livres montrent comment le pèlerinage devient, en une génération, un voyage d'observation.
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Evliya Çelebi, Le Livre des voyages (1665)
En 1665, Evliya Çelebi accompagne à Vienne l'ambassade ottomane de Kara Mehmed Pacha, venue ratifier la paix de Vasvár avec l'empereur Léopold Ier. Il décrit dans son Livre des voyages la ville, la cathédrale Saint-Étienne, les hôpitaux et le cérémonial des audiences impériales, avec ce goût de l'anecdote et de l'exagération qui fait le charme de toute son œuvre. Quatre ans plus tard, Min Jeong-jung accomplit à Pékin un voyage symétrique. Deux envoyés convaincus de la supériorité de leur propre civilisation observent une cour qu'ils jugent étrangère, en décrivent les rites avec une curiosité mêlée de dédain, et rapportent chez eux ce qu'ils en pensent.
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Manuel Godinho, Relacao do Novo Caminho (1665)
Jésuite portugais, Godinho voyage en 1663 d'Inde vers le Portugal par la route terrestre, traversant la Perse safavide et l'Empire ottoman. Son récit, publié en 1665, décrit un Orient où les empires musulmans paraissent éternels. Ouvrage contemporain exact des années de captivité de Hamel en Corée : même décennie, autre continent, autre angle.
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Athanasius Kircher, China Illustrata (1667)
Le jésuite allemand Kircher publie en 1667, au moment où Hamel attend à Deshima, une somme illustrée sur la Chine, fondée sur les rapports des missionnaires. Sa Corée est encore largement imaginaire. La parution de ces deux ouvrages la même année est emblématique : l'Europe savante avait sa Chine, elle découvre sa Corée.
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Jean-Baptiste Du Tertre, Histoire générale des Antilles habitées par les François (1667)
Un dominicain aux Antilles, publiant en 1667 le récit de trente ans de présence française dans les îles. On y trouve la version caraïbe de ce que la Relation raconte pour l'Asie : des religieux qui arrivent avec les marchands, des rivalités entre nations européennes, une nature décrite avec un émerveillement de naturaliste. Ses pages sur les fruits, sur le manioc et sur les tortues répondent presque mot pour mot aux pages siamoises sur le durion et aux tortues de l'île de l'Ascension.
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François Bernier, Voyage dans les États du Grand Mogol (1670-1671)
Médecin d'Aurangzeb, Bernier vit douze ans dans l'empire que les missionnaires traversent en chariots pendant quarante et un jours. Il raconte de l'intérieur la guerre de succession que Bourges résume en une phrase, celle du prince fakir devenu empereur, et décrit les camps, les provinces, la famine, le système de la terre. Sa correspondance donne à la marche silencieuse du chapitre six son épaisseur politique : ces forteresses occupées par Sivagi, ces cinq mille cavaliers campés dans la nuit appartiennent à un empire qui commence à se fissurer.
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François Bernier, Voyages contenant la description des États du Grand Mogol (1670-1671)
Pendant que Hamel découvre le royaume ermite de Corée, un autre voyageur de plume vit en Inde et observe la cour de l'empereur Aurangzeb. François Bernier, médecin angevin, séjourne près de dix ans au Mogholistan entre 1656 et 1668. Comme Hamel, il fait le portrait d'un État asiatique à son apogée, mais l'angle est inversé : Bernier voit du dedans la magnificence d'une cour, Hamel voit du dehors un royaume qui se cache. Les deux livres, écrits dans les mêmes années, forment une paire saisissante : l'Asie de la lumière et l'Asie de l'ombre, vues par deux Européens de même génération.
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Friderich Martens, Spitzbergische oder Groenlandische Reise-Beschreibung gethan im Jahr 1671 (1671)
Au printemps 1671, le chirurgien de marine hambourgeois Friderich Martens embarque sur un baleinier, le Jonas im Walfisch, qui quitte l'Elbe le 15 avril pour les eaux du Spitzberg et rentre le 21 août. Pendant que l'équipage chasse la baleine et le phoque, Martens note tout : la glace et les glaciers qui vêlent, le temps, les plantes, les oiseaux, les ours blancs, les morses et les baleines. Son livre paraît à Hambourg en 1675. C'est l'autre pôle de la curiosité allemande de ces années : un homme de métier, embarqué sur un navire de commerce, qui rapporte du bout du monde une description patiente des bêtes et des choses, comme le bestiaire et l'herbier de Burckhardt.
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Jean Chardin, Journal du voyage du chevalier Chardin en Perse et aux Indes orientales (1671-1677)
Quand Burckhardt s'embarque pour les Indes, le joaillier protestant Jean Chardin est déjà reparti pour la Perse. Parti de Paris en août 1671, il gagne Ispahan par la mer Noire et la Géorgie, y vit quatre ans dans l'entourage de la cour safavide, parcourt le pays de la Caspienne au golfe Persique, puis regagne l'Europe en 1677 en contournant le cap de Bonne-Espérance. Le premier volume de son journal paraît à Londres en 1686. Le lecteur de Burckhardt y retrouvera Gamron, la chaleur du Golfe et le commerce des Compagnies, mais vus par un marchand lettré qui fréquente les grands, là où le commis allemand rapporte surtout ce qu'il a entendu dire.
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Friedrich Martens, Spitzbergische oder Groenlandische Reise-Beschreibung (1675)
Au printemps 1671, le chirurgien-barbier hambourgeois Friedrich Martens embarque sur un baleinier, le Jonas im Walfisch, pour le Spitzberg. Soixante ans plus tôt, les baleines signalées par Hudson en 1607 avaient attiré dans ces baies les flottes anglaises et hollandaises ; Martens y trouve une industrie installée, avec ses chaloupes, ses harpons et ses fondoirs. Pendant que l'équipage chasse, il observe : les glaces qui se détachent des glaciers, l'ours blanc, le morse, les oiseaux de mer, et l'herbe à cuillère contre le scorbut, celle que les survivants de la mutinerie cueillaient sur les îles de la baie. Sa Reise-Beschreibung, imprimée à Hambourg en 1675, fut traduite en italien, en néerlandais et en anglais.
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Nicolae Milescu Spafarii, Voyage à travers la Sibérie jusqu'aux frontières de la Chine (1675-1678)
En 1675, l'année où Burckhardt débarque à Ceylan, le lettré moldave Nicolae Milescu, entré au service du tsar sous le nom de Spafarii, part de Moscou comme ambassadeur auprès de l'empereur Kangxi. Au lieu de passer par la Mongolie, il traverse toute la Sibérie, par Tobolsk et Ienisseïsk, jusqu'à Nertchinsk, puis gagne Pékin, où il s'entretient en latin avec le jésuite Ferdinand Verbiest. L'ambassade échoue, mais il rapporte à Moscou un journal de route et une description de la Chine. Deux Européens décrivent ainsi la même Chine au même moment : l'un l'a vue de près, l'autre, Burckhardt, la compose de loin, d'après ce qu'il a lu ou entendu.
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Louis Hennepin, Description de la Louisiane, nouvellement découverte au sud-ouest de la Nouvelle-France (1678-1680)
Pendant que Burckhardt compte les sacs de riz du magasin de Zeitavaque, le récollet flamand Louis Hennepin suit Cavelier de La Salle vers l'ouest de la Nouvelle-France : les Grands Lacs, le chantier du Griffon, les chutes du Niagara, puis le fort Crèvecœur, sur la rivière des Illinois. Envoyé en avant vers le Mississippi en février 1680, il est capturé par un parti sioux et emmené dans l'actuel Minnesota, avant d'être libéré à l'automne grâce à Duluth. Sa Description de la Louisiane paraît à Paris en 1683. Ses récits ont été très contestés par les historiens, mais ils donnent, comme celui de Burckhardt, la voix d'un homme ordinaire jeté à l'autre bout du monde.
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Jacques Marquette, Voyage et découverte de quelques pays et nations de l'Amérique septentrionale (1681)
En 1673, le jésuite Jacques Marquette et le marchand Louis Jolliet descendent en canot le Mississippi depuis les Grands Lacs jusqu'au confluent de l'Arkansas, et en concluent que le fleuve se jette dans le golfe du Mexique et non dans le Pacifique. Le récit attribué à Marquette paraît en 1681 dans le recueil de Melchisédech Thévenot. Il est écrit quatre ans après le journal de Min Jeong-jung, dans le même registre de la relation datée, étape par étape. Mais là où l'ambassadeur coréen suit une route connue depuis des siècles, avec ses relais et ses distances en li, Marquette avance sans carte, de nation en nation, en se faisant ouvrir le passage par le calumet.
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Robert Knox, Relation de l'île de Ceylan (1681)
Captif d'un roi cinghalais pendant près de vingt ans, ce marin anglais publie en 1681 le portrait le plus précis qu'un Européen ait alors donné d'une société asiatique. Même décennie, autre bout du monde : là où Danckaerts visite des colons hollandais, Knox vit prisonnier d'une cour exotique. Tous deux écrivent en témoins minutieux, soucieux d'exactitude plus que d'effet, et offrent à leurs lecteurs des fenêtres ouvertes sur des mondes que peu verront jamais.
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Otto Friedrich von der Groeben, Guineische Reise-Beschreibung (1682-1683)
Un an après le retour de Burckhardt, le jeune noble prussien Otto Friedrich von der Groeben appareille le 16 mai 1682 avec deux navires, le Morian et le Churprinz von Brandenburg, pour fonder une colonie sur la côte de Guinée au nom du Grand Électeur de Brandebourg. Le 1er janvier 1683, il fait hisser le pavillon brandebourgeois sur la Côte-de-l'Or, dans l'actuel Ghana, et commence le fort de Groß-Friedrichsburg, avant de rentrer, malade de fièvre, l'été suivant. Sa Guineische Reise-Beschreibung paraît à Marienwerder en 1694, un an après le livre de Burckhardt : deux Allemands racontent alors, à un an d'écart, la tentative des princes allemands de se faire une place sur les routes des Hollandais.
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Louis Hennepin, Description de la Louisiane (1683)
À l'heure même où nos labadistes remontent l'Hudson, un récollet flamand descend le Mississippi et découvre les chutes de Saint-Antoine. Hennepin partage avec Danckaerts l'origine des Pays-Bas, la ferveur religieuse et le goût de la cataracte : tous deux s'arrêtent, émerveillés, devant une chute d'eau sauvage. Mais là où le Hollandais reste sobre, le récollet enfle son récit. Lus côte à côte, ils dessinent les deux Amériques rivales de la fin du XVIIe siècle, la française et l'anglaise, qui se partagent déjà le continent.
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Ferdinand Verbiest, Voyages de l'empereur de la Chine dans la Tartarie (1685)
Treize ans après Min Jeong-jung, le jésuite flamand Ferdinand Verbiest, astronome de la cour, accompagne l'empereur Kangxi dans sa grande tournée de 1682 en Mandchourie : Shenyang, les tombeaux des ancêtres mandchous, puis les forêts du Nord jusqu'à Ula. Sa lettre, publiée en français en 1685, décrit l'immense cortège, les chasses impériales et les terres vidées par la conquête. L'adolescent de quinze ans que Min aperçoit à Pékin est devenu un souverain sûr de lui, qui revient en pèlerinage sur la terre de ses pères. Les deux textes se complètent : la Mandchourie vue par un tributaire inquiet, puis par un invité de l'empereur.
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Jean Chardin, Voyages en Perse (1686)
Joaillier protestant, Jean Chardin passe de longues années en Perse en deux séjours, entre 1666 et 1677, au plus près de la cour safavide d'Ispahan dont il décrit les palais, les lois, les cérémonies et les marchés. En 1681, pour échapper aux persécutions qui frappent les protestants de France, il s'installe à Londres, où Charles II le fait chevalier le 17 novembre : l'année même où le roi signe la charte de William Penn. Le premier volume de son journal paraît en 1686. Chardin et Pastorius appartiennent à la même Europe déchirée par les querelles de religion, et chacun cherche, loin de son pays natal, un lieu où croire en paix.
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Jean Chardin, Voyages en Perse et autres lieux de l'Orient (1686-1711)
Joaillier protestant, Jean Chardin arrive à Ispahan en 1666 et assiste l'année suivante au couronnement du shah Soliman, qu'il raconte dans un premier ouvrage. Il séjourne en Perse à deux reprises jusqu'en 1677 et publie ses Voyages, dont l'édition complète paraît en 1711. Comme Min Jeong-jung à Pékin, il observe une cour asiatique au moment où un jeune souverain prend le pouvoir, avec ses audiences, ses présents et son étiquette minutieuse. Les deux témoins voient de près un pouvoir qui se met en scène, et notent avec la même exactitude ce que coûte chaque faveur et ce que révèle chaque préséance.
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Giovanni Antonio Cavazzi da Montecuccolo, Istorica descrizione de' tre regni Congo, Matamba et Angola (1687)
Missionnaire capucin, Giovanni Antonio Cavazzi passe une douzaine d'années, de 1654 à 1667, au Congo, au Matamba et en Angola, où il fréquente la reine Njinga jusqu'à sa mort en 1663. Sa description, publiée à Bologne en 1687 et illustrée de gravures, reste une source majeure sur ces royaumes. Elle pose une question qui traverse aussi le journal de Min Jeong-jung : comment un royaume voisin d'une puissance conquérante préserve-t-il son rang et ses rites ? Njinga concède aux Portugais le baptême et les traités pour sauver l'essentiel, comme la cour de Séoul accepte le tribut aux Qing sans renoncer à sa fidélité aux Ming.
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Nicolas Gervaise, Histoire naturelle et politique du royaume de Siam (1688)
Vingt-cinq ans après, un jeune prêtre des Missions étrangères formé dans le séminaire fondé grâce au retour de Jacques de Bourges publie sur le Siam le livre que la Relation esquissait. Gervaise a vécu quatre ans à Ayutthaya, parle la langue, connaît la cour et les monastères. Ses chapitres sur les talapoins, les funérailles, la royauté et le riz reprennent, corrigent et approfondissent ceux de son prédécesseur. C'est le meilleur moyen de mesurer ce que la Relation avait vu juste et ce qu'elle n'avait fait que deviner par interprète.
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Willem Bosman, Voyage de Guinée (1688-1702)
En 1688, à seize ans, Willem Bosman entre au service de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales et part pour la Côte-de-l'Or. Il y gravit les échelons jusqu'au rang de premier marchand du château d'Elmina, puis rentre aux Provinces-Unies en 1702. Son livre, paru en 1704, détaille le commerce de l'or, de l'ivoire et des esclaves ; à Fida, écrit-il, on tient marché d'hommes comme on tient chez nous marché de bêtes. Cette même année 1688, le 18 février, Pastorius et trois voisins de Germantown signaient l'une des premières protestations écrites contre l'esclavage en Amérique. Les deux textes se regardent, d'une rive à l'autre de l'Atlantique.
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Engelbert Kaempfer, Histoire du Japon (1690-1692)
Né à Lemgo le 16 septembre 1651, dix jours à peine avant Pastorius, Engelbert Kaempfer quitte lui aussi l'Allemagne pour l'autre bout du monde. Secrétaire d'une ambassade suédoise en Perse, puis médecin de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, il débarque à Nagasaki en septembre 1690 et reste deux ans au Japon. Par deux fois, il suit les marchands hollandais jusqu'à Edo et paraît devant le shogun Tsunayoshi. Son grand livre ne sortira qu'après sa mort, à Londres, en 1727. Deux Allemands nés la même année, deux regards également patients : Kaempfer sur un empire fermé aux étrangers, Pastorius sur des Lenapes qu'il juge plus droits que bien des chrétiens.
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Simon de La Loubère, Du royaume de Siam (1691)
Envoyé extraordinaire de Louis XIV en 1687, La Loubère assiste à l'apogée puis à la ruine de l'alliance franco-siamoise. Son ouvrage, resté un classique, décrit le pays avec une rigueur presque scientifique : mesures, calendrier, mathématiques siamoises, langue, gouvernement. Le contraste est saisissant avec le récit de 1666, où quatre prêtres épuisés débarquent sans un mot de siamois. Vingt-cinq ans séparent la pirogue de Lalinga des ambassades en habit brodé, et les deux livres racontent le début et la fin de la même aventure française en Asie.
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Eberhard Isbrand Ides, Voyage de trois ans de Moscou à la Chine (1692-1695)
Le 14 mars 1692, Eberhard Isbrand Ides, marchand d'origine néerlandaise né à Glückstadt, dans le Holstein, quitte Moscou à la tête d'une ambassade de Pierre le Grand auprès de l'empereur Kangxi. Il lui faut traverser l'Oural, la Sibérie entière et le désert de Gobi : il n'entre à Pékin que le 3 novembre 1693 et ne revoit Moscou qu'au début de 1695. Son récit, publié à Amsterdam en 1704, décrit les peuples sibériens, leurs vêtements, leurs chamanes et leurs funérailles. Comme Pastorius, Ides est un homme du monde germanique au service d'une puissance étrangère, qui découvre aux confins d'un empire des peuples sans écriture et consigne leurs coutumes avec un soin d'arpenteur.
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Nicolas Jérémie, Relation du détroit et de la baie d'Hudson (1694-1714)
Né près de Québec, Nicolas Jérémie arrive à la baie d'Hudson en 1694 avec Iberville comme interprète et commis au fort Bourbon, sur la côte ouest. Fait prisonnier par les Anglais, il revient, sert de nouveau, puis commande le poste de 1708 à 1714, avant de le remettre aux Anglais après le traité d'Utrecht. Sa Relation, publiée à Amsterdam en 1720, décrit les rivières, les animaux et les peuples de la baie. On y lit le nom de « rivière Danoise », donné à la Churchill en souvenir de l'expédition de Munk : un siècle plus tard, l'hivernage danois était encore inscrit dans la géographie du lieu.
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Henry Maundrell, A Journey from Aleppo to Jerusalem at Easter, A.D. 1697 (1697)
Chapelain des marchands anglais d'Alep, Henry Maundrell part en février 1697 avec une quinzaine de compagnons pour passer Pâques à Jérusalem. Il longe la côte syrienne et libanaise, passe par Saïda, Tyr et Acre, les ports mêmes où Bénard a débarqué puis rembarqué, avant de monter vers la Ville sainte et de revenir par Damas et Baalbek. Protestant, il regarde les cérémonies du Saint-Sépulcre avec une ironie que Bénard n'aurait pas comprise, mais il mesure les distances et décrit les ruines avec une exactitude qui fit de son petit livre, paru à Oxford en 1703 et traduit en français dès 1705, un compagnon de route pour les voyageurs du siècle suivant.
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William Dampier, Nouveau voyage autour du monde (1697)
Parti d'Angleterre en 1679, William Dampier passe douze ans en mer parmi les flibustiers : isthme de Panama, côtes du Pérou, traversée du Pacifique, Philippines, et en janvier 1688 une escale sur la côte nord-ouest de la Nouvelle-Hollande, l'actuelle Australie, dont il décrit les habitants avec une rudesse qui fera date. Rentré à Londres en 1691, il publie en 1697 un récit qui connaît un succès immense. Pendant que Pastorius défriche ses acres et pèse chaque mot de ses lettres, l'autre visage de l'Atlantique anglais court les mers : celui des pirates et des corsaires qui, justement, interceptent les courriers de Germantown.
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William Dampier, A Continuation of a Voyage to New Holland (1699-1700)
Cinquante-six ans après Tasman, l'ancien boucanier William Dampier commande pour l'Amirauté anglaise un navire vermoulu, le Roebuck, et reprend la côte de Nouvelle-Guinée. Là où Tasman avait cru suivre un seul rivage continu, Dampier découvre un passage et baptise Nova Britannia la terre qu'il en sépare. Il observe les volcans, les pirogues, les villages, avec une curiosité de naturaliste que le journal du commandeur hollandais n'avait pas. Les deux récits se répondent : Tasman longe une côte qu'il croit unique, Dampier découvre que c'est un archipel, et la carte de la Mélanésie commence à prendre sa forme moderne.
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Gaspar de San Bernardino, Itinéraire de l'Inde à Portugal par terre (v. 1606)
Franciscain portugais qui, vers 1606, rentre des Indes par la voie terrestre à travers la Perse et l'Anatolie, San Bernardino offre l'envers du voyage de Pyrard : non plus la mer et ses naufrages, mais les caravanes, les déserts et les villes de l'intérieur. Ensemble, mer et terre dessinent les deux grandes routes par lesquelles l'Europe rejoignait alors l'Asie.
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Pierre-Esprit Radisson, Voyages (v. 1669)
Autre bout du monde, autres solitudes. Radisson court les Grands Lacs et la baie d'Hudson dans les années 1650 et 1660, capturé par les Iroquois, adopté, évadé, coureur de bois passé aux Anglais. Ses pages disent le même monde que celui de Bourges, celui où un Européen isolé n'a pour sûreté que sa capacité à se faire des amis. Chez l'un les chameaux et les caravansérails, chez l'autre les canots et les portages, mais partout la même leçon : celui qui voyage seul dépend entièrement de ceux qu'il rencontre.