Nos titres sur ce sujet
XVIIIe siècle
À lire aussi : récits et ouvrages sur le même thème
Récits et ouvrages autour de ce sujet, classés par date, pour situer nos titres. Un lien mène à une édition libre en ligne quand elle existe, ou à notre fiche lorsque l'ouvrage fait partie de notre catalogue.
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Collectif, Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères (1702-1776)
C'est la grande collection dont la lettre de Maillard aurait dû faire partie. Pendant trois quarts de siècle, les jésuites français envoient à Paris des relations venues de Chine, du Levant, du Paraguay, de l'Inde, de la Louisiane, et les libraires les publient en volumes que toute l'Europe s'arrache. On y trouve la même situation qu'ici : un homme seul, à des mois de mer de son supérieur, qui écrit le soir ce qu'il a vu le jour, et dont le témoignage vaut par les détails qu'aucun voyageur pressé n'aurait relevés. La différence est que Maillard, lui, ne fut pas imprimé dans cette collection.
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John Lawson, A New Voyage to Carolina (1709)
Le 28 décembre 1700, John Lawson quitte Charles Town avec cinq Anglais et trois guides indiens pour une marche de cinquante-sept jours à travers l'arrière-pays des deux Carolines, environ 550 milles en fer à cheval. Il passe chez les Santee, les Congaree, les Waxhaw, note leurs villages, leurs chasses et leurs maladies, puis s'installe près du futur New Bern. Son livre paraît à Londres en 1709, l'année où le Duke et la Dutchess croisent le long du Pérou. Deux ans plus tard, les Tuscarora le capturent et le mettent à mort. Là où Rogers longe des côtes, Lawson entre à pied dans les terres.
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Cornelis de Bruijn, Voyages par la Moscovie, en Perse et aux Indes (1711)
Peintre hollandais parti dessiner l'Orient, de Bruijn traverse la Russie de Pierre le Grand, descend en Perse safavide et pousse jusqu'aux ruines de Persépolis qu'il relève avec un soin de savant. Contemporain exact d'Hamilton, il voit par l'intérieur des terres l'Asie que le capitaine ne connaît que par ses côtes. Son crayon fixe les palais, les costumes et les monuments là où le marchand écossais compte des cargaisons ; ensemble, ils dessinent les deux versants d'un même continent, celui des routes de caravanes et celui des routes de mousson.
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Cornelis de Bruijn, Voyages par la Moscovie, en Perse et aux Indes orientales (1711)
Parti de La Haye en juillet 1701, le peintre hollandais Cornelis de Bruijn gagne Arkhangelsk, puis Moscou, où il fait le portrait des nièces de Pierre le Grand. Il descend la Volga avec des marchands arméniens, atteint Ispahan à la fin de 1703 et passe des semaines à dessiner les ruines de Persépolis, avant de pousser jusqu'à Java. Il rentre en octobre 1708, moins de trois mois après le départ de Rogers, et publie son récit à Amsterdam en 1711, chargé de centaines de gravures. Deux voyageurs de la même décennie : l'un regarde les monuments, l'autre les prises et les rançons.
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Bartholomäus Ziegenbalg, Genealogie der malabarischen Götter (1713)
En 1706, le jeune piétiste Ziegenbalg débarque à Tranquebar, comptoir danois de la côte de Coromandel, envoyé par le roi Frédéric IV. C'est le même roi, et bientôt le même Collège des missions fondé en 1714, qui soutiendra l'entreprise d'Egede au Groenland. Ziegenbalg apprend le tamoul, traduit le Nouveau Testament et rédige en 1713, d'après des informateurs et des textes locaux, une généalogie des dieux de l'Inde du Sud. Ses supérieurs de Halle refusent de l'imprimer : un missionnaire doit combattre le paganisme, non le décrire. Le livre ne paraît qu'en 1867. Les deux missions danoises, sous les tropiques et dans les glaces, se répondent de bout en bout.
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Amédée-François Frézier, Relation du voyage de la mer du Sud aux côtes du Chili et du Pérou (1716)
Trois ans après Rogers, l'ingénieur militaire Frézier part pour la mer du Sud sous l'habit d'un capitaine marchand. De 1712 à 1714, de Concepción à Valparaíso, de Callao à Arica, il lève en secret le plan des ports, compte les canons et les garnisons espagnoles, observe les mines et les cultures. Il rapporte en France le fraisier du Chili, qui donnera nos fraises de jardin. Sa relation paraît à Paris en 1716 et une traduction anglaise suit dès 1717. On y retrouve la côte que Rogers remonte, vue cette fois par un œil d'officier attentif aux défenses plus qu'au butin.
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Jean de La Roque, Voyage de l'Arabie Heureuse (1716)
Entre 1708 et 1710, pendant que Rogers court la mer du Sud, des navires marchands français font route vers la mer Rouge pour acheter le café à la source. Jean de La Roque publie leur relation, présentée comme le premier voyage des Français dans ces parages, avec le récit d'une montée du port de Moka jusqu'à la cour du roi du Yémen. Le livre y joint un mémoire sur le caféier et une histoire du café en Asie et en Europe. Même ressort que chez les armateurs de Bristol : une expédition lointaine financée pour une marchandise, ici une graine plutôt que l'argent des galions.
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Ippolito Desideri, Relation de voyage au Tibet (1716-1721)
Jésuite italien, Desideri franchit l'Himalaya dans les années où Hamilton termine ses courses, atteint Lhassa et s'y fait, seul de son espèce, l'élève patient des lettrés bouddhistes. Là où le capitaine juge de loin les cultes de l'Asie, en marchand pressé, le missionnaire apprend la langue, lit les livres saints et s'efforce de comprendre de l'intérieur une religion qu'il combat. Son témoignage, longtemps enfoui, offre le contrepoint savant du regard d'Hamilton : le même Orient, vu par un homme qui a pris le temps de s'y arrêter.
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Ippolito Desideri, Notizie istoriche del Thibet (1716-1721)
Parti de Rome en 1712, le jésuite toscan Ippolito Desideri atteint Lhassa en mars 1716, après une traversée de l'Himalaya par le Ladakh. Il y reste cinq ans, étudie au monastère de Séra, apprend le tibétain classique et compose dans cette langue des traités qui discutent pied à pied la doctrine bouddhiste de la renaissance. Rappelé en 1721 quand Rome confie le Tibet aux capucins, il rédige une relation qui dormira en manuscrit pendant près de deux siècles. Comme Egede devant Torngarsuk et les angekuts, Desideri veut réfuter une religion et doit d'abord la comprendre, si bien que son récit compte parmi les meilleurs témoignages européens sur le Tibet de son temps.
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Joseph Pitton de Tournefort, Relation d'un voyage du Levant (1717)
Botaniste du roi de France, Tournefort parcourt au début du dix-huitième siècle les îles de la Grèce, les côtes de l'Anatolie et les confins de l'Arménie, herborisant et notant les moeurs des peuples de l'Empire ottoman. Son Orient de terre ferme et de vieilles chrétientés est le seuil occidental du monde qu'Hamilton achève d'explorer à l'autre extrémité de l'Asie. On y retrouve la même prose curieuse et minutieuse, tournée vers les plantes, les cultes et les marchés, et l'on comprend que l'immense arc oriental, de la mer Égée aux mers du Japon, formait pour les Européens d'alors un seul champ de découverte.
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Peter Kolb, Description du cap de Bonne-Espérance (1719)
Envoyé au Cap en 1705 pour y faire des observations astronomiques, l'Allemand Peter Kolb y reste jusqu'en 1713 et délaisse vite les étoiles pour les hommes. Son Caput Bonae Spei hodiernum, paru à Nuremberg en 1719 puis abrégé en français en 1741, décrit la colonie hollandaise, la faune et surtout les Khoikhoi : leur langue à clics, leurs troupeaux, leurs rites et leurs remèdes. À l'autre bout de l'Atlantique, Kolb fait au sud ce qu'Egede fait au nord : un inventaire complet, du sol jusqu'aux croyances, d'un peuple que l'Europe connaissait surtout par des caricatures, avec le même mélange de curiosité réelle et de jugements d'époque.
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Thomas Shaw, Travels, or Observations relating to several parts of Barbary and the Levant (1720-1732)
De 1720 à 1732, presque exactement les années où Egede prépare puis tient sa mission, l'Anglais Thomas Shaw est chapelain du comptoir britannique d'Alger. Il en profite pour parcourir la Régence d'Alger et la Tunisie, puis pousse jusqu'en Égypte et au Levant, relevant les positions, les ruines romaines, les plantes et les usages des habitants. Ses Travels paraissent à Oxford en 1738, l'année même de l'édition danoise de la Relation, et sont traduits en français dès 1743. Deux pasteurs protestants envoyés pour servir des Européens au loin, deux livres nés de longues années loin de chez soi : l'un mesure les déserts du Maghreb, l'autre les fjords et les glaces.
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Yirmisekiz Mehmed Çelebi, Relation de l'ambassade de Méhémet-Effendi à la cour de France en 1721 (1721)
Dans les mois mêmes où Izmaïlov se plie au cérémonial de Kangxi, un autre ambassadeur découvre une cour étrangère : Yirmisekiz Mehmed Çelebi, envoyé du sultan Ahmed III auprès du jeune Louis XV. Après une quarantaine près de Toulon, il remonte vers Paris par Bordeaux et entre dans la capitale en mars 1721. Son rapport au sultan décrit les audiences, Versailles, l'Opéra, l'Observatoire, les jardins et la curiosité des Parisiens qui se pressent pour le voir. Lu en regard d'Unverzagt, il montre l'autre face de la diplomatie du temps : le cérémonial observé, mesuré et raconté par celui que la foule regarde, comme la foule de Pékin regardait les Russes.
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Carl Friedrich Behrens, Reise durch die Süd-Länder und um die Welt (1721-1722)
L'année même où Egede s'installe au Groenland, trois navires hollandais commandés par Jacob Roggeveen partent chercher le continent austral. À bord, un soldat de Rostock, Carl Friedrich Behrens. Le jour de Pâques 1722, l'expédition aborde une île inconnue qu'elle baptise du nom de la fête : l'île de Pâques. Behrens décrit les habitants, leurs pirogues et les grandes statues de pierre, puis la traversée du Pacifique jusqu'à Batavia, où la Compagnie des Indes orientales saisit les navires. Son récit paraît en 1737. Pendant qu'Egede découvre la vie d'un peuple au bord des glaces, Behrens entrevoit, pour quelques heures seulement, celle d'un autre au milieu de l'océan.
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Jean-Baptiste Labat, Nouveau Voyage aux îles de l'Amérique (1722)
Missionnaire dominicain aux Antilles à l'aube du dix-huitième siècle, le père Labat plante la canne, distille le rhum, arme contre les corsaires et raconte tout avec une gourmandise de bon vivant. Son livre est le pendant tropical de celui d'Hamilton : même curiosité pour les plantes, les moeurs et le négoce, même mélange de piété et d'esprit pratique, mais transporté dans le monde sucrier de la Caraïbe. Les lire ensemble, c'est mesurer combien le commerce des îles et celui des épices reposaient sur les mêmes marchands entreprenants, les mêmes rivalités de nations et, trop souvent, les mêmes servitudes.
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Jean-Baptiste Labat, Nouveau voyage aux isles de l'Amérique (1722)
Le dominicain Labat a passé douze ans aux Antilles et en rapporte, en 1722, un des livres les plus vivants du siècle : sucre, flibuste, esclavage, cuisine, procès et tempêtes, le tout raconté par un religieux gourmand de la vie. C'est de ces îles-là que vient la guildive dont Maillard voit ses fidèles s'enivrer. Lire Labat et Maillard ensemble, c'est suivre l'alcool de canne d'un bout à l'autre de sa route, de la sucrerie tropicale jusqu'aux campements d'hiver de l'île Royale.
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Joseph-François Lafitau, Mœurs des sauvages amériquains comparées aux mœurs des premiers temps (1724)
De 1712 à 1717, le jésuite Lafitau vit à la mission du Sault-Saint-Louis, près de Montréal, parmi les Iroquois. Il y apprend leur langue, observe leurs conseils, leurs deuils, leurs danses, et découvre même le ginseng dans les forêts canadiennes. Rentré en France, il publie en 1724 une vaste comparaison entre les coutumes amérindiennes et celles des peuples de l'Antiquité. Le parallèle avec Egede saute aux yeux : deux missionnaires installés pour des années chez un peuple qu'ils veulent convertir, et qui finissent par en devenir les ethnographes. L'un cherche chez les Iroquois les traces des premiers temps, l'autre interroge la langue et les mythes des Groenlandais.
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Lorenz Lange, Journal de la résidence du sieur Lange, agent de Sa Majesté impériale de la Grande Russie à la cour de la Chine, dans les années 1721 et 1722 (1726)
Quand l'ambassade repart en mars 1721, Unverzagt reste à Pékin avec le résident Lorenz Lange, et c'est la suite de ce séjour que raconte le journal de Lange, publié en français à Leyde en 1726, puis traduit en anglais à la suite du récit de John Bell. Seul représentant du tsar à la cour, Lange y consigne ses visites aux ministres, les réponses dilatoires, le commerce bientôt suspendu et l'affaire des Mongols transfuges qui bloque tout. On y retrouve la ville d'Unverzagt, mais vue depuis les dossiers : l'envers patient, souvent amer, des banquets et des feux d'artifice du Nouvel An.
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Francis Moore, Travels into the Inland Parts of Africa (1730-1735)
En 1730, la Royal African Company engage un jeune commis de Worcester, Francis Moore, et l'envoie sur le fleuve Gambie. Pendant cinq ans, il remonte le cours d'eau de comptoir en comptoir, sur des centaines de milles, décrit les royaumes riverains, leurs marchés, leurs langues et leurs religions, et assiste à la traite des esclaves. Il raconte aussi l'histoire d'Ayuba Suleiman Diallo, lettré peul vendu en Amérique puis libéré et rendu à son pays. Le livre paraît à Londres en 1738. Comme chez Egede, la vie d'un poste isolé dépend des navires d'Europe, du commerce d'une compagnie et du bon vouloir des peuples voisins, mais le négoce y porte un tout autre poids.
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Mark Catesby, The Natural History of Carolina, Florida and the Bahama Islands (1731-1743)
Le naturaliste anglais Mark Catesby a parcouru la Caroline de 1722 à 1725, puis les Bahamas, en herborisant, en chassant les oiseaux et en dessinant tout ce qu'il voyait. Revenu à Londres, il apprend lui-même la gravure pour publier sa Natural History, dont le premier volume est daté de 1731, l'année qui précède le départ de Linné. Oiseaux, serpents, poissons et arbres y sont peints sur leur plante d'élection, avec un texte en anglais et en français. Linné puisera dans ces planches pour nommer bien des espèces d'Amérique du Nord : les deux hommes inventorient, chacun sur son continent, une nature que l'Europe ne savait pas encore classer.
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Johann Georg Gmelin, Reise durch Sibirien (1733-1743)
La captivité de Maria épouse presque exactement les dates de ce voyage : de 1733 à 1743, le naturaliste allemand Johann Georg Gmelin parcourt la Sibérie pour l'Académie de Saint-Pétersbourg, dans le cadre de la grande expédition du Nord. Il remonte l'Ob et l'Ienisseï, atteint Iakoutsk, décrit les plantes, les minerais, le froid et les peuples sibériens, dont il observe les chamans avec curiosité. Dix ans loin de chez lui, lui aussi, au service d'un souverain lointain. Son récit en quatre volumes, publié à partir de 1751, offre un pendant septentrional aux années marocaines de Maria.
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Johann Georg Gmelin, Reise durch Sibirien, von dem Jahr 1733 bis 1743 (1733-1743)
Professeur de chimie et d'histoire naturelle à l'Académie de Saint-Pétersbourg, Johann Georg Gmelin part en 1733 avec la grande expédition du Nord, celle-là même qui conduira Béring en Amérique. Dix ans durant, il remonte les fleuves de Sibérie, de Tobolsk à Iakoutsk, herborise, note les coutumes des Toungouses et des Iakoutes, endure le froid et l'incendie qui détruit ses bagages. Il laisse à d'autres la route du Kamtchatka, que Steller, son jeune compatriote rencontré en Sibérie, prendra à sa place. Rentré en 1743, Gmelin publie à Göttingen, en 1751 et 1752, quatre volumes de journal : l'un des deux savants allemands raconte le continent, l'autre la mer et l'île où il faillit mourir.
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Jean-Baptiste Du Halde, Description de la Chine (1735)
Paru à Paris en 1735, l'année même où Maillard débarque à Louisbourg, cet énorme ouvrage compile les rapports des missionnaires jésuites de Pékin pour donner à l'Europe sa première encyclopédie de la Chine. Le rapprochement est instructif : voici ce qu'un missionnaire produit quand il écrit sur une civilisation d'écriture et d'archives, avec le temps et les moyens. Maillard, lui, travaille sans bibliothèque, dans une langue que peu d'Européens avaient étudiée, et sur un peuple que l'Europe croyait connaître d'avance.
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Stepan Krachennikov, Histoire du Kamtchatka (1737-1741)
Le premier grand livre sur la presqu'île où finit l'Asie, tiré de l'expédition savante qui accompagna les voyages de Béring. Krachennikov y décrit, dans les années 1730 et 1740, les volcans, les ours, les Kamchadales et leurs chiens de traîneau, la langue et les croyances d'un peuple que l'Europe ne connaissait pas. Cook avait ce livre à bord et le cite pour identifier les oiseaux et les bêtes qu'il rencontre au nord. Le lire, c'est entrer par la porte russe dans le même univers de glace et de fourrure que l'expédition anglaise aborde par la porte du Pacifique.
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George Anson et Richard Walter, A Voyage Round the World, in the Years 1740, 1741, 1742, 1743, 1744 (1740-1744)
En septembre 1740, le commodore George Anson quitte l'Angleterre avec une escadre chargée de harceler les Espagnols dans le Pacifique. Le cap Horn disperse ses navires, et le scorbut fait le reste : sur près de deux mille hommes embarqués, plus de mille trois cents meurent, l'immense majorité de maladie. Le Centurion se refait à Juan Fernández, puis à Tinian, capture le galion de Manille en 1743 et rentre seul en 1744. Le récit, paru en 1748 sous le nom de l'aumônier Richard Walter, connaît un immense succès. Au même moment, de l'autre côté du même océan, Steller voit l'équipage du Saint-Pierre fondre sous le même mal, et cueille des herbes que les officiers dédaignent.
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Richard Walter, A Voyage Round the World (1740-1744)
En 1740, pendant que Maria ter Meetelen survit aux révolutions de palais de Meknès, le commodore George Anson quitte l'Angleterre avec six navires pour harceler les possessions espagnoles du Pacifique. Le scorbut décime les équipages, le cap Horn disperse l'escadre, et seul le Centurion achève le tour du monde en 1744, chargé du trésor d'un galion de Manille capturé au large des Philippines. Le récit, publié en 1748 sous le nom de l'aumônier Richard Walter, paraît la même année que la relation de Maria. Deux livres de 1748, deux visages de la guerre sur mer : la course vue du pont des vainqueurs, et vue de la cale des captifs.
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Vitus Béring, journaux de la seconde expédition du Kamtchatka (1741-1742) (1741-1742)
Au moment même où l'on prépare à Buenos Aires l'expédition de Patagonie, le Danois Béring, au service de la Russie, meurt sur une île déserte au large de la côte d'Alaska qu'il vient de reconnaître. Aux deux bouts du Pacifique, deux monarchies européennes envoient de petits équipages sur des mers sans cartes ; les journaux de Béring, longtemps confisqués par la chancellerie de Saint-Pétersbourg, sont le pendant boréal du récit patagon : mêmes tempêtes, mêmes brumes, même solitude.
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Richard Pococke, A Description of the East, and Some Other Countries (1743-1745)
L'ecclésiastique anglais Richard Pococke commence en 1737 un tour d'Orient de trois ans, l'année même où Maupertuis rentre de Laponie. Il part d'Égypte, passe en Judée, à Chypre, en Crète et dans les îles de l'Égée, parcourt l'Asie Mineure d'Éphèse à Ancyre, puis gagne Constantinople, la Thessalie et Athènes. Sa Description of the East, publiée à Londres de 1743 à 1745, aligne plans, inscriptions et vues de monuments avec un soin d'antiquaire. Le contraste est saisissant : les Français mesurent un pays sans ruines, couvert de forêts et de glace, quand Pococke arpente les vestiges des plus vieilles civilisations. Les deux livres partagent pourtant une même foi dans l'observation directe.
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Pierre-François-Xavier de Charlevoix, Journal d'un voyage fait par ordre du roi dans l'Amérique septentrionale (1744)
À l'automne 1720, tandis qu'Unverzagt s'enfonce dans la steppe mongole, le jésuite Pierre-François-Xavier de Charlevoix débarque à Québec, chargé par le Régent de s'informer discrètement d'une route vers la mer de l'Ouest. Deux années durant, il remonte le Saint-Laurent, longe les Grands Lacs, gagne le pays des Illinois et descend le Mississippi jusqu'à La Nouvelle-Orléans, avant de faire naufrage sur le chemin du retour. Ses lettres, publiées en 1744, décrivent en canot d'écorce un continent de fleuves, de portages et de nations amérindiennes. Les deux voyageurs avancent au même rythme, de rivière en rivière et de poste en poste : l'un cherche une mer, l'autre un marché.
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Réginald Outhier, Journal d'un voyage au Nord, en 1736 et 1737 (1744)
Le même voyage, vu par un autre regard. L'abbé Réginald Outhier, prêtre du diocèse de Besançon et correspondant de l'Académie, chargé des signaux et des cartes de l'expédition, tient son journal au jour le jour pendant les deux années passées dans le Nord. Publié en 1744, il montre ce que le Discours de Maupertuis laisse dans l'ombre : la vie des hameaux du fleuve, les coutumes et les croyances des Lapons, le regard d'un prêtre catholique sur un pays luthérien. Outhier dessine lui-même les planches, dont des plans de Torneå et de Stockholm et une vue de Falun. Lire les deux textes côte à côte, c'est entendre le chef de l'expédition et l'homme qui portait les signaux sur les sommets.
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Charles-Marie de La Condamine, Relation abrégée d'un voyage fait dans l'intérieur de l'Amérique méridionale (1745)
En 1735, trois ans après le départ de Linné, l'Académie des sciences de Paris envoie Charles-Marie de La Condamine sous l'équateur, dans la province de Quito, pour y mesurer un degré de méridien ; une seconde équipe, menée par Maupertuis, partira l'année suivante pour la vallée du Torne, sur les traces mêmes de notre voyageur. Ses mesures achevées, La Condamine choisit en 1743 de rentrer en Europe par l'Amazone, qu'il descend en pirogue jusqu'à l'océan. Sa Relation abrégée décrit le fleuve, ses rives, ses peuples et les poisons de chasse des Indiens. Au même moment, aux deux bouts du monde, la science des Lumières envoie ses savants arpenter le terrain.
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George Anson, Voyage autour du monde (1748)
Le récit du plus dur des voyages anglais du siècle : parti en 1740 pour harceler l'Espagne dans le Pacifique, Anson perd la moitié de ses hommes du scorbut, double le cap Horn dans l'enfer, et rentre en 1744 avec le galion de Manille. Le livre, énorme succès en France comme en Angleterre, montre l'autre visage de la puissance qui, dans le même temps, met le siège devant Louisbourg. Les guerriers de Lorembec et les marins d'Anson se battent pour la même guerre, aux deux bouts du monde.
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George Anson, A Voyage Round the World (1748) (1748)
Cinq ans avant l'expédition Strobl-Cardiel-Quiroga, le commodore anglais Anson entreprend le tour du monde à la tête d'une escadre décimée par le scorbut. C'est lui, précisément, dont les cartes imprimées font naître les fables de fleuves géants et d'huîtres démesurées à San Julián que le voyage de 1746 va démonter. Le récit anglais est un chef-d'œuvre de propagande navale : Patagonie sauvage, galion de Manille capturé, retour triomphal. Lire Anson à côté de Lozano, c'est voir la même côte sous deux plumes ennemies, l'une qui grandit tout, l'autre qui compte les brasses.
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Richard Walter, A Voyage Round the World by George Anson (1748)
Trente ans plus tard, l'escadre du commodore Anson refait presque la route du Duke. Partie en 1740, décimée par le scorbut au passage du cap Horn, elle se refait à Juan Fernández, où les marins trouvent des chèvres aux oreilles fendues qu'ils rattachent à Selkirk. Elle pille Paita, guette en vain le galion au large du Mexique, puis s'empare en 1743 de la Covadonga près des Philippines. Le récit, publié en 1748 sous le nom du chapelain Richard Walter, devient un grand succès de librairie. Il montre ce que la guerre navale a fait du modèle corsaire de Rogers.
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Richard Walter, A Voyage Round the World in the Years 1740-1744, by George Anson (1748)
Trois ans après le retour de Maupertuis, en 1740, le commodore George Anson quitte l'Angleterre avec une escadre chargée de harceler les possessions espagnoles du Pacifique. Le tour du monde qui suit, jusqu'en 1744, tourne au désastre humain : tempêtes du cap Horn, scorbut qui décime les équipages, navires perdus. Anson rentre pourtant avec le galion de Manille, capturé au large des Philippines. Le récit, publié en 1748 sous le nom de l'aumônier Richard Walter, devient l'un des grands succès du siècle. Il éclaire une autre face de La Figure de la Terre, dont la préface rappelait déjà l'enjeu : connaître la forme exacte du globe, c'est d'abord mieux naviguer.
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Pehr Kalm, Voyage en Amérique du Nord (1749)
Le naturaliste suédois, élève de Linné, parcourt le Canada en 1749, entre les deux sièges de Louisbourg. Il note les plantes, les prix, les fortifications, l'état d'esprit des colons et la manière dont Français et Anglais se regardent. Son journal donne le climat exact des années où Maillard écrit, vu par un étranger qui n'a d'intérêt dans aucun des deux camps.
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Charles-Marie de La Condamine, Journal du voyage fait par ordre du Roi à l'équateur (1751) (1751)
Pendant que Cardiel remonte pieds nus vers l'ouest, La Condamine descend l'Amazone après dix ans passés à mesurer le méridien du Pérou. Récit d'une autre Amérique, tropicale, verte, peuplée, mais même génération de voyageurs savants, mêmes instruments, même désir d'en finir avec les fables des géographes de cabinet.
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Frederik Ludvig Norden, Voyage d'Égypte et de Nubie (1755)
En 1737, tandis que Maupertuis achève ses vérifications à Torneå, l'officier de marine danois Frederik Ludvig Norden débarque à Alexandrie sur ordre du roi Christian VI. Après quatre mois au Caire, il remonte le Nil vers le sud, en direction de la Nubie, chargé de nouer des liens commerciaux avec l'Éthiopie, puis rentre au Danemark en 1738. Dessinateur remarquable, il relève temples, colosses et rives du fleuve avec la même obsession de l'exactitude que les géomètres du cercle polaire. Mort de la tuberculose à Paris en 1742, il ne verra pas son livre : le Voyage d'Égypte et de Nubie paraît à Copenhague en 1755, illustré de gravures tirées de ses dessins.
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Jean-Baptiste Chappe d'Auteroche, Voyage en Sibérie (1761)
Dix-huit ans avant que King ne monte en traîneau vers Bolcheretsk, un abbé astronome français traverse la Russie en plein hiver pour observer à Tobolsk le passage de Vénus devant le soleil. Il note tout : le froid qui fend les instruments, les relais de poste, la misère des paysans, la puissance des popes, et rentre publier un livre si sévère que Catherine II prend elle-même la plume pour y répondre. C'est l'envers exact de ce tome. Chappe voit un empire et le juge ; King voit un homme, le major Behm, et n'en revient pas. Les deux ont raison, et c'est ce qui rend la comparaison instructive.
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David Cranz, Historie von Grönland (1761-1762)
En 1733, du vivant d'Egede, des frères moraves de Herrnhut s'installent à côté de sa colonie et fondent Neu-Herrnhut ; la cohabitation entre luthériens et moraves n'est pas toujours paisible. Trente ans plus tard, David Cranz est envoyé par son Église pour écrire l'histoire de cette mission. Il séjourne au Groenland en 1761 et 1762, puis publie en 1765 une somme sur le pays, ses habitants et l'œuvre des frères, traduite en anglais dès 1767. Cranz reprend largement Egede, le complète, le discute, et ajoute ce que trente années de présence ont appris. Lire les deux livres à la suite, c'est voir la même côte décrite par deux missions rivales.
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Guillaume Le Gentil de la Galaisière, Voyage dans les mers de l'Inde (1761-1769)
Parti observer le passage de Vénus de 1761, l'astronome français le manque en mer, décide d'attendre le suivant, huit ans plus tard, s'installe à Pondichéry, et voit le ciel se couvrir le matin décisif de 1769. Il rentre en France pour apprendre qu'on l'a déclaré mort et partagé ses biens. Son livre est la plus mélancolique des aventures scientifiques du siècle, et le contrepoint parfait aux relevés méthodiques de King et de Bayly sous les cocotiers de Matavai : la même quête du ciel, l'une couronnée, l'autre volée par un nuage.
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John Bell, Travels from St. Petersburg in Russia, to Diverse Parts of Asia (1763)
Le meilleur compagnon de lecture d'Unverzagt marchait à ses côtés : le médecin écossais John Bell faisait partie de la même ambassade d'Izmaïlov. Il publia son récit à Glasgow en 1763, plus de quarante ans après le voyage, avec le recul d'un homme qui avait déjà suivi la mission russe en Perse. On y retrouve Tobolsk, le Baïkal, la steppe mongole, l'entrée dans Pékin et les audiences de Kangxi, racontés par un adulte attentif aux plantes, aux peuples et aux arguments des négociateurs. Lire les deux livres ensemble, c'est voir le même cortège par deux regards : celui du jeune homme ébloui et celui du praticien qui observe.
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Jonathan Carver, Travels through the Interior Parts of North America (1766-1768)
Au printemps 1766, pendant que Niebuhr prépare sa petite caravane vers Antioche, l'ancien officier provincial Jonathan Carver quitte Boston pour les Grands Lacs, puis remonte depuis Michilimackinac vers le Mississippi supérieur et le pays des Sioux. Il hiverne chez eux, remonte la rivière Minnesota, longe le lac Supérieur et rentre en 1768. Son livre, publié à Londres en 1778, mêle observations de terrain, ethnographie des peuples des Grands Lacs et emprunts à d'autres auteurs, ce que la critique lui reprochera. Le contraste est instructif : là où Niebuhr pèse chaque témoignage et confesse ses doutes sur les inscriptions, Carver écrit pour un public avide de merveilles américaines.
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Louis-Antoine de Bougainville, Voyage autour du monde par la frégate du roi La Boudeuse et la flûte L'Étoile (1766-1769)
Pendant que Bernardin s'ennuie à Lorient en attendant son navire, Bougainville achève le premier tour du monde français. Il a mouillé à Tahiti en avril 1768, a cru y retrouver la Nouvelle-Cythère, puis s'est heurté aux brisants de la Grande Barrière avant de remonter vers les Moluques et Batavia. En novembre 1768, ses deux navires relâchent à l'Île-de-France, où le naturaliste Commerson et Jeanne Barret, entrée à bord déguisée en homme, restent à terre. Le Tahitien Aotourou, ramené en France, repassera par Port-Louis en 1770 sur le chemin du retour : Bernardin le croise. Deux regards sur l'état de nature, l'un enchanté, l'autre désabusé, à quelques mois d'écart.
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Louis-Antoine de Bougainville, Voyage autour du monde (1766-1769)
À la fin de 1766, quelques mois après que Niebuhr a quitté Alep pour Chypre, Bougainville appareille de Brest avec La Boudeuse, que rejoint bientôt la flûte L'Étoile. C'est le premier tour du monde officiel de la marine française : le détroit de Magellan, les Tuamotu, puis Tahiti, qu'il décrit comme une nouvelle Cythère et qui enflammera les salons de Paris. Les deux hommes ont la même méthode, mesurer, noter, comparer, mais pas le même horizon. Là où Niebuhr démonte les illusions des savants de cabinet sur des pierres de Larnaca, Bougainville fabrique malgré lui un mythe, celui du bon sauvage des mers du Sud.
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James Cook, Journal du premier voyage (1768-1771) (1768-1771)
Vingt-deux ans après le retour du San Antonio, le lieutenant anglais Cook remonte la côte est de l'Australie et cartographie la Nouvelle-Zélande avec une précision qui va périmer tous les portulans. Même exigence que Quiroga : sondes, latitudes, marées, points remarquables. Même sobriété que Lozano dans la relation. Les deux voyages, à vingt-deux ans de distance, disent la même chose : le grand siècle des découvertes est fini, celui du relevé exact commence.
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James Bruce, Travels to Discover the Source of the Nile (1768-1773)
Le géant écossais débarque à Massaoua en septembre 1769 et atteint Gondar, capitale de l'Éthiopie, en février 1770. Il y vit au milieu des guerres de cour, soigne, chasse, commande une troupe de cavaliers, puis gagne en novembre 1770 les sources du Nil Bleu à Gish Abay, persuadé d'avoir résolu l'énigme des Anciens. Son retour par le désert de Nubie le ramène en Europe en 1773, l'année même où paraît le Voyage à l'Île-de-France. Ses cinq volumes de 1790 se vendent bien, mais bien des voyageurs les jugent invraisemblables. Pendant que Bernardin décrit une Afrique côtière, captive et vendue, Bruce raconte un royaume africain souverain, chrétien et violent.
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Peter Simon Pallas, Reise durch verschiedene Provinzen des Russischen Reichs (1768-1774)
Appelé à Saint-Pétersbourg par Catherine II, le naturaliste berlinois prend la route en 1768 à la tête d'une expédition de l'Académie des sciences. Six années durant, il parcourt la Volga, les rives de la Caspienne, l'Oural, la Sibérie occidentale, l'Altaï et la Transbaïkalie jusqu'au lac Baïkal, notant roches, plantes, bêtes et peuples. Ses volumes, publiés à partir de 1771, sont un inventaire méthodique d'un empire immense. Bernardin, au même moment, s'excuse de n'être pas naturaliste et dresse pourtant, lettre après lettre, le catalogue des arbres, des oiseaux et des poissons d'une île minuscule. Deux manières, savante et sensible, d'inventorier le monde.
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Peter Simon Pallas, Voyages en différentes provinces de l'Empire de Russie (1768-1774)
De 1768 à 1774, le naturaliste allemand traverse la Russie de la Volga à la frontière chinoise pour le compte de Catherine II. Il décrit les steppes, les mines de l'Oural, les Kalmouks et les Bouriates, avec une exactitude qui fait encore autorité. Ses volumes paraissent au moment même où la Resolution quitte Plymouth. Le Pacifique de Cook et la Sibérie de Pallas se rejoignent d'ailleurs plus vite qu'on ne le croit : c'est vers le détroit de Bering, entre ces deux mondes, que l'expédition fait route à la fin de ce tome.
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Jean-Baptiste Chappe d'Auteroche, Voyage en Californie (1769)
En 1769, l'astronome français traverse le Mexique jusqu'à la Basse-Californie pour observer le passage de Vénus, la même quête qui avait mené Cook à Tahiti la même année. Il achève ses relevés au milieu d'une épidémie qui l'emporte, lui et presque toute sa troupe. Son journal, publié après sa mort, dit la ferveur scientifique du siècle et son prix en vies. On y retrouve, sous d'autres cieux, l'astronomie de plein air qui occupe King et Cook à Tongatapu, l'éclipse guettée entre les nuages.
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Jean de Surville, Journal du voyage du Saint-Jean-Baptiste (1769-1770)
En décembre 1769, un navire marchand français cherchait lui aussi une terre dans le Pacifique et longeait la côte nord de la Nouvelle-Zélande. Cook et de Surville passèrent à quelques dizaines de lieues l'un de l'autre, dans la même tempête, sans jamais se voir. Le journal du Français, longtemps oublié, raconte l'autre visage de cet instant : un équipage rongé par le scorbut, une relâche tendue avec les Maoris, un otage emmené de force. Lire ces pages en regard du journal de Cook, c'est saisir combien la découverte tenait au hasard des routes et des vents.
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Samuel Hearne, A Journey from Prince of Wales's Fort in Hudson's Bay to the Northern Ocean (1769-1772)
Pendant que Cook descend vers la glace australe, un commis de la Compagnie de la baie d'Hudson marche vers la glace du nord. De 1769 à 1772, Hearne traverse à pied, avec des guides dénés, des milliers de kilomètres de toundra pour atteindre l'embouchure de la rivière Coppermine. Il ne trouve pas les mines de cuivre qu'on l'envoyait chercher, et il assiste, impuissant, au massacre d'un campement inuit par ses propres compagnons. Le contraste avec Cook est saisissant : même décennie, même froid, même quête d'un objet qui n'existe pas, mais aucun navire, aucun instrument, aucune montre marine. Seulement des mocassins et le savoir des gens du pays.
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Samuel Hearne, Voyage du fort du Prince-de-Galles à l'océan Septentrional (1770-1772)
Pendant que Cook cherche le passage du Nord-Ouest par la mer, un commis de la Compagnie de la baie d'Hudson le cherche par la terre. De 1770 à 1772, Hearne marche vers le nord depuis Churchill, guidé par le chef Matonabbee et sa troupe, se nourrissant de ce qu'on tue, jusqu'à l'embouchure de la rivière Coppermine, sur l'océan Arctique. Il y assiste, impuissant, au massacre d'un campement esquimau par ses propres compagnons. Sa conclusion rejoint celle de Cook, prise de l'autre côté du continent : à cette latitude, il n'existe aucun passage navigable. Deux hommes, deux routes opposées, le même mur au bout.
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Maurice-Auguste de Benyowski, Mémoires et voyages (1771)
Le personnage qui hante le deuxième chapitre de ce tome sans jamais y paraître a écrit ses propres mémoires. Officier polonais déporté au Kamtchatka, il souleva Bolcheretsk en 1771, tua le commandant, s'empara d'une galiote et gagna Macao par le Japon et Formose, avant de finir gouverneur à Madagascar. Son livre est d'une invention sans scrupule et les historiens en démontent les pages depuis deux siècles ; mais c'est la seule voix de l'autre bord dans cette affaire, et elle explique mieux qu'aucune autre pourquoi une garnison entière, huit ans plus tard, prend deux sloops anglais pour des pirates français.
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Julien Crozet, Nouveau voyage à la mer du Sud (1771-1772)
Marion du Fresne quitte l'île de France en 1771, aperçoit dans la brume les deux îles que Cook baptisera du Prince-Édouard, puis gagne la Nouvelle-Zélande où il est tué avec vingt-six de ses hommes dans la baie des Îles, en juin 1772. Crozet, son second, ramène les navires et publie le récit. Tout ce qui hante la relâche de Cook au détroit de la Reine-Charlotte est là, vu de l'autre bord : la confiance, la rupture qu'on ne comprend pas, la vengeance, et la question que Cook se pose à voix haute devant Kahoora.
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Peter Simon Pallas, Reise durch verschiedene Provinzen des Russischen Reiches (1771-1776)
Publié entre 1771 et 1776, l'immense voyage du naturaliste allemand Pallas à travers l'empire russe, de la Volga à l'Altaï et à la Sibérie orientale, se déroule dans les années qui précèdent et suivent Phipps. Pallas décrit les steppes, les mammouths, les peuples turcs et mongols. Le lecteur curieux du Grand Nord y trouvera, du côté russe, la contrepartie continentale de ce que Phipps cherche en mer.
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Jean Chappe d'Auteroche, Voyage en Californie pour l'observation du passage de Vénus (1772)
Le 3 juin 1769, tandis que Cook guettait Vénus depuis Tahiti, l'astronome français Chappe d'Auteroche la guettait depuis une mission de Basse-Californie. Il réussit son observation, puis mourut sur place d'une fièvre, à quelques jours de là. Son récit posthume, paru en 1772, raconte l'autre versant de la même aventure scientifique : la course planétaire d'astronomes lancés aux quatre coins du globe pour mesurer d'un seul coup la distance de la Terre au soleil. Le lecteur mesure alors combien le voyage de l'Endeavour appartenait à une entreprise mondiale, coordonnée d'un hémisphère à l'autre.
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Marc-Joseph Marion du Fresne, Relation du voyage (1772)
Deux ans après Cook, un autre navigateur français jeta l'ancre dans la baie des Îles, ces rivages mêmes que l'Endeavour venait de longer. L'escale, d'abord cordiale, s'acheva dans le sang : Marion du Fresne et une partie de ses hommes furent tués par les Maoris qu'ils croyaient amis. La relation de ce voyage éclaire d'une lumière crue ce que le journal de Cook laisse deviner : la fragilité des premiers contacts, où un malentendu suffisait à faire basculer l'hospitalité en guerre.
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Anders Sparrman, Voyage au cap de Bonne-Espérance (1772-1776)
Le naturaliste suédois embarqué sur la Resolution au deuxième voyage était retourné au Cap et y courait encore la campagne quand Cook y mouilla en octobre 1776. Son livre raconte ce qu'Anderson n'a fait qu'entrevoir en trois jours de mule : les fermes de l'arrière-pays, les chasses, les peuples de la frontière, l'immense pays qui commence là où s'arrête le jardin de la Compagnie. On y trouve les mêmes vignes, les mêmes hôtes hollandais, le même rocher en forme de tour, et ce qu'un homme voit d'un pays quand il y reste des mois au lieu d'y relâcher entre deux marées.
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Constantine John Phipps, Voyage vers le pôle Nord (1773)
En 1773, deux navires anglais sont envoyés droit au nord par le Spitzberg pour voir si la mer polaire est libre. Ils sont arrêtés par la banquise à quatre-vingts degrés, restent quinze jours enfermés dans les glaces et rentrent avec la réponse : elle ne l'est pas. C'est de ce voyage que King tire, au chapitre 6, les mesures de l'ours blanc de lord Mulgrave qu'il compare aux siennes. Et c'est le contraste entre ces quatre-vingts degrés atteints près du Groenland et les soixante et onze qu'on ne dépasse jamais au nord du détroit de Béring qui nourrit toute sa discussion sur la formation des glaces.
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James Boswell, Journal d'un voyage aux Hébrides avec Samuel Johnson (1773)
À l'automne 1773, pendant que Cook cherche un continent austral, deux Londoniens traversent à cheval les Highlands et les îles de l'ouest de l'Écosse, trente ans après l'écrasement des clans. Boswell note tout : les auberges sans fenêtres, la gaélique qu'il ne comprend pas, les chefs ruinés qui reçoivent encore en seigneurs. On y observe, à quatre jours de Londres, un monde de rangs, de tabous et d'hospitalités codées qui ressemble plus qu'on ne l'imagine à celui d'Otoo et de Towha.
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John Byron, relation du voyage du Dolphin (publiée en 1773) (1773)
Douze ans avant Viedma, l'amiral anglais entre dans la baie de San Julián et jure y avoir vu des hommes de neuf pieds. Son récit relance en Europe la vieille fable des géants patagons et fait courir les gravures. Lire Byron puis Viedma, c'est passer d'un conte à une toise : le second mesure ses hôtes en varas, note qu'ils sont grands mais nullement démesurés, et explique posément que c'est le vêtement du cou aux pieds qui a trompé les visiteurs pressés.
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John Hawkesworth, Relation des voyages entrepris pour faire des découvertes dans l'hémisphère méridional (1773)
Deux ans avant l'Endeavour, un autre navire anglais, le Dolphin, avait touché Tahiti et en avait rapporté la nouvelle qui décida de l'escale de Cook. La grande compilation de Hawkesworth, parue en 1773, rassemble ces expéditions de Byron, Wallis et Carteret dans le Pacifique. On y lit la découverte de Tahiti telle que la Royal Navy la connut d'abord, ce Dolphin dont le journal de Cook garde partout le souvenir. C'est l'avant-scène des mers du Sud, juste avant que l'Endeavour n'en fasse le tour.
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Patrick Brydone, A Tour through Sicily and Malta (1773)
En 1770, l'Écossais Patrick Brydone fait le tour de la Sicile et pousse jusqu'à Malte avec les jeunes gens qu'il accompagne dans leur grand tour. Il gravit l'Etna, observe, mesure, plaisante, et publie ses lettres à Londres en 1773, l'année même où le journal de Plechtcheïev est imprimé à Saint-Pétersbourg. Malte, l'île des chevaliers, et la Méditerranée des corsaires forment aussi l'horizon des marins russes de l'Archipel. Les deux livres montrent la même mer sous deux jours : celle du voyageur lettré qui flâne parmi les ruines antiques, et celle de l'officier en campagne qui la traverse en temps de guerre.
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Sydney Parkinson, A Journal of a Voyage to the South Seas (1773)
Dessinateur du premier voyage de Cook, mort en mer avant le retour, Parkinson a laissé un journal publié en 1773 par sa famille. On y suit l'Endeavour le long des mêmes côtes néo-zélandaises et australiennes que Cook venait de révéler. Le ton est celui d'un jeune homme émerveillé et scrupuleux, qui note les mots des langues rencontrées et croque plantes et visages. C'est le premier regard européen prolongé sur ces rivages, celui qui a préparé le terrain du deuxième voyage raconté ici.
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William Bartram, Voyages dans les Carolines, la Géorgie et la Floride (1773-1777)
Pendant que la Resolution longe une côte de volcans, un quaker de Philadelphie marche seul, de 1773 à 1777, dans les forêts du sud de l'Amérique. Bartram herborise, dessine des alligators, dort chez les Creeks et les Cherokees, et tient sur eux un langage que son siècle n'emploie guère : celui de l'hôte reconnaissant. Là où King observe un peuple qu'il ne reverra pas, Bartram vit des mois entiers dans les villages qu'il décrit, et son livre a nourri l'imagination des romantiques anglais autant que les cartes des botanistes. Deux façons opposées de regarder, à la même heure, un monde que l'Europe s'apprête à défaire.
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Carsten Niebuhr, Description de l'Arabie (1774) (1774)
Seul survivant d'une expédition danoise de six savants partis pour le Yémen, Niebuhr rentre avec des relevés, des latitudes et des plans de villes dressés à la boussole. Le livre est un monument de patience désolée : tous ses compagnons sont morts, et il continue de mesurer. Cette obstination du fonctionnaire savant, qui préfère un chiffre juste à une belle page, est exactement celle qui court d'un bout à l'autre du journal de San Julián.
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Thomas Falkner, A Description of Patagonia (1774) (1774)
Un médecin anglais devenu jésuite passe quarante ans dans les missions du Río de la Plata et rentre avec la première description raisonnée de l'intérieur patagon, de ses peuples et de ses rivières. Le livre paraît six ans avant le départ de Montevideo, et son ombre plane sur toute l'entreprise : c'est en partie parce que Falkner a montré aux Anglais la valeur stratégique de la côte que Madrid décide en hâte d'y planter des villes.
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Carsten Niebuhr, Voyage en Arabie et en d'autres pays circonvoisins (1774-1778)
Au moment où Kim Jong-jeong attend à Shenyang, le géomètre Carsten Niebuhr est en Inde, après avoir parcouru le Yémen. Il est le seul survivant de l'expédition scientifique envoyée en Arabie par le roi de Danemark en 1761 et ne rentrera qu'en 1767, par la Perse, la Mésopotamie et la Syrie. Son récit, publié à partir de 1774, décrit avec une précision d'arpenteur les villes, les douanes et les autorités locales. Comme le magistrat coréen, Niebuhr est un envoyé du roi, attentif aux hiérarchies et aux procédures, qui consigne ce qu'il voit en homme chargé d'un rapport plus qu'en voyageur en quête de pittoresque.
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Carsten Niebuhr, Voyage en Arabie (1774-1778)
Pendant que l'Endeavour s'armait, un géomètre allemand rentrait seul d'Arabie, unique survivant d'une expédition danoise décimée par la maladie. Son récit, publié dans les années 1770, décrit un Yémen alors presque ignoré des Européens, avec la même patience d'arpenteur que Cook met à relever une côte. C'est un autre visage de l'âge des grandes reconnaissances : non plus les mers du Sud, mais les déserts et les ports de la mer Rouge. La rigueur du trait, le souci de tout mesurer et nommer, rapprochent ces deux voyageurs que tout séparait.
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Carl Peter Thunberg, Voyage au Japon par le cap de Bonne-Espérance et Java (1775-1776)
Élève de Linné, le botaniste suédois passe l'année 1775 et une partie de 1776 sur l'îlot de Dejima, dans la rade de Nagasaki, seul point du Japon ouvert aux Européens. Il herborise à travers les treillis de sa prison, achète des plantes aux domestiques, monte enfin à Edo dans le cortège annuel de l'ambassade hollandaise. Sa méthode est exactement celle d'Anderson à Tahiti : nommer, classer, noter les remèdes, écouter la langue. Deux disciples du même maître, aux deux bouts de l'Asie, tirent d'une réclusion polie et d'un séjour de quelques semaines une somme que personne n'avait su rassembler avant eux.
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Carl Peter Thunberg, Voyage au Japon (1775-1776)
Le Japon que les navires longent sans y toucher, un botaniste suédois y a vécu quinze mois, en 1775 et 1776, comme médecin du comptoir hollandais de Dejima. Élève de Linné, il herborise dans le fourrage des chevaux faute de pouvoir sortir, obtient enfin de monter à Edo avec l'ambassade annuelle, et rapporte la première flore du pays. Là où King renonce devant les courants et les tempêtes en citant l'avertissement de Kaempfer, Thunberg montre ce qu'il en coûtait, et ce qu'on pouvait malgré tout y apprendre, quand on acceptait d'entrer en cage.
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Pierre Sonnerat, Voyage à la Nouvelle-Guinée (1776)
Le 29 juin 1771, alors que Kerguelen fait route vers l'Isle de France, une petite expédition armée par l'intendant Pierre Poivre quitte Port-Louis pour les Philippines et les Moluques. À bord, le jeune Pierre Sonnerat, parent et protégé de Poivre, dessine oiseaux, plantes et habitants. Il regagne l'île en juin 1772, quand on y commente la terre australe que Kerguelen vient de rapporter en France. Son livre, orné de plus de cent gravures, porte un titre trompeur : il ne s'est jamais approché de la Nouvelle-Guinée au-delà de l'île de Gebe. Il montre l'autre visage de l'Isle de France, base savante tournée vers l'Asie autant que vers le Sud.
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John Ledyard, Journal du dernier voyage du capitaine Cook (1776-1780)
Un caporal américain des soldats de marine se trouvait à Kealakekua ce matin-là. Rentré chez lui, Ledyard publia à Hartford, en 1783, un récit du voyage qui devança de plus d'un an l'édition officielle et raconta la mort de Cook sans passer par l'Amirauté. Le ton est libre, parfois emprunté à d'autres, et le jugement sévère sur la conduite des officiers. C'est le premier contrepoint au texte que l'on vient de lire : deux hommes, la même plage, le même quart d'heure, et deux versions dont la comparaison a occupé les historiens depuis.
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Georg Forster, Voyage autour du monde (1777)
Embarqué à dix-sept ans sur la Resolution aux côtés de son père, le jeune Forster a vécu exactement les scènes que raconte Cook, mais il en donne une version tout autre : sensible, colorée, attentive aux gens plus qu'aux relèvements. Publié en 1777, la même année que le récit officiel, son livre est le contrechamp intime du nôtre. On y retrouve les îles des Amis, le cannibalisme maori, l'île de Pâques, mais vus par un adolescent cultivé qui deviendra l'un des grands prosateurs allemands. Le double regard, celui du capitaine et celui du passager, éclaire tout le voyage.
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Georg Forster, A Voyage round the World (1777)
Naturaliste allemand embarqué sur le Resolution avec Cook, Forster publie à Londres en 1777 le récit du même voyage que son commandant, mais du point de vue du savant. Il décrit les Polynésiens, les glaces antarctiques, les albatros et les manchots avec une prose plus littéraire que celle des marins. On lit Forster après Phipps pour comprendre comment un naturaliste embarqué observe, note, classe, dans la même décennie et sous d'autres cieux.
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Jonathan Carver, Travels Through the Interior Parts of North America, in the Years 1766, 1767, and 1768 (1778)
Au lendemain de la guerre de Sept Ans, l'officier colonial Jonathan Carver remonte en 1766 le cours supérieur du Mississippi et passe l'hiver chez les Dakotas, à la recherche d'une route vers l'ouest. Son récit, publié à Londres en 1778, connaît un grand succès. Comme le journal de Kim Jong-jeong, il se situe sur une frontière entre empires : le traité de 1763 vient de redistribuer l'Amérique du Nord, comme la conquête mandchoue a redessiné la Mandchourie et ses marges. Dans les deux cas, un voyageur venu du centre décrit des peuples, des postes et des passages que les traités ne contrôlent qu'à moitié.
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Guillaume Le Gentil, Voyage dans les mers de l'Inde (1779-1781)
Nul ne fut plus malheureux que cet astronome français, parti observer le passage de Vénus de 1761 et retenu si longtemps dans l'océan Indien qu'il manqua aussi celui de 1769, un nuage lui volant l'instant décisif. Rentré au bout de onze ans, il se découvrit déclaré mort et dépouillé de ses biens. Son livre, publié en 1779, est le revers tragique et cocasse du triomphe de Cook : la même quête céleste, mais poursuivie sous une mauvaise étoile. On y respire toute la fièvre savante du siècle et la fragilité des expéditions lointaines.
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Pak Chi-won, Yeorha ilgi (1780)
Seize ans après Kim Jong-jeong, le lettré Pak Chi-won traverse à son tour Shenyang avec l'ambassade coréenne de 1780, en route vers Pékin et Jehol. Son Yeorha ilgi, traduit en anglais sous le titre The Jehol Diary, consacre à la ville des pages célèbres : boutiques, enseignes, conversations nocturnes avec des marchands chinois. Le contraste avec Kim est frappant. Là où l'enquêteur de 1764, humilié et méfiant, ne voit dans la capitale mandchoue que barbarie et corruption, Pak Chi-won y découvre une prospérité et des techniques dont la Corée, selon lui, devrait s'inspirer. La même ville, deux humeurs, et l'amorce d'un débat qui traversera la Corée lettrée.
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William Coxe, Nouvelles découvertes des Russes entre l'Asie et l'Amérique (1780)
Publié à Londres en 1780, au moment même où la Resolution rentre au port, ce livre raconte tout ce que Cook ignorait en abordant Unalaska : un demi-siècle de voyages obscurs de chasseurs russes, partis du Kamtchatka d'île en île à la poursuite de la loutre de mer. Coxe compile les rapports, les cartes et les journaux de ces promychlenniks que nul récit officiel n'avait rassemblés. On y retrouve le monde entrevu par Cook chez Ismyloff : des baraques, des fourrures, des baïdares, et cette Europe silencieuse installée au bout de l'Asie bien avant que les Anglais n'y jettent l'ancre.
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François-Jean de Chastellux, Voyages dans l'Amérique septentrionale (1780-1782)
La guerre que l'expédition a laissée derrière elle en 1776 se joue pendant qu'elle meurt à Hawaï. Chastellux, major général de l'armée de Rochambeau, la traverse à cheval de 1780 à 1782, de Newport à la Virginie, et raconte ce qu'il voit : les tavernes, les fermes, Washington chez lui, les universités naissantes, les esclaves. C'est le monde qui gouvernait la pensée de Londres pendant que Clerke, dans la baie de Kealakekua, négociait la restitution d'ossements. Le contraste est le meilleur commentaire qui soit sur l'étrange indifférence des deux histoires l'une à l'autre.
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François Le Vaillant, Voyage dans l'intérieur de l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance (1781-1784)
Dix ans après le passage de Bernardin, un jeune ornithologue né en Guyane hollandaise débarque au Cap, envoyé par un trésorier de la Compagnie néerlandaise des Indes. Le Vaillant ne s'en tient pas à la montagne de la Table : il part en chariot vers l'est du Cap, puis franchit l'Orange vers le pays des Namaquas, et rentre en 1784 avec plus de deux mille peaux d'oiseaux et une peau de girafe. Son récit de 1790 connaît un succès immense et se traduit aussitôt partout, malgré les erreurs et les inventions que lui reprocheront les naturalistes. On y retrouve les Khoïkhoï et les colons hollandais que Bernardin avait observés depuis la ville.
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François Le Vaillant, Voyage dans l'intérieur de l'Afrique (1781-1784)
Quelques années après Cook, un Français né en Guyane s'enfonce du Cap vers le nord avec ses chariots, ses fusils et son singe apprivoisé. Le Vaillant chasse, collectionne les oiseaux, se lie avec les Namaquas, et écrit tout cela dans un style de roman qui fit le succès de son livre et le soupçon des savants. Il représente exactement ce que la manière de King refuse : le voyageur qui se met en scène. Les lire l'un après l'autre montre à quel point le ton d'un récit décide de ce que la postérité croira.
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Constantin-François Volney, Voyage en Syrie et en Égypte (1783-1785)
Moins de vingt ans après Niebuhr, le jeune Volney parcourt l'Égypte et la Syrie et publie, en 1787, l'année même des Remarques sur Alep, un tableau qui fera autorité. Son pachalik d'Alep recoupe trait pour trait celui de Niebuhr : villages abandonnés aux portes du désert, route d'Alexandrette infestée de voleurs, Antioche déchue, air fiévreux d'Alexandrette et refuge de Beilan dans la montagne. Il y ajoute les pigeons voyageurs et le célèbre bouton d'Alep. Mais Volney généralise et juge le despotisme ottoman en philosophe des Lumières, là où Niebuhr, plus modeste, raconte ce qu'il a vu et laisse le lecteur conclure.
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Volney, Voyage en Syrie et en Égypte (1783-1785)
Constantin-François Chassebœuf, dit Volney, a passé près de trois ans en Égypte et en Syrie, dont plusieurs mois dans un couvent du Liban pour apprendre l'arabe. Son livre paraît en 1787, l'année où Lesseps débarque au Kamtchatka avec l'expédition de La Pérouse. C'est l'autre visage du voyage des Lumières : pas de dépêches ni de traîneau, mais un observateur méthodique qui décrit le climat, les populations, le gouvernement des Ottomans et des Mamelouks avec une froideur presque statistique. Le contraste éclaire Lesseps, plus jeune et moins systématique, qui pourtant relève lui aussi avec soin le tribut, la justice et les langues des peuples qu'il traverse.
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Jean-François de La Pérouse, Voyage de La Pérouse autour du monde (1785-1788)
C'est l'autre moitié de l'histoire. Pendant que Lesseps s'enfonce dans la neige du Kamtchatka, la Boussole et l'Astrolabe repartent vers le sud, touchent les Samoa, où Langle est tué, puis mouillent à Botany Bay au début de 1788. Ensuite, plus rien : les deux frégates disparaissent corps et biens. Publié en 1797 par Milet-Mureau à partir des journaux expédiés en route, dont ceux que Lesseps a portés à travers la Sibérie, ce récit montre l'expédition telle que le jeune interprète l'a quittée. On y lit la Californie, l'Alaska, les côtes de Tartarie, la baie d'Avatcha vue du pont, et l'on comprend mieux le prix des dépêches cousues dans son bagage.
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Jean-François de La Pérouse, Voyage autour du monde (1785-1788)
Dix ans après Cook, La Pérouse traverse les mêmes eaux, relâche aux îles des Navigateurs voisines, et y perd son second dans un guet-apens qui répond, comme un écho sinistre, à toutes les amitiés fastueuses de ce tome. Son récit, sauvé du naufrage final par des copies expédiées à temps, montre le revers de la médaille polynésienne : la même mer, les mêmes chefs magnifiques, et la violence que Cook a côtoyée sans toujours la voir venir.
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Martin Sauer, An Account of a Geographical and Astronomical Expedition to the Northern Parts of Russia (1785-1794)
Secrétaire de l'expédition de Joseph Billings, chargée par Catherine II de relever les côtes entre l'Asie et l'Amérique, l'Anglais Martin Sauer passe près de dix ans en Sibérie orientale. Il hiverne au Kamtchatka, embarque à Petropavlovsk en 1790 et visite les îles Aléoutiennes, Unalaska et Kodiak. Son récit, paru à Londres en 1802, s'attarde sur les Aléoutes, leurs kayaks, leurs parkas, leurs villages, et dénonce sans détour la brutalité des chasseurs de fourrures russes envers eux. Un demi-siècle après la rencontre des îles Choumaguine racontée par Steller, Sauer décrit le prix payé par ces insulaires pour la loutre de mer que l'expédition de Béring avait fait connaître.
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Johann Wolfgang von Goethe, Italienische Reise (Voyage en Italie) (1786-1788)
Au moment où Lesseps file en traîneau sur la glace du golfe de Penjina, Goethe vit à Rome, dessine, lit Vitruve et se refait une âme sous un ciel clément. Parti incognito de Carlsbad en septembre 1786, il descend jusqu'à Naples et à la Sicile et ne rentre à Weimar qu'en juin 1788. Les deux voyageurs ont presque le même calendrier et rien d'autre en commun : d'un côté la quête du beau dans une Europe saturée de mémoire, de l'autre la survie dans une Asie sans routes. Lire ces lettres et ce journal, publiés bien plus tard, c'est mesurer l'écart entre deux façons de voyager à la fin du siècle des Lumières.
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Constantin-François Volney, Voyage en Égypte et en Syrie (1787) (1787)
Quatre ans après la signature de la description patagonne, un jeune Français parcourt l'Orient ottoman avec le projet d'en écrire non les merveilles mais l'état réel : population, ressources, gouvernement, climat. La seconde moitié du volume de Viedma, où le journal cède la place au relevé raisonné d'une côte et d'un peuple, procède du même geste et de la même époque. C'est le moment où le voyage cesse d'être un récit d'aventures pour devenir un rapport.
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Watkin Tench, A Narrative of the Expedition to Botany Bay (1787-1788)
En janvier 1788, tandis que Lesseps hiverne à Bolcheretsk, un officier de marine anglais débarque à l'autre bout du Pacifique avec la première flotte de forçats envoyée en Australie. Watkin Tench raconte l'arrivée à Botany Bay, l'installation à Port Jackson, les premiers contacts avec les Aborigènes, la faim qui guette la colonie naissante. Il note aussi l'apparition de deux frégates françaises dans la baie : ce sont celles de La Pérouse, qui y font leur dernière escale connue. Son récit, paru dès 1789, est un témoignage vif et curieux, et c'est l'un des derniers regards portés sur les compagnons que Lesseps venait de quitter.
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William Bligh, A Voyage to the South Sea (1787-1789)
Bligh apprit son métier de navigateur auprès de Cook, dont il fut le maître au troisième voyage. En 1788, il revient à Matavai chercher des arbres à pain et y passe cinq mois. Ce que Cook n'avait qu'entrevu, la lente corrosion des équipages par la douceur des îles, éclate ici en mutinerie. Le même mouillage, le même chef Otoo devenu plus puissant, la même méthode nautique, et une catastrophe humaine que Cook avait redoutée sans jamais la subir.
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Paul Egede, Efterretninger om Grønland, uddragne af en Journal holden fra 1721 til 1788 (1788)
Paul Egede a douze ans quand il débarque avec ses parents en 1721, et la Relation le suit de tournée en tournée avant qu'il ne revienne, ordonné, en 1734, pour aider à fonder Christianshåb sur la baie de Disko. Resté au Groenland jusqu'en 1740, il devient ensuite l'auteur du premier dictionnaire et de la première grammaire groenlandaise, traduit le Nouveau Testament et finit évêque du Groenland. Peu avant sa mort, il publie à Copenhague des extraits de son propre journal, tenu de 1721 à 1788. Le fils reprend là où le père s'arrête : mêmes fjords, mêmes familles, mais avec la langue enfin maîtrisée et le recul d'une vie entière.
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John Meares, Voyages à la côte nord-ouest de l'Amérique (1788-1789)
Cook n'avait pas quitté Nootka que le prix des peaux de loutre à Canton faisait déjà courir les marchands. En 1788, Meares s'installe dans la baie même, y construit un petit navire, traite avec le chef Maquinna, et son établissement contesté déclenche la crise de Nootka qui manque de jeter l'Angleterre et l'Espagne à la guerre. Son récit, moins scrupuleux que celui de Cook, montre le revers de la découverte : en dix ans, l'anse aux loutres est devenue un comptoir, et le troc de fer du capitaine, le premier acte d'un grand commerce.
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John Meares, Voyages faits en 1788 et 1789 de la Chine à la côte nord-ouest d'Amérique (1788-1789)
Voici le projet du chapitre 19, mis à exécution huit ans plus tard, par un ancien officier de marine devenu marchand. Meares arme à Macao, remonte à Nootka, y bâtit une maison et un navire, achète les peaux de loutre aux mêmes conditions que King avait calculées, redescend les vendre à Canton, et provoque au passage la crise diplomatique qui faillit mettre l'Angleterre et l'Espagne en guerre. Son livre est vantard et souvent malhonnête, ce qui ne l'empêche pas d'être le premier document du commerce maritime des fourrures, celui que ce tome a inventé sans le savoir.
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Peter Simon Pallas, Voyages en différentes provinces de l'Empire de Russie, et dans l'Asie septentrionale (1788-1793)
Pendant les deux voyages de Kerguelen, le naturaliste berlinois Peter Simon Pallas parcourt pour l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg l'immense Empire russe, de la Volga à l'Oural, de l'Altaï aux confins du lac Baïkal. Six années de route, de 1768 à 1774, pour inventorier minerais, plantes, animaux et peuples au service de Catherine II. Là où le Breton cherche une terre nouvelle pour son roi, Pallas mesure celle que son impératrice possède déjà. Ses volumes, traduits en français à la veille de la Révolution, donnent l'idée d'une expédition savante patiente et bien pourvue, à l'opposé des navires mal armés dont Kerguelen se plaint.
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Alexander Mackenzie, Voyages from Montreal through the Continent of North America (1789)
Un an après le retour de Lesseps, un commis écossais de la traite des fourrures quitte le fort Chipewyan en canot d'écorce et descend un fleuve immense, aujourd'hui nommé Mackenzie, jusqu'à l'océan Arctique. En 1793, il atteindra le Pacifique par la terre. Ses deux voyages, publiés en 1801, racontent la même économie que celle d'Okhotsk et d'Irkoutsk : la fourrure, le tribut, les guides autochtones dont tout dépend, la faim et les rapides. Le Kamtchatka et le Nord-Ouest canadien se font face de part et d'autre du Pacifique Nord, deux frontières de l'empire des pelleteries vues à quelques années d'intervalle.
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William Lempriere, A Tour from Gibraltar to Tangier, Sallee, Mogodore, Santa Cruz, Tarudant (1789-1790)
Un demi-siècle après Maria, en 1789, le chirurgien de la garnison anglaise de Gibraltar est appelé au chevet d'un fils du sultan Sidi Mohammed, à Taroudant. William Lempriere traverse Tanger et Salé, longe la côte jusqu'à Mogador, franchit l'Atlas et rejoint Marrakech, où on le laisse pénétrer dans le harem royal, qu'il décrit en détail. Il y retrouve ce que Maria avait connu à Meknès : la faveur des femmes du palais, l'humeur imprévisible du souverain, les promesses de départ sans cesse remises. Son livre, paru en 1791, est le témoignage d'un homme libre sur un monde dont Maria avait été la prisonnière.
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James Morrison, Journal de bord de la Bounty et Mémoire sur Tahiti (1789-1792)
Le maître d'équipage de la Bounty, resté à Tahiti après la mutinerie de 1789, y vit près de deux ans avant d'être capturé, condamné, puis gracié. Son mémoire, écrit en prison, est la description la plus détaillée que l'on ait de la société tahitienne avant sa conversion : les arioi, les morai, le maro royal, les guerres de district, tout ce que Cook n'apercevait qu'en visiteur. Il éclaire de l'intérieur les chapitres d'Anderson, douze ans plus tard, sur les mêmes îles.
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Alexander Mackenzie, Voyages from Montreal through the Continent of North America to the Frozen and Pacific Oceans (1789-1793)
Pendant que Bligh livre ses plants d'arbre à pain aux Antilles, un marchand de fourrures écossais remonte la rivière de la Paix, franchit les Rocheuses et descend vers l'océan en canot d'écorce, guidé de nation en nation. En juillet 1793, Mackenzie atteint le Pacifique près de Bella Coola et peint sur un rocher son nom et la date : il est le premier Européen à traverser l'Amérique du Nord au nord du Mexique. Ses deux voyages, publiés en 1801, sont écrits comme un journal de route. Le même océan, abordé par l'est à pied et par l'ouest à la voile.
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Alessandro Malaspina, Journaux de l'expédition politique et scientifique (1789-1794) (1789-1794)
Six ans après le retour de Viedma, l'Espagne lance sa plus grande expédition scientifique, deux corvettes autour du monde, avec ordre de mesurer, cartographier et inventorier tout l'empire. Malaspina passe au large des mêmes côtes australes. Ses journaux, restés inédits pendant un siècle pour cause de disgrâce politique, disent la fin de l'aventure espagnole en Amérique du Sud ; le journal de San Julián en dit, à voix basse, le commencement du renoncement.
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James Bruce, Voyage aux sources du Nil (1790)
Tandis que l'Endeavour cherchait la Nouvelle-Hollande, un géant écossais remontait le Nil bleu. Le 4 novembre 1770, aux mois mêmes où Cook remontait la côte australienne, Bruce atteignait les sources qu'il croyait celles du grand fleuve. Son récit, publié en 1790, souleva l'incrédulité de l'Europe savante tant ses aventures paraissaient invraisemblables. C'est l'autre versant de l'âge des découvertes : non plus les mers du Sud, mais les hauts plateaux d'Abyssinie. On y retrouve la même obstination à voir de ses yeux ce que nul Européen n'avait décrit, et la même solitude de l'explorateur au bout du monde connu.
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William Bligh, Relation de l'enlèvement du navire le Bounty (1790)
Dix-huit ans après l'Endeavour, chassé de son bord par la révolte, le lieutenant Bligh accomplit dans une simple chaloupe l'une des plus extraordinaires traversées de l'histoire de la mer. Sa route recoupe presque exactement celle de Cook : le détroit qui sépare la Nouvelle-Hollande de la Nouvelle-Guinée, puis Timor, où lui aussi arrive épuisé et affamé. Ancien élève de Cook, dont il avait été le maître au dernier voyage, Bligh applique les leçons de son maître à survivre. Deux récits de la même mer semée de récifs, à quelques années d'écart.
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William Bartram, Travels through North and South Carolina, Georgia, East and West Florida (1791)
En 1773, tandis que Kerguelen repart vers le Sud, le naturaliste de Philadelphie William Bartram s'enfonce dans le Sud-Est de l'Amérique anglaise : Géorgie, Floride, pays cherokee, terres des Creeks. Quatre années de marche et de canot le long du fleuve Saint-Johns, parmi les alligators, les magnolias et les villages amérindiens, qu'il décrit avec une sympathie rare à son époque. Ses Travels, parus en 1791, nourriront l'imaginaire de Coleridge et de Wordsworth. Ils montrent de l'intérieur ces colonies qui entrent en révolte, et que Kerguelen, depuis sa prison de Saumur, juge pauvres et endettées dans son mémoire sur l'Amérique.
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George Vancouver, A Voyage of Discovery to the North Pacific Ocean, and Round the World (1791-1795)
Vancouver quitte l'Angleterre en avril 1791, quatre mois avant Bligh, avec la Discovery et la Chatham. Sa mission : relever pouce par pouce la côte nord-ouest de l'Amérique, de l'Oregon à l'Alaska, et en finir avec le rêve d'un passage vers l'Atlantique. En route, il mouille à Matavai de la fin décembre 1791 au 24 janvier 1792, quelques semaines à peine avant l'arrivée du Providence, et le souvenir de la mutinerie du Bounty règle la discipline de son bord. Les deux capitaines, anciens du dernier voyage de Cook, mènent la même marine savante : l'un dresse des cartes, l'autre transporte des plantes.
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George Vancouver, A Voyage of Discovery to the North Pacific Ocean (1791-1795)
Vancouver était aspirant sur la Discovery pendant ce voyage. Quinze ans plus tard, il commande sa propre expédition, relâche à Dusky Bay puis au détroit de la Reine-Charlotte, et retrouve les souches des arbres coupés par les charpentiers de Cook. Le lecteur y voit ce que deviennent, en une génération, un mouillage familier et les gens qui y campaient.
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George Leonard Staunton, An Authentic Account of an Embassy from the King of Great Britain to the Emperor of China (1792-1794)
En septembre 1792, tandis que le Providence traverse l'océan Indien avec sa cargaison végétale, lord Macartney quitte l'Angleterre pour la Chine avec une ambassade chargée de présents savants. Staunton, son secrétaire, raconte le voyage, la remontée vers Pékin, l'audience de l'empereur Qianlong à Jehol et le refus poli opposé à toutes les demandes britanniques. Les deux expéditions relèvent de la même ambition : faire servir la science, la botanique et la navigation au commerce de l'empire. L'arbre à pain doit nourrir les esclaves des Antilles ; la mission de Chine voulait ouvrir les ports du thé. L'une réussit, l'autre échoua.
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William George Browne, Travels in Africa, Egypt, and Syria, from the Year 1792 to 1798 (1792-1798)
Browne part d'Égypte en 1793 avec une caravane qui suit la piste des quarante jours vers le Darfour, sultanat alors presque inconnu des Européens. Retenu près de trois ans par le sultan, suspecté, malade, il observe les marchés d'esclaves, la cour, les routes du commerce saharien, avant de pouvoir rentrer au Caire. Son livre, publié en 1799, n'a rien de la régularité d'un journal de bord : c'est le récit d'un homme seul, sans escorte ni pavillon. Le contraste avec Bligh, maître de deux navires et d'une compagnie de soldats de marine, montre les deux visages du voyage à la fin du siècle.
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Peter Simon Pallas, Bemerkungen auf einer Reise in die südlichen Statthalterschaften des Russischen Reichs in den Jahren 1793 und 1794 (1793-1794)
En février 1793, quand le Providence fait route vers la Jamaïque, le naturaliste Pallas quitte Saint-Pétersbourg avec sa famille et une escorte militaire. Il descend la Volga, longe la Caspienne, pousse jusqu'au Caucase et s'installe en Crimée, tout juste annexée par l'Empire russe. Plantes, roches, peuples tatars et cosaques : il décrit tout, avec la même minutie qu'un officier de marine notant vents et sondes. Le livre paraît à Leipzig en 1799-1801, puis en anglais en 1802. À l'autre bout du monde, le même siècle des inventaires transforme un voyage en catalogue de la nature.
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Samuel Hearne, Voyage à l'océan glacial (1795)
Aux mêmes années, un employé de la Compagnie de la baie d'Hudson s'enfonçait à pied dans le Grand Nord canadien, guidé par des chasseurs déné, pour atteindre l'embouchure de la rivière Coppermine. Son récit, publié en 1795, est le pendant terrestre et glacé du voyage de Cook : mêmes distances démesurées, même dépendance envers des guides autochtones, même patience à relever une géographie vierge. Là où Cook sonde des baies tropicales, Hearne traverse la toundra ; mais l'un et l'autre écrivent la rencontre de l'Europe et de mondes qu'elle ne soupçonnait pas.
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Samuel Hearne, A Journey from Prince of Wales's Fort to the Northern Ocean (1795) (1795)
Pendant que Viedma sonde des ports vides, un employé de la Compagnie de la baie d'Hudson marche pendant trois ans vers l'océan Arctique, guidé par des chasseurs chipewyans dont il dépend entièrement pour manger, s'orienter et survivre. Comme le journal patagon, ce récit tient sa force de l'accumulation des jours et du refus de l'emphase, et il pose la même question sans jamais la formuler : que devient un homme de bureau quand sa vie tient à des gens dont il ne parle pas la langue ? La réponse est chez Hearne aussi crue que chez Viedma elle est discrète.
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Paulin de Saint-Barthélemy, Viaggio alle Indie Orientali (1796)
Arrivé sur la côte de Malabar au milieu des années 1770, quand les échos de l'équipée de Duprat ne sont pas éteints, ce carme autrichien y reste jusqu'en 1789. Missionnaire, il apprend le malayalam et le sanskrit, dont il publie la première grammaire imprimée en Europe. Son voyage, paru à Rome en 1796 et traduit en français en 1808, décrit les Naïrs, les brahmanes, les castes de pêcheurs, la cour de Travancore et l'avancée des armées de Mysore. On y retrouve, vus par un homme qui les a longuement fréquentés, les peuples et les royaumes que Duprat croise au pas de charge.
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James Wilson, A Missionary Voyage to the Southern Pacific Ocean, Performed in the Years 1796, 1797, 1798, in the Ship Duff (1796-1798)
Cinq ans après le Providence, le Duff, affrété par la London Missionary Society et commandé par James Wilson, jette l'ancre à Matavai le 5 mars 1797. Il y débarque les premiers missionnaires protestants de Tahiti, accueillis par la famille même que Bligh a fréquentée, Tynah, devenu Pomare, et son fils Otoo. Le récit, publié en 1799, décrit les marae, les cérémonies et la vie de Matavai avec des yeux de pasteurs. On y retrouve les lieux et les personnages du journal de Bligh, au seuil d'un bouleversement que celui-ci ne pouvait prévoir : la conversion de l'île.
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Jean-François de Lapérouse, Voyage autour du monde (1797)
Quinze ans après Cook, la France envoie à son tour deux navires reconnaître le Pacifique. Lapérouse suit une part des routes de l'Endeavour, salue partout la mémoire du grand marin anglais, puis disparaît corps et biens à Vanikoro. Son journal, sauvé et publié en 1797, referme l'âge héroïque des découvertes océaniennes comme le journal de Cook l'avait ouvert. Le lecteur y retrouve les mêmes îles, déjà changées par le passage des Européens, et cette obsession des Lumières de tout cartographier avant de mourir.
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George Vancouver, Voyage de découvertes dans l'océan Pacifique Nord (1798)
Vancouver avait servi comme aspirant sous Cook. Devenu commandant, il revint au Pacifique dans les années 1790 pour en lever les côtes avec une minutie héritée de son maître. Son récit prolonge le geste de l'Endeavour d'une génération : mêmes escales polynésiennes, même patience du relevé, mais un monde insulaire déjà transformé par le commerce et les épidémies. On y voit ce que l'oeuvre de Cook a rendu possible, et le prix que les peuples du Pacifique commencent à en payer.
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Giuseppe Acerbi, Travels through Sweden, Finland, and Lapland, to the North Cape (1802)
Le jeune Italien Giuseppe Acerbi quitte Stockholm en 1798 pour un voyage qui le mènera jusqu'au cap Nord. Au cœur de l'hiver, il franchit en traîneau la mer d'Åland prise par les glaces, gagne la Finlande et remonte la côte du golfe de Botnie jusqu'à Oulu et Torneå, en sens inverse du retour de Linné. L'été 1799 venu, il remonte en barque le Torne et le Muonio, de rapide en rapide, jusqu'aux campements lapons et à l'océan Arctique. Ses Travels, publiés à Londres en 1802 avec de nombreuses gravures, offrent un tableau vivant des Finnois, des Lapons et de leurs rennes, deux générations après le journal de 1732.
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Giuseppe Acerbi, Travels through Sweden, Finland, and Lapland, to the North Cape, in the Years 1798 and 1799 (1802)
Plus de soixante ans après Maupertuis, le jeune Italien Giuseppe Acerbi reprend la route de Torneå avec une ambition nouvelle : gagner le cap Nord par la terre. Au printemps 1799, sa petite troupe passe par Oulu et Kemi, atteint Torneå, remonte en barque le Torne puis le Muonio et ses rapides, traverse à pied les marais d'Enontekiö jusqu'à Kautokeino, et touche le cap Nord par la mer le 19 juillet, sous le soleil de minuit. Publiés à Londres en 1802, ses deux volumes décrivent la nature, les habitants et les coutumes de la Finlande et de la Laponie. Le fleuve des académiciens y devient la porte d'un grand voyage d'aventure.
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Jacob Roggeveen, Dagverhaal der ontdekkings-reis van Mr. Jacob Roggeveen (1838)
En août 1721, pendant qu'Unverzagt attend à Pékin que soient achevées les tapisseries de l'empereur, Jacob Roggeveen quitte la Hollande avec trois navires pour chercher le continent austral. Le dimanche de Pâques 1722, il aborde une île que ses cartes ignorent et lui donne le nom de la fête : l'île de Pâques, avec ses statues géantes. Il traverse ensuite le Pacifique, passe aux Samoa et finit à Batavia, où la Compagnie des Indes orientales saisit ses navires pour atteinte à son monopole. Son journal, publié seulement en 1838, raconte comme celui d'Unverzagt une route où le commerce et ses privilèges décident de tout.
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