Nos titres sur ce sujet
À lire aussi : récits et ouvrages sur le même thème
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Ibn Boutlan, Lettre sur le voyage du Caire vers la Syrie (v. 1050)
Le médecin chrétien de Bagdad, presque contemporain de Nasir, décrit vers 1050 ses propres voyages de l'Irak vers l'Égypte fatimide et la Syrie, par Alep et Le Caire, dans les années mêmes où Nasir y séjourne. Comparer les deux regards sur le Caire de Mostansir est précieux : Nasir voit la splendeur du pouvoir chiite et l'honnêteté des marchands, Ibn Boutlan note les querelles théologiques et la condition des minorités. Deux portraits d'une même ville, à quelques mois d'intervalle, par deux observateurs venus de mondes différents.
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Ibn Joubayr, Relation des voyages (1183-1185)
Le pèlerin andalou de Valence accomplit le pèlerinage de La Mecque entre 1183 et 1185 et rédige le carnet qui fondera le genre arabe classique de la rihla. Il passe par les mêmes ports égyptiens, descend la mer Rouge, voit La Mecque cent quarante ans après Nasir, sous les Ayyoubides de Saladin. Plus littéraire, plus brillant, plus élogieux aussi envers le pouvoir sunnite restauré, il complète son devancier sur tous les points où Nasir restait silencieux. Les deux carnets se lisent presque comme une partition à deux voix sur le même Levant.
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Anna Comnène, Alexiade (v. 1148)
La fille de l'empereur byzantin Alexis Ier raconte vers 1148, dans un grec savant, le règne de son père. Elle écrit exactement sur la génération qui suit celle de Nasir et évoque les Turcs seldjoukides, la première croisade, la Méditerranée orientale à l'aube de son grand bouleversement. À lire pour comprendre l'autre versant, chrétien, du monde que Nasir a traversé : la voix d'une princesse savante répond à celle d'un secrétaire en fuite, issus du même monde, mais à un demi-siècle d'écart, après que la croisade est passée par là.
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Geoffroi de Villehardouin, La Conquête de Constantinople, vers 1207 (v. 1207)
Le maréchal de Champagne raconte la quatrième croisade et la prise de Constantinople par les Latins en 1204. Premier grand texte en prose française, écrit par un acteur direct du sac que Gilles connaît par Nicétas Chôniatès. À lire en miroir du chapitre 13 du présent volume : le même événement vu d'un côté et de l'autre.
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Ibn Battuta, Voyages (1325-1354)
Le grand voyageur de Tanger sillonne en trente ans, entre 1325 et 1354, tout le monde musulman, de l'Afrique noire à la Chine. Quand il passe à Jérusalem, au Caire ou à La Mecque, c'est trois siècles après Nasir, et le monde a basculé : croisades passées, Mongols installés, Mamelouks au Caire. Le contraste avec le carnet du Persan donne la mesure de ce qui a changé. Là où Nasir décrit en quelques pages, Ibn Battuta s'étend en aventures personnelles, en mariages, en disputes savantes et en banquets princiers.
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Ibn Khaldoun, Voyage d'Occident et d'Orient (1380-1400)
Le grand historien tunisien, déjà célèbre par sa Muqaddima, voyage entre Tunis, Le Caire, La Mecque et Damas dans les années 1380-1400. Surtout, il rencontre Tamerlan en personne sous les murs de Damas en janvier 1401, dans une conversation restée fameuse où le conquérant l'interroge sur le Maghreb. Récit en arabe contenu dans l'autobiographie d'Ibn Khaldoun, dont Abdesselam Cheddadi a donné une édition française aux éditions Actes Sud en 1995. Schiltberger et Ibn Khaldoun parlent du même Tamerlan, vu l'un par un savant arabe, l'autre par un page bavarois.
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Jean de Mandeville, Livre des merveilles du monde (v. 1357)
Compilé vers 1357 à partir de sources antérieures, le faux journal du chevalier anglais est l'un des best-sellers du XVe siècle. Schiltberger a sans doute eu l'occasion de l'entendre lire en Bavière, et la culture européenne d'Asie qui forme l'horizon du Bavarois lui doit beaucoup. À lire pour comprendre ce que l'Europe croyait du monde quand un jeune écuyer de Munich partait combattre les Turcs.
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Bertrandon de la Broquière, Voyage d'Outremer (1432-1433)
Le chambellan de Philippe le Bon part en 1432 pour espionner les Ottomans, depuis Jérusalem jusqu'à Constantinople et la Bourgogne, juste après le retour de Schiltberger. Son carnet, publié par Charles Schefer en 1892, est le premier témoignage occidental de l'empire ottoman restauré après le désastre d'Ankara. Là où Schiltberger raconte Bayezid au présent du captif, La Broquière décrit Murad II en agent diplomatique conscient de la menace ottomane. La continuité des deux récits forme la chronique européenne de l'Orient pré-byzantin tardif.
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Cristoforo Buondelmonti, Liber insularum Archipelagi, vers 1420 (v. 1420)
Le moine florentin sillonne les îles de la mer Égée et de la Propontide au début du XVe siècle, encore byzantin. Il dresse les premiers plans médiévaux de Constantinople, qui circuleront dans toute l'Europe humaniste. Pierre Gilles a vraisemblablement connu ces représentations. Le passage de Buondelmonti à Gilles, c'est un siècle et la conquête ottomane.
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Peter Füssli, Voyage à Jérusalem en 1523 et lettre sur la chute de Rhodes (1523)
Quatre ans après Tschudi, un autre Confédéré prend la route du Saint-Sépulcre : le Zurichois Peter Füssli, fondeur de cloches et de canons, ancien capitaine des guerres d'Italie et membre du Grand Conseil de sa ville. Son récit de 1523, plus sec que celui du Glaronnais, suit la même route des pèlerins par Venise, mais il s'accompagne d'une lettre sur la chute de Rhodes, prise par Soliman le Magnifique à la fin de 1522 : l'île où Tschudi avait fait enterrer Peter Falck et Melchior zur Gilgen est désormais ottomane, et ses chevaliers sont partis. Les deux textes de Füssli ont été édités ensemble en 1982, et leur lecture prolonge directement l'aparté rétrospectif de Tschudi sur Rhodes.
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Pierre Belon, Les Observations de plusieurs singularités et choses mémorables (1546-1549)
Le naturaliste manceau Pierre Belon part en 1546 dans la suite de l'ambassade française auprès de Soliman et ne rentre qu'en 1549. Ses Observations, publiées en 1553, mènent le lecteur en Grèce, en Crète, à Constantinople, en Égypte et en Terre sainte, mais avec un autre regard que celui de Tschudi : Belon note les plantes, les poissons, les serpents, les remèdes et les métiers, et décrit les gens plus que les reliques. Une génération après le pèlerin de Glaris, la Méditerranée orientale devient un terrain d'enquête savante, et la route de Jérusalem un chemin de curieux autant que de dévots. Les escales de Candie et de Rhodes y prennent un tout autre relief.
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André Thevet, Cosmographie de Levant, Lyon, 1554 (1554)
Le cordelier d'Angoulême parcourt la Méditerranée orientale dans les mêmes années que Pierre Gilles. Il visite Chios, Rhodes, Chypre, l'Égypte et la Terre sainte, et publie en 1554 ce gros volume qui mélange observations de terrain, citations antiques et bois gravés. Thevet n'a pas la rigueur topographique de Gilles, mais il a son enthousiasme et sa curiosité. Le contraste entre les deux ouvrages, parus à sept ans d'intervalle à Lyon chez des éditeurs voisins, donne la mesure de ce qu'était le voyage savant pour la génération de François Ier.
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Ogier Ghislain de Busbecq, Lettres turques, écrites à Constantinople de 1554 à 1562 (1554-1562)
L'ambassadeur de Ferdinand de Habsbourg arrive à Constantinople sept ans après le départ de Gilles. Il y reste huit ans et rapporte des manuscrits, des plantes (le lilas, la tulipe), des monnaies, et surtout quatre lettres détaillées où il décrit la cour ottomane, les coutumes, le sultan vieillissant. La même ville, les mêmes années, mais vue du côté diplomatique. Indispensable complément au regard archéologique de Gilles.
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Nicolas de Nicolay, Quatre premiers livres des navigations et pérégrinations orientales, Lyon, 1568 (1568)
Le géographe dauphinois accompagne en 1551 l'ambassade de France à Constantinople. Il en rapporte un livre illustré de soixante gravures qui montrent les costumes et les types ottomans avec une précision documentaire inégalée. Là encore, Lyon publie le livre une douzaine d'années après le voyage. La génération des voyageurs savants qui croisent Soliman a sa littérature dispersée et passionnante, dont Gilles est l'un des sommets.
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Leonhard Rauwolf, Description véritable du voyage en Orient (Aigentliche Beschreibung der Raiß) (1573-1576)
Médecin et botaniste d'Augsbourg, Leonhard Rauwolf s'embarque à Marseille en 1573 pour le compte d'une maison de commerce, vit neuf mois à Alep, descend jusqu'à Bagdad, puis, rappelé par la faillite de ses commanditaires, fait en 1575 le pèlerinage de Jérusalem avant de rentrer par Venise au début de 1576. Son récit, imprimé à Lauingen en 1582, est un herbier autant qu'un journal ; on y lit l'une des premières descriptions européennes du café. Comme Tschudi, Rauwolf écrit en allemand pour des lecteurs restés au pays, mais il découvre une Terre sainte où l'administration ottomane, encore toute neuve en 1519, est installée depuis plus d'un demi-siècle.
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Ogier Ghiselin de Busbecq, Lettres turques (1581)
L'ambassadeur impérial à Istanbul publie en 1581 ses quatre lettres latines depuis la cour de Soliman le Magnifique. Cent quatre-vingts ans après Schiltberger, le même empire ottoman, plus puissant que jamais, accueille un autre Occidental, cette fois en ambassadeur. Busbecq décrit la Sublime Porte au sommet, dans les années où l'imprimeur de Frankfurt republie pour ses contemporains le récit du Bavarois en libellé d'avertissement. Lire Busbecq juste après Schiltberger, c'est suivre l'Empire ottoman de son enfance à son apogée.
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George Sandys, A Relation of a Journey begun An. Dom. 1610 (1610-1611)
En 1610, le poète anglais George Sandys part de Venise pour un long voyage dans l'Empire ottoman : Constantinople, l'Égypte et le Sinaï, la Palestine, puis Chypre, avant de remonter par la Sicile, Naples et Rome. Sa Relation, publiée en 1615 et souvent rééditée, décrit le Saint-Sépulcre, les communautés chrétiennes qui s'en partagent les chapelles et les pèlerins venus de toute l'Europe. Moins d'un siècle après Tschudi, le décor a peu changé, avec ses franciscains, ses taxes et ses escortes, et l'itinéraire passe encore par Venise et par Chypre ; mais le regard est celui d'un protestant lettré, attentif aux antiquités et plus sceptique devant les reliques que le gentilhomme de Glaris.
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Evliya Çelebi, Seyahatname, rédigé entre 1640 et 1683 (1640-1683)
Le grand voyageur ottoman parcourt l'empire pendant quarante ans et rédige dix volumes où il décrit Istanbul, l'Anatolie, les Balkans, le Caucase, l'Égypte, le Hedjaz. Son volume sur Constantinople, rédigé un siècle après Gilles, décrit la ville en pleine maturité ottomane, ses mosquées, ses guildes, ses fêtes, ses monuments. Le pendant turc et tardif du carnet de Gilles.
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Adam Olearius, Voyage en Moscovie, Tartarie et Perse (1647)
Le diplomate de Holstein publie en 1647 son récit du voyage de 1633-1639, à travers Moscou, la Volga, la mer Caspienne, Ispahan et le retour par Bakou. Deux cents ans après Schiltberger, la même géographie sibérienne, caucasienne et persane, mais avec d'autres souverains : les Romanov en Russie, les Safavides en Perse, les Ottomans dans la Caucasie. Schiltberger avait vu ces routes dans le désordre des successions tatares ; Olearius les voit consolidées en empires modernes.
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Pietro della Valle, Viaggi di Pietro della Valle il pellegrino (1650-1663)
Le gentilhomme romain arrive à Jérusalem le 8 mars 1616 pour les fêtes de Pâques, dix mois avant Bénard, et parcourt les mêmes sanctuaires, logé comme lui chez les franciscains. Mais lui ne rentre pas : il passe à Damas, à Alep, épouse à Bagdad une chrétienne syrienne, Sitti Maani, et part pour la Perse de Shah Abbas en janvier 1617, au moment où Bénard débarque à Saïda. Ses lettres, publiées à Rome de 1650 à 1663, mènent ensuite jusqu'en Inde. Le pèlerin parisien voit la Terre sainte comme un aboutissement ; le pèlerin romain en fait la porte d'un Orient qu'il veut comprendre.
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Jean de Thévenot, Relation d'un voyage fait au Levant (1664)
Quarante ans après Bénard, un autre jeune Parisien part pour le Levant, en 1655. Jean de Thévenot passe plusieurs années à Constantinople, en Égypte et en Terre sainte, où il reçoit lui aussi la chevalerie du Saint-Sépulcre. Mais là où Bénard compte les indulgences, Thévenot observe les mœurs, les monnaies, les cafés et les caravanes avec une curiosité de voyageur plus que de pèlerin. Sa relation paraît en 1664 et sera souvent rééditée. Il repart ensuite pour la Perse et l'Inde et meurt sur le chemin du retour, en 1667. Les deux livres montrent comment le pèlerinage devient, en une génération, un voyage d'observation.
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Henry Maundrell, A Journey from Aleppo to Jerusalem at Easter, A.D. 1697 (1697)
Chapelain des marchands anglais d'Alep, Henry Maundrell part en février 1697 avec une quinzaine de compagnons pour passer Pâques à Jérusalem. Il longe la côte syrienne et libanaise, passe par Saïda, Tyr et Acre, les ports mêmes où Bénard a débarqué puis rembarqué, avant de monter vers la Ville sainte et de revenir par Damas et Baalbek. Protestant, il regarde les cérémonies du Saint-Sépulcre avec une ironie que Bénard n'aurait pas comprise, mais il mesure les distances et décrit les ruines avec une exactitude qui fit de son petit livre, paru à Oxford en 1703 et traduit en français dès 1705, un compagnon de route pour les voyageurs du siècle suivant.
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Engelbert Kaempfer, Amœnitates exoticæ (1712)
Le médecin et naturaliste de Westphalie traverse en 1683-1685 la Russie, la Perse safavide et la mer Caspienne. Son Latin scientifique de la fin du XVIIe siècle est le premier portrait européen complet de la Perse moderne. Là où Schiltberger témoignait à la première personne des destructions timourides, Kaempfer décrit l'Iran reconstitué sous Shah Abbas, avec ses jardins, ses mosquées, ses caravansérails.
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Joseph Pitton de Tournefort, Relation d'un voyage du Levant (1717)
Le botaniste français du Roi-Soleil publie en 1717 son récit de la mission de 1700-1702 en Anatolie, en Géorgie, en Arménie et à Constantinople. Les mêmes lieux que Schiltberger, exactement trois cents ans après, vus par un savant des Lumières naissantes. Le Caucase et l'Anatolie ont changé d'ottomans, mais les noms des villes, les peuples, les religions sont à peu près ceux qu'avait vus le Bavarois.
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Constantin-François Volney, Voyage en Syrie et en Égypte (1783-1785)
Moins de vingt ans après Niebuhr, le jeune Volney parcourt l'Égypte et la Syrie et publie, en 1787, l'année même des Remarques sur Alep, un tableau qui fera autorité. Son pachalik d'Alep recoupe trait pour trait celui de Niebuhr : villages abandonnés aux portes du désert, route d'Alexandrette infestée de voleurs, Antioche déchue, air fiévreux d'Alexandrette et refuge de Beilan dans la montagne. Il y ajoute les pigeons voyageurs et le célèbre bouton d'Alep. Mais Volney généralise et juge le despotisme ottoman en philosophe des Lumières, là où Niebuhr, plus modeste, raconte ce qu'il a vu et laisse le lecteur conclure.
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Volney, Voyage en Égypte et en Syrie (1787)
Le philosophe français arpente l'Orient ottoman entre 1783 et 1785 et publie son récit à Paris en 1787. Il décrit Jérusalem, Damas, Le Caire et la côte levantine d'un œil rationaliste et critique. La même géographie que Nasir, sept siècles plus tard, sous un autre empire et d'autres dynasties. Texte fondateur de l'orientalisme moderne, éclairant à relire après le Persan parce qu'il montre, à dix générations de distance, ce que la même terre est devenue : un Levant ottoman, appauvri, engourdi, mais encore largement reconnaissable à celui que Nasir avait traversé.
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Volney, Voyage en Syrie et en Égypte (1787)
Dix ans après Plechtcheïev, de 1783 à 1785, le jeune Volney séjourne en Égypte puis en Syrie, où il passe plusieurs mois à apprendre l'arabe dans un couvent du Liban. Son livre consacre de longues pages à l'histoire toute récente : la carrière d'Ali-Bey et sa chute, l'ascension puis la mort du cheikh Daher, et la tyrannie de Djezzar, son successeur à Acre. Ce que le lieutenant russe a vu de ses yeux, Volney le reconstitue en historien et en penseur des Lumières. Le lecteur de Plechtcheïev y trouve la suite et le dénouement d'une histoire dont il a vécu un chapitre.
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Ali Bey el-Abbassi, Voyages d'Ali Bey el Abbassi en Afrique et en Asie (1803-1807)
Sous un nom d'emprunt et un costume de prince musulman, le Catalan Domingo Badía traverse le Maroc, l'Égypte, La Mecque, la Syrie et l'Anatolie. Au printemps 1806, une tempête manque d'engloutir son navire avant qu'il ne débarque à Larnaca. De là, il gagne Nicosie à travers des collines qu'il trouve dignes de la déesse de l'île, note la richesse des sols et observe une Chypre toujours pressurée par ses gouverneurs. Ses Voyages, parus à Paris en 1814, offrent un contrepoint saisissant aux pages de Niebuhr : quarante ans plus tard, la même île vue par un faux musulman qui servait la politique de Napoléon.
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Chateaubriand, Itinéraire de Paris à Jérusalem (1806-1807)
En 1806, Chateaubriand quitte Paris pour Jérusalem par la Grèce, Constantinople et Rhodes, débarque à Jaffa et monte à la ville sainte, où le Père gardien des franciscains l'arme chevalier du Saint-Sépulcre avec l'épée attribuée à Godefroy de Bouillon. L'Itinéraire de Paris à Jérusalem, publié en 1811, fait de ce voyage l'un des grands textes de la prose française. Près de trois siècles séparent les deux adoubements, et l'on mesure à le lire ce qui a changé et ce qui demeure : même rade de Jaffa, mêmes religieux pour accueillir le pèlerin, même cérémonie, mais un voyageur qui cherche les ruines et les souvenirs autant que les indulgences.
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Jean Louis Burckhardt, Travels in Syria and the Holy Land (1810-1812)
Envoyé par l'Association africaine de Londres pour se préparer à traverser le Sahara, le Suisse Burckhardt choisit Alep comme école : il y apprend l'arabe, vit sous le nom de cheikh Ibrahim et rayonne de là dans toute la Syrie. Liban, vallée de l'Oronte, Hauran, puis en 1812 la route du Caire, au cours de laquelle il devient le premier Européen moderne à décrire Pétra. Ses journaux, publiés en 1822 après sa mort, prolongent exactement le regard de Niebuhr : même patience, même goût des itinéraires mesurés, même attention aux sectes et aux tribus que les voyageurs pressés ignorent.
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Alexander Kinglake, Eothen (1834-1835)
En 1834, le jeune Anglais Alexander Kinglake quitte Belgrade et traverse à cheval les Balkans ottomans jusqu'à Constantinople, puis gagne Smyrne, Chypre, Beyrouth, Nazareth, Jérusalem et, à travers le désert, Le Caire où sévit la peste de 1835. C'est presque l'itinéraire de Mayr, à vingt ans de distance, avec les mêmes quarantaines et la même peur de la contagion. Eothen, paru en 1844, est écrit avec un humour désinvolte qui en a fait un classique. Le marchand suisse et le gentleman anglais partagent le refus de l'emphase et le goût de l'anecdote vécue.
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Alphonse de Lamartine, Voyage en Orient (1835)
À l'automne 1832, trois ans après Prokesch, Alphonse de Lamartine débarque à Beyrouth avec sa femme et sa fille Julia, puis gagne Jérusalem à cheval, escorté comme un prince. Il y cherche moins des preuves que des émotions : le Saint-Sépulcre, la vallée de Josaphat, le mont des Oliviers deviennent sous sa plume des méditations lyriques. Au retour, Julia meurt à Beyrouth, et le voyage se change en deuil. Le Voyage en Orient, paru en 1835, a fixé pour des générations l'image romantique de la Terre sainte. Le contraste avec Prokesch est net : là où le major autrichien relève, mesure et compare les textes, le poète contemple et se souvient.
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Alexandre Pouchkine, Voyage à Arzroum pendant la campagne de 1829 (1836)
Au printemps 1829, Alexandre Pouchkine part sans autorisation rejoindre l'armée russe du Caucase, en guerre contre les Ottomans. Au-delà de Tiflis, il croise un chariot qui ramène de Perse le corps du poète et diplomate Griboïedov, massacré à Téhéran quelques mois plus tôt. Il suit les troupes du général Paskevitch jusqu'à Arzroum, qui ouvre ses portes aux Russes, et repart quand la peste s'y déclare. Son Voyage à Arzroum, publié en 1836, est un récit sec et ironique, à rebours de l'Orient romantique qu'on attendait de lui. C'est la même guerre qui affaiblit la Porte pendant que Prokesch négocie avec le pacha d'Acre : deux voyageurs aux deux bouts de l'Empire ottoman, au même printemps.
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Edward Lane, Mœurs et coutumes des Égyptiens modernes (1836)
L'arabisant anglais s'installe au Caire en 1825, puis de nouveau en 1833, au temps de Mohammed Ali, et publie en 1836 la plus minutieuse description du Caire de son siècle. Lui aussi distingue, comme Nasir huit cents ans plus tôt, le Caire et le Vieux-Caire, les fastes du pouvoir et l'abondance des bazars. C'est le même labyrinthe de ruelles, le même appel à la prière, les mêmes marchands d'épices, mais la dynastie a changé bien des fois et le califat n'existe plus. Lane achève par l'intérieur ce que Nasir avait commencé : une anthropologie de la ville vécue.
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John Lloyd Stephens, Incidents of Travel in Egypt, Arabia Petraea, and the Holy Land (1837)
En 1836, l'Américain John Lloyd Stephens suit presque pas à pas la route de Laborde : Le Caire, le Sinaï, la forteresse d'Akaba, l'Ouadi Araba, Pétra. Il voyage sous l'habit d'un marchand du Caire et, à Akaba, la garnison réclame aussitôt le bakchich : on y garde le souvenir de la pluie d'or répandue dix ans plus tôt par Laborde, et Linant y est encore connu de tous. Au Caire, Stephens a d'ailleurs rendu visite à Linant avant de partir. Son récit, publié en 1837, vif et ironique, connaît un grand succès et le lance vers les cités mayas. Lire Stephens après Laborde, c'est voir la même route rendue plus chère par le passage du premier.
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Charles Texier, Description de l'Asie Mineure, Paris, 1839-1849 (1839-1849)
Le grand archéologue français du XIXe siècle parcourt l'Anatolie et Constantinople pour le compte de l'Académie. Il identifie pour la première fois nombre de monuments antiques qui n'étaient connus que par les textes. Son ouvrage, en plusieurs volumes in-folio, illustré par les meilleurs graveurs de l'époque, reprend le projet topographique de Gilles avec les moyens du siècle des sciences. Indispensable pour qui veut prolonger Gilles dans la science archéologique moderne.
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Edward Robinson et Eli Smith, Biblical Researches in Palestine, Mount Sinai and Arabia Petraea (1841)
En 1838, le bibliste américain Edward Robinson parcourt la Palestine avec le missionnaire Eli Smith, arabisant accompli. Bible en main, boussole et ruban à mesurer dans les fontes, ils interrogent les villageois sur les noms arabes des lieux et retrouvent sous eux une foule de sites bibliques oubliés. À Jérusalem, Robinson repère au flanc du mur occidental l'amorce d'une arche antique qui porte aujourd'hui son nom. Ses Biblical Researches, publiées en 1841, fondent la géographie historique de la Terre sainte. Prokesch, neuf ans plus tôt, pratiquait déjà cette méthode d'officier topographe : relèvements au compas, mesure des remparts, discussion des textes anciens sur l'enceinte.
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Gérard de Nerval, Voyage en Orient (1843)
Neuf ans après Macbrair, Gérard de Nerval débarque à Alexandrie au début de 1843 et s'installe au Caire, où il loue une maison, achète une esclave javanaise et se fait conter la légende du calife Hakem. Il gagne ensuite Beyrouth et la montagne du Liban, au cœur des rivalités entre Druses et Maronites que Macbrair voyait déjà fermenter sous Ibrahim Pacha. Son Voyage en Orient, paru en 1851, mêle reportage, rêverie et récits enchâssés. Le contraste est complet : le poète cherche dans l'Orient un mystère à aimer, le missionnaire un peuple à sauver, mais tous deux décrivent la même ville grouillante, ses cafés, ses marchés et ses ruelles.
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Harriet Martineau, Eastern Life, Present and Past (1848)
Quatre ans après Ida Pfeiffer, l'Anglaise Harriet Martineau, déjà célèbre pour ses écrits d'économie politique, part à son tour vers l'Orient à la fin de 1846. Elle remonte le Nil jusqu'en Nubie, traverse le Sinaï, visite Pétra, puis Jérusalem, la Galilée et Damas. Comme la Viennoise, elle voyage en femme mûre, sans se laisser arrêter par les fatigues de la selle et des tentes. Mais là où Pfeiffer prie, Martineau raisonne : son livre fait des temples égyptiens et des lieux saints les étapes d'une histoire des religions, au point de scandaliser une partie de ses lecteurs. Deux femmes devant les mêmes pierres, deux manières de croire.
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Gustave Flaubert, Notes de voyages (1849-1851)
Avec Maxime Du Camp, Flaubert parcourt l'Égypte, puis la Palestine, la Syrie, Rhodes et Constantinople entre 1849 et 1851. Il arrive à Jérusalem en août 1850. Ses carnets, publiés après sa mort et édités en 1910, n'étaient pas destinés au public : notes brèves, sensations, choses vues, sans indulgence pour les sanctuaires ni pour les querelles des communautés chrétiennes au Saint-Sépulcre. La lecture est saisissante après Bénard, qui décrivait déjà le partage de l'église entre Latins, Grecs et Arméniens, mais avec la ferveur d'un croyant. Flaubert y cherche la vérité des choses et y trouve surtout la désillusion.
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Gustave Flaubert, Voyage en Orient (1849-1851)
Cinq ans après Thackeray, Gustave Flaubert et son ami Maxime Du Camp, chargé de photographier les monuments, débarquent à Alexandrie en novembre 1849. Ils remontent le Nil jusqu'à la deuxième cataracte, grimpent sur les Pyramides, puis passent par Beyrouth, Jérusalem, Rhodes, Smyrne, Constantinople et Athènes avant de rentrer en 1851. La plupart des escales orientales de Thackeray s'y retrouvent, mais vues par un homme qui fuit le pittoresque convenu autant que lui et cherche la sensation brute : la chaleur, la crasse, les almées, la mort. Ses notes et ses lettres, publiées après sa mort, ont la liberté d'un carnet intime. Le Saint-Sépulcre déçoit Flaubert comme il avait agacé Thackeray.
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Richard Burton, Personal Narrative of a Pilgrimage to Al-Madinah and Meccah (1853)
Pendant l'été 1853, au moment où Énault s'embarque à Marseille, l'officier britannique Richard Burton, déguisé en médecin musulman venu d'Afghanistan, rejoint Médine puis La Mecque avec la caravane du pèlerinage. Deux pèlerinages du même été, aux deux pôles du monde méditerranéen : l'un, chrétien, ouvert, protégé par les consuls et la vapeur ; l'autre, interdit aux non-musulmans, accompli sous un faux nom au péril de la vie. Le récit de Burton, publié en 1855 et 1856, décrit les rites, les foules et les routes du Hedjaz avec une précision d'ethnographe et un goût marqué pour le danger.
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Ludwig August Frankl, Nach Jerusalem! (1856)
Trois ans après Énault, le poète viennois Ludwig August Frankl, secrétaire de la communauté juive de Vienne, gagne Jérusalem en 1856 pour y fonder une école moderne, la fondation Lämel. Son livre, paru en 1858, décrit de l'intérieur ce qu'Énault voyait du dehors : la vie des communautés juives de la ville, leur pauvreté, leurs querelles, leurs rapports avec les consuls et les autorités ottomanes. Le pèlerin catholique s'arrêtait au mur des Lamentations ; Frankl entre dans les maisons, les synagogues et les hospices, et donne à la Jérusalem de ces années un visage que les récits chrétiens laissaient dans l'ombre.
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Herman Melville, Journal of a Visit to Europe and the Levant (1856-1857)
À l'automne 1856, Herman Melville, épuisé par les échecs de Moby Dick et de Pierre, part seul pour la Méditerranée. Il découvre Constantinople, descend en Égypte où les Pyramides l'écrasent, puis débarque à Jaffa et passe plusieurs semaines en Palestine, de Jérusalem à la mer Morte, avant Beyrouth, la Grèce et l'Italie. Son journal, griffonné au jour le jour et publié seulement au XXe siècle, suit presque la route de Thackeray, mais dans une autre tonalité : là où l'Anglais plaisante devant le Saint-Sépulcre, l'Américain y trouve un désert spirituel. De ce voyage naîtra Clarel, long poème sur le doute religieux paru en 1876.
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Lucie Duff Gordon, Lettres d'Égypte (1862-1869)
Atteinte de tuberculose, Lucie Duff Gordon part en 1862 chercher en Égypte un air plus sec et y passe les dernières années de sa vie. Elle s'installe à Louxor dans la « maison française » bâtie sur les toits du temple, apprend l'arabe, soigne les paysans, reçoit notables et coptes, et écrit à sa famille des lettres d'une liberté rare, publiées dès 1865. Elle y décrit la corvée, les impôts et les levées d'hommes qui écrasent les fellahs, comme Macbrair trente ans plus tôt sous Méhémet Ali. Mais là où le missionnaire voyait des âmes à gagner, elle voit des voisins et des amis, et l'on mesure à la lire tout ce que l'arrogance européenne laissait échapper.
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Mark Twain, The Innocents Abroad (1867)
En 1867, Mark Twain embarque à New York sur le Quaker City pour l'une des premières croisières organisées : Gibraltar, Tanger, l'Italie, Athènes, Constantinople, Smyrne, Beyrouth, la Terre sainte et l'Égypte. C'est, vingt-trois ans plus tard, la croisière de Thackeray en version américaine, avec ses pèlerins pieux, ses voyageurs qui cassent des souvenirs sur les monuments et un narrateur qui refuse de s'extasier sur commande. Twain se glisse de nuit sur l'Acropole, marchande au bazar, s'agace des reliques de Jérusalem et contemple le Sphinx. Publié en 1869, le livre devient l'un des récits de voyage les plus vendus de son temps et prolonge, sur un ton plus bruyant, la satire du touriste.
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Mark Twain, Le Voyage des innocents (1869)
En 1867, Mark Twain embarque à New York sur le Quaker City, une croisière organisée, nouveauté de l'époque, avec des pèlerins américains en route pour l'Europe et la Terre sainte. En Palestine, la petite troupe chevauche de Damas vers la Galilée, visite le lac de Tibériade et Nazareth, puis Jérusalem, avant de rembarquer à Jaffa. Twain se moque des pieux voyageurs, des guides et de ses propres illusions, et décrit sans complaisance une région pauvre et poussiéreuse. Un siècle après Plechtcheïev, Nazareth et Jaffa sont devenues des étapes de voyage organisé, et l'ironie de l'écrivain remplace le regard de l'officier en guerre.
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Edward Henry Palmer, The Desert of the Exodus (1871)
En 1869, l'orientaliste de Cambridge Edward Henry Palmer participe au relevé du Sinaï mené pour le Palestine Exploration Fund ; il repart ensuite avec le naturaliste Charles Tyrwhitt-Drake pour parcourir à pied, sans escorte, le désert de Tih, ce plateau calcaire que Laborde voyait border l'Ouadi Araba à l'ouest. Dix mois sous une petite tente, des inscriptions copiées dans les vallées, des nuits chez les Bédouins qui l'appellent Abdallah Effendi : The Desert of the Exodus, paru en 1871, cherche comme l'introduction de Laborde les traces de l'Exode dans le paysage, mais avec les instruments d'une science nouvelle. Le désert que Laborde longeait devient enfin un pays cartographié.
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Amelia B. Edwards, Mille milles en remontant le Nil (A Thousand Miles up the Nile) (1873-1874)
Romancière et journaliste, Amelia Edwards arrive en Égypte presque par hasard, en novembre 1873, pour fuir la pluie d'Europe. Elle loue une dahabieh et remonte le Nil au-delà d'Abou Simbel jusqu'à la deuxième cataracte, en dessinant tout ce qu'elle voit. Son livre, paru en 1877, mêle humour, érudition et indignation devant les monuments mutilés par les chercheurs de trésors et les visiteurs. Elle fondera en 1882 l'Egypt Exploration Fund, pour fouiller et protéger ce patrimoine. Macbrair avait vu les mêmes temples à Thèbes, Edfou et Philae ; quarante ans plus tard, Edwards montre ce que le tourisme naissant a fait de ce Nil des missionnaires et des pachas.
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Amelia B. Edwards, A Thousand Miles up the Nile (1873-1874)
Thackeray s'arrête au Caire et aux Pyramides ; la romancière anglaise Amelia Edwards, arrivée en Égypte presque par hasard à l'hiver 1873, va beaucoup plus loin. Sur une dahabieh, avec une amie et un équipage nubien, elle remonte le Nil jusqu'à Abou Simbel et la deuxième cataracte, dessine les temples, fait dégager des peintures ensablées et s'indigne des pillages. Son livre, publié en 1877, mêle la vie du bord, les paysages et une érudition qui grandit au fil des pages. Le voyage décide de sa vie : en 1882, elle fonde à Londres l'Egypt Exploration Fund.
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Edmondo de Amicis, Constantinople, Milan, 1877 (1877)
L'écrivain italien décrit Constantinople à la fin de l'époque ottomane, juste avant les grandes transformations urbaines de la fin du siècle. Bazars, derviches tourneurs, cimetières, Bosphore, Sainte-Sophie : c'est un livre vivant et très documenté, qui sert encore aujourd'hui de repère à l'imagination occidentale d'Istanbul.
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Samuel White Baker, Cyprus as I Saw It in 1879 (1879)
Un an après que l'Empire ottoman a cédé l'administration de Chypre à la Grande-Bretagne, l'explorateur du Nil Samuel Baker débarque à Larnaca et parcourt l'île pendant plusieurs mois avec sa femme Florence, en chariot et sous la tente. Il décrit les routes, les forêts dévastées, les paysans, les impôts, les villes de Nicosie, de Kyrenia et de Famagouste, et juge sans indulgence la nouvelle administration comme l'ancienne. Plus d'un siècle après Niebuhr, la question reste la même : pourquoi une île si fertile est-elle si pauvre ? La réponse de Baker, celle d'un colon pragmatique, fait écho à la colère des Chypriotes de 1766.
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Laurence Oliphant, Haifa, or Life in Modern Palestine (1882-1885)
En 1882, l'écrivain et ancien diplomate britannique Laurence Oliphant s'installe à Haïfa, au pied du Carmel où s'achève le voyage d'Énault, et passe ses étés dans un village druze de la montagne. Ses lettres au New York Sun, réunies en 1887, décrivent la colonie allemande des Templiers, les premiers villages juifs, les couvents, les fouilles, les Druzes et les Bédouins. Là où Énault voyait une terre sacrée figée dans ses souvenirs bibliques, Oliphant observe un pays qui change, défriché, colonisé, convoité. Le Carmel des pèlerins devient chez lui un poste d'observation sur la Palestine moderne.
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Guy Le Strange, Palestine sous les musulmans (1890)
L'orientaliste anglais rassemble en 1890 les descriptions que les géographes arabes et persans ont laissées de la Syrie et de la Palestine, du VIIe au XVe siècle, et il accorde une large place au témoignage de Nasir sur Jérusalem et le Haram. Lire ce recueil après le Safarnama, c'est replacer le carnet du Persan dans le chœur de tous ceux qui ont décrit la ville sainte avant les croisés : Le Strange traduit, compare, situe, et fait entendre Nasir parmi ses pairs.
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Matilde Serao, Nel paese di Gesù (1893)
Quarante ans après Énault, la journaliste napolitaine Matilde Serao, cofondatrice du quotidien Il Mattino, fait à son tour le voyage de Terre sainte en 1893 et en tire une série d'articles, réunis en volume en 1898. Même métier, même foi catholique, même route vers Jérusalem, Bethléem et la Galilée. Serao écrit avec ferveur et avec un sens aigu de la scène, des foules et des couleurs, qui rappelle celui de son devancier. Les deux journalistes, le Parisien du Second Empire et la Napolitaine de la fin du siècle, composent un diptyque du pèlerinage vu par la presse.
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Pierre Loti, Jérusalem (1894)
Au printemps 1894, après avoir traversé le Sinaï à dos de chameau, Pierre Loti arrive à Jérusalem en pèlerin sans foi, venu chercher une émotion religieuse qu'il ne trouve pas. Il décrit, cinquante ans après Thackeray, le même Saint-Sépulcre encombré de sectes rivales, les mêmes foules de pèlerins, une ville grise sous la pluie, mais sur un ton de mélancolie fervente qui est l'opposé exact de l'ironie de l'Anglais. Publié en 1895, le livre forme avec Le Désert et La Galilée un triptyque oriental. Lire Loti après Thackeray, c'est mesurer comment le même lieu peut susciter la satire chez l'un et la ferveur nostalgique chez l'autre.
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Pierre Loti, La Galilée (1895)
Au printemps 1894, après Jérusalem, Pierre Loti remonte vers le nord et traverse la Galilée à cheval, sous les averses d'avril et parmi les fleurs. Il passe par Nazareth, s'attarde au bord du lac de Tibériade, puis gagne Damas. Son livre clôt une trilogie commencée avec Le Désert et Jérusalem. Loti y cherche, sans être sûr de la trouver, la trace du Christ dans ces paysages, et il note la pauvreté des villages et la mélancolie des lieux saints. Plus d'un siècle après la chevauchée de Plechtcheïev vers Nazareth et Cana, la même terre devient le décor d'une quête intérieure.
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Pierre Loti, Le Désert (1895)
Le 22 février 1894, Pierre Loti quitte les sources de Moïse avec une caravane de chameaux, monte au couvent du Sinaï et descend vers le golfe d'Akaba, décidé à suivre la route la plus longue, celle du désert de Pétra, justement parce que les guides lui conseillent de s'en détourner. À Akaba, l'administrateur ottoman lui ferme le chemin : les tribus de l'Idumée sont en rébellion, et Loti doit obliquer vers Gaza à travers le désert. Le Désert, publié en 1895, est un journal de lumières et de silences, tout en couleurs de sable et de granit. On y mesure ce que valait l'entrée à Pétra obtenue par Laborde à force de patience et de cadeaux.
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Gertrude Bell, Syria: The Desert & the Sown (1905)
Au début de 1905, Gertrude Bell quitte Jérusalem à cheval, traverse le Hauran et le pays druze, gagne Damas, Homs et Hama, puis s'attarde à Alep avant de descendre par Antioche jusqu'à Alexandrette, où s'arrête son livre, publié en 1907. C'est presque l'itinéraire de Niebuhr, en sens inverse et cent quarante ans plus tard : les mêmes Bédouins maîtres du désert, les mêmes Nosaïris, les mêmes ruines d'Antioche. Bell, archéologue et future actrice de la politique britannique en Irak, écrit avec un sens du dialogue et du portrait qui fait de ce récit l'un des classiques du voyage au Levant.
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T. E. Lawrence, Seven Pillars of Wisdom (1926)
Le 6 juillet 1917, Thomas Edward Lawrence entre à Akaba avec les Howeitat d'Aouda Abou Tayi et le chérif Nasir, après une longue marche par le désert qui a pris la ville à revers : venus du plateau, ils descendent la vallée de l'Itm, l'Ouadi Djetoum de Laborde, tandis que les défenses turques regardent vers la mer. La forteresse où Laborde attendait les chefs alaouins devient la base de la révolte arabe, et les abords de Pétra une ligne de front. Les Sept Piliers de la sagesse, tirés à petit nombre en 1926 puis publiés en 1935, racontent ce pays d'Édom parcouru à dromadaire, presque un siècle après le passage de Laborde et de Linant.
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Orhan Pamuk, Istanbul, souvenirs d'une ville, Istanbul, 2003 (2003)
Le romancier turc, prix Nobel 2006, raconte son enfance dans l'Istanbul républicaine des années 1950 et 1960. Il décrit la mélancolie particulière d'une ville qui se sait déchue de sa grandeur. Résonance profonde avec le ton de Gilles : la même conscience d'une grandeur perdue, quatre siècles plus tard, sous une autre forme.