Nos titres sur ce sujet
XIXe siècle
À lire aussi : récits et ouvrages sur le même thème
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Francis Buchanan, A Journey from Madras through the Countries of Mysore, Canara, and Malabar (1800-1801)
Au printemps 1800, moins d'un an après la chute de Tipu Sultan à Seringapatam (mai 1799), le gouverneur général Wellesley charge le médecin écossais Francis Buchanan de parcourir le Mysore, le Canara et le Malabar. Pendant plus d'un an, Buchanan note tout : cultures, prix des grains, tisserands, castes, temples, routes et rendement des terres. Là où Flinders relève une côte sans villes ni routes, Buchanan inventorie un pays dense, que la Compagnie des Indes orientales vient de conquérir et entend administrer. Les deux hommes travaillent au même moment pour le même empire, l'un sur terre, l'autre sur mer, et leurs livres, publiés en 1807 et en 1814, sont d'abord des inventaires minutieux de ce qu'ils ont vu.
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François Péron, Voyage de découvertes aux terres australes (1800-1804)
Au moment même où Flinders longe la côte sud, l'expédition française de Nicolas Baudin explore les mêmes rivages en venant de l'est. Le 8 avril 1802, le Géographe croise l'Investigator dans une baie que Flinders nomme Encounter Bay, la baie de la Rencontre. Le naturaliste François Péron rédige le récit officiel, dont le premier volume paraît en 1807 et que Louis de Freycinet achève après sa mort. Les cartes françaises y baptisent Terre Napoléon une partie de la côte que Flinders venait de relever, ce qui nourrit une longue querelle de priorité. Le Géographe relâche à son tour à King George Sound au début de 1803.
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François Péron et Louis de Freycinet, Voyage de découvertes aux terres australes (1800-1804)
C'est le récit d'en face : celui de l'expédition de Nicolas Baudin, que Flinders croise le 8 avril 1802 à la baie de la Rencontre. Le naturaliste François Péron y raconte la navigation du Géographe et du Naturaliste le long des mêmes côtes, puis l'escale de Port Jackson où les deux équipages se retrouvent. Mais le premier volume, paru en 1807, rebaptise les découvertes de Flinders : la côte sud devient Terre Napoléon, l'île des Kangourous île Decrès. Flinders, alors prisonnier à l'île de France, s'en indignera dans son propre livre. Lire les deux ensemble, c'est voir la même côte par des yeux rivaux.
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George Annesley, vicomte Valentia, Voyages and Travels to India, Ceylon, the Red Sea, Abyssinia, and Egypt (1802-1806)
En 1802, l'année même où Flinders fouille le golfe de Carpentarie, un jeune lord irlandais s'embarque pour l'Inde avec un secrétaire dessinateur, Henry Salt. Pendant quatre ans, Valentia remonte les côtes de Ceylan et de l'Inde, puis explore la mer Rouge à bord d'un navire de la Compagnie des Indes, jusqu'aux rivages de l'Abyssinie et à l'Égypte. Ses trois volumes, publiés en 1809, mêlent levés de côtes, cours des princes indiens et récits de mouillages incertains. On y retrouve la même obsession que chez Flinders : des cartes sûres pour les routes de l'Inde, dans des mers que les marins européens connaissaient encore mal.
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Adam Johann von Krusenstern, Reise um die Welt in den Jahren 1803, 1804, 1805 und 1806 (1803-1806)
Deux ans après le départ de l'Investigator, la Russie lance à son tour son premier tour du monde. Adam Johann von Krusenstern, officier balte qui a servi plusieurs années dans la marine britannique, commande la Nadejda, accompagnée de la Neva. Il conduit à Nagasaki l'ambassadeur Nikolaï Rezanov, que les autorités japonaises font attendre six mois avant de le renvoyer sans traité, puis relève les côtes de Sakhaline et du Kamtchatka. Comme Flinders, il emporte des chronomètres pour fixer les longitudes et embarque naturalistes et astronome. Son récit, publié en russe et en allemand à Saint-Pétersbourg, est bientôt traduit dans toute l'Europe, à l'époque même où Flinders, captif à l'île de France, ne peut publier le sien.
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Adam Johann von Krusenstern, Voyage autour du monde dans les années 1803, 1804, 1805 et 1806 (1803-1806)
Un an après Flinders, la Russie lance à son tour son premier tour du monde. Krusenstern, officier balte qui avait servi dans la marine britannique, commande la Nadejda, accompagnée de la Neva. Il touche les Marquises, puis conduit au Japon l'ambassadeur Nikolaï Rezanov, qui attend six mois à Nagasaki pour se voir refuser tout commerce. Krusenstern relève ensuite les côtes de Sakhaline et du Kamtchatka, mers aussi mal cartographiées que la côte sud de la Nouvelle-Hollande. Même métier que Flinders : un hydrographe qui corrige les cartes de ses prédécesseurs, sous le regard d'un empire qui veut sa part du Pacifique.
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Adam Johann von Krusenstern, Voyage autour du monde (1803-1806)
En août 1803, un an après le départ de l'Investigator vers le nord, deux navires russes, la Nadejda et la Neva, quittent Kronstadt sous les ordres d'Adam Johann von Krusenstern pour le premier tour du monde de la marine impériale. Par le cap Horn, les Marquises et Hawaï, ils gagnent le Kamtchatka puis Nagasaki, où l'ambassadeur Rezanov attend des mois une audience que le Japon fermé finit par refuser. Krusenstern relève ensuite les côtes de Sakhaline. Comme Flinders, c'est un officier passé par la Royal Navy, attentif aux cartes de ses prédécesseurs, qui corrige au chronomètre les blancs de la carte d'un océan encore mal connu.
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Adam Johann von Krusenstern, Voyage autour du monde, fait dans les années 1803, 1804, 1805 et 1806 (1803-1806)
Quelques semaines après le retour de Flinders à Port Jackson, deux navires russes, la Nadejda et la Neva, quittent Kronstadt pour le premier tour du monde de la marine impériale. Krusenstern conduit au Japon l'ambassadeur Rezanov, qui attend des mois à Nagasaki avant d'être éconduit, puis relève les côtes de Sakhaline et de Kamtchatka. Comme Flinders, il commande une expédition savante, avec naturalistes et astronomes, et il doit composer avec des navires fatigués et des équipages éprouvés. Les deux récits racontent la même époque, où les marines d'Europe se disputent les derniers rivages mal connus du globe, chacune à un bout du Pacifique.
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Adam Johann von Krusenstern, Voyage autour du monde sur la Nadejda et la Neva (1803-1806)
En août 1803, quelques jours avant le naufrage du Porpoise, la Nadejda et la Neva quittent Cronstadt pour la première circumnavigation russe. Krusenstern, qui a servi dans la Royal Navy, double le cap Horn, touche les Marquises et Hawaï, puis conduit l'ambassadeur Rezanov à Nagasaki, où le shogunat le fait attendre des mois avant de le renvoyer sans traité. Il relève ensuite les côtes de Sakhaline et du Kamtchatka. Comme Flinders, il voyage pour un empire qui veut des cartes et des routes ; comme lui, il se heurte à un pouvoir qui se méfie de l'étranger. Le Japon fermé répond, à sa manière, à l'île de France de Decaen.
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Ali Bey el Abbassi (Domingo Badía), Voyages d'Ali Bey el Abbassi en Afrique et en Asie (1803-1807)
Au moment où Flinders achève son tour de la Nouvelle-Hollande, un Espagnol, Domingo Badía, débarque au Maroc sous l'identité d'un prince musulman, Ali Bey. Pendant quatre ans, il parcourt le Maroc, Tripoli, Chypre, l'Égypte, puis accomplit le pèlerinage de La Mecque avant de gagner la Syrie et Constantinople. Il observe, mesure les latitudes et décrit les villes avec la minutie d'un savant des Lumières, tout en jouant un rôle politique trouble. Ses Voyages paraissent à Paris en 1814. Une autre manière d'explorer : non pas une côte vide de cartes, mais un monde fermé aux Européens.
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Meriwether Lewis et William Clark, History of the Expedition under the Command of Captains Lewis and Clark (1804-1806)
Deux ans après le passage de Flinders, une autre expédition part reconnaître l'intérieur d'un continent pour le compte de sa nation. Lewis et Clark remontent le Missouri, franchissent les Rocheuses et descendent la Columbia jusqu'au Pacifique, en tenant au jour le jour leurs journaux de route. Ils rencontrent des dizaines de peuples amérindiens, comme Flinders rencontre les Aborigènes de Port Phillip, et dépendent de guides et d'interprètes, ainsi Sacagawea, comme lui de Bongaree. Le récit officiel de l'expédition paraît en 1814, l'année même du Voyage à la Terre australe : deux jeunes nations, l'une née, l'autre à naître, se dessinent au même moment.
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Meriwether Lewis et William Clark, Histoire de l'expédition sous le commandement des capitaines Lewis et Clark (1804-1806)
En mai 1804, au moment où Flinders s'use en lettres de protestation à Port-Louis, le Corps of Discovery quitte Saint-Louis pour remonter le Missouri, franchir les Rocheuses et atteindre le Pacifique. Deux ans et demi de rivières, de portages, d'hivers chez les Mandans et de rencontres avec les nations des Plaines, menés au nom d'un jeune pays qui veut connaître le territoire qu'il vient d'acheter à la France. Le récit, mis en forme par Nicholas Biddle, paraît en 1814, comme celui de Flinders. Deux continents à cartographier, deux commandants qui tiennent leur journal comme un trésor : la même ambition, sous des fortunes opposées.
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Meriwether Lewis et William Clark, Journaux de l'expédition Lewis et Clark (1804-1806)
Au printemps 1804, pendant que Flinders découvre les murs de la prison du Jardin, Lewis et Clark remontent le Missouri pour traverser le continent jusqu'au Pacifique. Leurs journaux, tenus au jour le jour, racontent les portages, l'hiver chez les Mandanes, les Rocheuses franchies de justesse et les rencontres avec des peuples que nul Américain n'avait décrits. Tout oppose les deux récits : l'un avance sans cesse vers l'inconnu, l'autre tourne en rond sur une île de quelques dizaines de kilomètres. Pourtant, ce sont deux hommes de la même génération, mandatés pour cartographier, et qui savent que leurs cartes valent plus que leur personne.
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Mungo Park, The Journal of a Mission to the Interior of Africa, in the Year 1805 (1805)
En avril 1805, l'Écossais Mungo Park repart de la Gambie avec une quarantaine d'Européens pour descendre le Niger, qu'il avait atteint lors de son premier voyage. La saison des pluies décime la troupe : quand il arrive au fleuve, il ne lui reste qu'une poignée d'hommes. À Sansanding, il assemble avec deux pirogues une embarcation de fortune et part vers l'aval ; il disparaît l'année suivante aux rapides de Bussa. Son journal, rapporté par un guide, paraît en 1815. Comme Flinders à l'île Sweers, Park choisit de continuer avec un outil à bout de forces : là un navire pourri, ici une expédition presque anéantie.
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Mungo Park, Journal d'une mission à l'intérieur de l'Afrique (1805)
En 1805, l'explorateur écossais Mungo Park repart vers le Niger avec une troupe de soldats britanniques, bien décidé à suivre le fleuve jusqu'à son embouchure. Les fièvres déciment la colonne, les morts se comptent chaque semaine, et le journal s'arrête à Sansanding, d'où Park envoie ses dernières lettres avant de disparaître dans les rapides de Boussa. Le texte, publié en 1815, parut un an après le livre de Flinders. Les deux hommes partagent le même destin d'explorateurs de la Couronne pris dans la guerre contre la France, et la même angoisse de voir leur travail perdu avant d'avoir atteint Londres.
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Mungo Park, Journal d'une mission à l'intérieur de l'Afrique en 1805 (1805-1806)
Pendant que Flinders cartographie les côtes d'Australie, l'Afrique de l'Ouest reste une page blanche pour l'Europe. En 1805, le chirurgien écossais Mungo Park repart de Gambie pour descendre le Niger jusqu'à son embouchure, dont personne ne sait où elle se trouve. La saison des pluies et les fièvres déciment sa troupe ; il continue malgré tout, sur une embarcation de fortune, et disparaît aux rapides de Boussa en 1806. Son journal, rapporté par son guide, paraît en 1815. Comme la perte du cutter au cap Catastrophe, c'est le prix humain payé pour combler les blancs de la carte.
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Mungo Park, Journal d'une mission dans l'intérieur de l'Afrique en 1805 (1805-1806)
Revenu célèbre de son premier voyage, l'Écossais Mungo Park repart en 1805 avec une quarantaine d'Européens, soldats pour la plupart, pour descendre le Niger jusqu'à son embouchure. Les fièvres et la saison des pluies déciment la colonne avant même d'atteindre le fleuve. Park construit une embarcation à Sansanding, expédie ses dernières lettres et son journal, puis disparaît en aval, près de Boussa, en 1806. Le journal, sauvé par un messager, paraît en 1815. Même année, même obstination : un explorateur britannique sait qu'il risque de tout perdre et s'acharne à faire parvenir ses observations en Angleterre, comme Flinders qui recopie ses cartes dans sa prison.
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Leopold von Buch, Voyage en Norvège et en Laponie (1810)
De 1806 à 1808, le géologue prussien Leopold von Buch parcourt la Norvège, alors danoise, puis la Laponie jusqu'au cap Nord, baromètre en main pour mesurer la hauteur des montagnes. Son livre, paru en allemand en 1810, suit la côte du Finnmark par Alten, Hammerfest et Tromsø, puis revient par la Laponie et la Suède à l'approche de l'hiver. Il y avance l'idée, promise à un long avenir, que le sol de la Suède s'élève lentement au-dessus de la mer. Pendant que la Vlieg frôle les rochers des Shetland dans la tempête, quelques degrés plus au nord, un savant obstiné cherche à lire l'histoire du continent dans ses roches.
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François-René de Chateaubriand, Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811)
Parti de Paris en juillet 1806, Chateaubriand gagne Venise, la Grèce, Constantinople et Jérusalem, puis l'Égypte, Tunis et l'Espagne, et rentre en France au printemps 1807, quelques semaines avant que la Vlieg ne quitte la Hollande. L'Itinéraire, publié en 1811, mêle érudition antique, piété et goût du pittoresque ; l'écrivain y cherche des images pour son épopée des Martyrs autant que le chemin des lieux saints. Le contraste avec le jeune Hollandais est parlant : l'un voyage pour écrire et compose son livre dans la foulée, l'autre écrit trente-cinq ans plus tard ce que la guerre lui a fait vivre, sans autre ambition que de se souvenir.
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Vassili Golovnine, Mémoires d'une captivité au Japon (1811-1813)
Le plus proche cousin du livre de Flinders. Commandant de la corvette russe Diana, Golovnine fut d'abord retenu plus d'un an par les Britanniques à Simon's Bay, au Cap, dès 1808, avant de s'en échapper de nuit en mai 1809. Deux ans plus tard, débarqué aux Kouriles, il est capturé par les Japonais et enfermé plus de deux ans à Hakodate et à Matsumae. Son récit, traduit en anglais dès 1818, décrit la cage, la tentative d'évasion manquée, puis les longues négociations qui le libèrent. Même guerre mondiale des empires, même officier de marine prisonnier d'un pouvoir qui le soupçonne d'espionnage.
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Vassili Golovnine, Narrative of My Captivity in Japan (1811-1813)
En juillet 1811, le capitaine russe Vassili Golovnine, venu relever les côtes des Kouriles, est capturé par les Japonais à Kounachir avec plusieurs de ses hommes. Il reste prisonnier plus de deux ans, à Hakodate puis à Matsumae, et n'est libéré qu'en octobre 1813, au moment où Mayr quitte Salonique pour rentrer vers l'Europe. Son récit, publié en 1816, offre l'un des rares témoignages européens sur le Japon fermé. Comme le marchand suisse, Golovnine se retrouve seul parmi des hommes dont il ignore la langue, à la merci de l'hospitalité ou de la méfiance, et s'en tire par l'observation patiente.
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Germaine de Staël, Dix années d'exil (1812)
Le 23 mai 1812, deux jours après le départ de Mayr de Vienne, Germaine de Staël s'enfuit de Coppet, où Napoléon la tient sous surveillance. Elle traverse l'Autriche, la Galicie et l'Ukraine, atteint Moscou peu avant la Grande Armée, puis Saint-Pétersbourg et enfin Stockholm. Ses souvenirs de cette fuite, publiés après sa mort en 1821, montrent la même Europe que quitte le fabricant d'Arbon : un continent verrouillé par l'Empire, où le commerce comme la pensée cherchent des issues vers l'est. Deux voyageurs partis des bords d'un lac suisse, l'un pour vendre, l'autre pour rester libre.
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Ross Cox, Adventures on the Columbia River (1812-1817)
Engagé par la compagnie de fourrures de John Jacob Astor, le jeune Irlandais Ross Cox arrive en mai 1812 à Astoria, à l'embouchure du Columbia, au moment où Mayr descend le Danube. Il passe six ans dans les postes de traite du Nord-Ouest américain, se perd seul pendant deux semaines dans la forêt, commerce avec les peuples du fleuve et assiste à la cession du poste aux Britanniques pendant la guerre de 1812. Son livre paraît en 1831. Comme le Suisse, Cox est un commerçant qui voyage pour affaires et raconte ses mésaventures avec franchise, loin de tout récit héroïque.
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Johann Ludwig Burckhardt, Travels in Nubia (1813)
Un autre Suisse parcourt l'Orient dans les mêmes mois. Johann Ludwig Burckhardt, d'une famille bâloise, voyage pour une société savante de Londres sous le nom de cheikh Ibrahim. En 1812, il découvre Pétra en chemin vers Le Caire, où Mayr séjourne lui aussi cet hiver-là ; au printemps 1813, il remonte le Nil à travers la Nubie et aperçoit le grand temple d'Abou Simbel à demi enseveli. Son récit de Nubie paraît en 1819, après sa mort. L'érudit qui vit en musulman et le marchand d'Arbon qui ne parle aucune langue du pays offrent deux manières suisses d'affronter le même Orient.
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Henry Salt, Voyage en Abyssinie (1814)
En 1809, Henry Salt repart pour l'Abyssinie, chargé par le gouvernement britannique de porter au souverain du pays les présents du roi d'Angleterre. En chemin, son navire longe la côte orientale de l'Afrique, et son livre, publié en 1814, décrit les établissements portugais du Mozambique, à l'autre extrémité de l'empire dont Ver Huell découvre au même moment l'ancienne capitale américaine. Viennent ensuite le Tigré, ses églises, ses princes, et des vocabulaires des peuples de la côte. Le rapprochement montre l'Empire portugais sur ses deux rives à la fois, à l'heure même où sa cour quitte Lisbonne pour se réfugier en Amérique.
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Vassili Golovnine, Memoirs of a Captivity in Japan (1816)
En mai 1808, le sloop russe Diana de Vassili Golovnine entre à Simon's Bay, près du Cap, sans savoir que la Russie est désormais en guerre avec l'Angleterre. Les Britanniques l'immobilisent plus d'un an, jusqu'à ce que Golovnine profite d'un vent favorable, en mai 1809, pour s'échapper. Le même homme est capturé en 1811 par les Japonais dans les Kouriles et reste plus de deux ans prisonnier à Hakodate et à Matsumae ; son récit, publié en 1816, fait connaître à l'Europe un Japon fermé. Navire neutre devenu prise de guerre, équipage tenu au port par la politique des grandes puissances : la Diana au Cap vit ce que vit la Vlieg à Bahia.
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Phillip Parker King, Narrative of a Survey of the Intertropical and Western Coasts of Australia (1818-1822)
Seize ans après Flinders, le lieutenant Phillip Parker King, fils d'un ancien gouverneur de Nouvelle-Galles du Sud, reçoit la mission d'achever le relevé des côtes que l'Investigator, trop délabré, avait dû laisser inachevé. Avec le petit cutter Mermaid et le botaniste Allan Cunningham, il mouille en janvier 1818 à King George Sound. Il y cherche en vain la bouteille que Flinders avait laissée avec le récit de son passage, non pour l'emporter mais pour y ajouter quelques lignes, et constate, carte en main, la justesse des relevés de son prédécesseur. Son récit, publié en 1827, se poursuit vers les côtes tropicales du nord et de l'ouest, mais garde Flinders pour modèle constant.
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Phillip Parker King, Relation d'une reconnaissance des côtes intertropicales et occidentales de l'Australie (1818-1822)
Fils du gouverneur Philip Gidley King, celui-là même qui arme les navires de secours pour les naufragés du récif, Phillip Parker King reprend l'œuvre de Flinders là où la captivité l'avait interrompue. Entre 1817 et 1822, sur le petit cotre Mermaid puis sur le Bathurst, il relève les côtes nord et ouest que l'Investigator, trop pourri, n'avait pu achever, et franchit à son tour le détroit de Torres. Sa relation, publiée en 1827, cite souvent son prédécesseur et corrige ses cartes avec respect. On y retrouve les mêmes récifs, les mêmes marées traîtresses, et la même patience d'hydrographe.
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Giovanni Battista Belzoni, Voyages en Égypte et en Nubie (1820)
Ancien hercule de foire devenu chercheur d'antiquités, le Padouan Giovanni Battista Belzoni passe en Égypte les années 1815 à 1819. Il fait descendre le Nil au buste colossal de Ramsès II destiné au British Museum, dégage l'entrée du grand temple d'Abou Simbel, découvre à Thèbes le tombeau de Séthi Ier et pénètre dans la pyramide de Khéphren. Il quitte l'Égypte en 1819, l'année où Ernst arpente l'Illinois, et publie son récit à Londres en 1820, quand Ernst publie le sien à Hildesheim. Deux hommes de terrain, deux livres concrets : l'un fouille un passé enfoui, l'autre jauge une terre où tout reste à bâtir.
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Maximilien de Wied-Neuwied, Voyage au Brésil dans les années 1815, 1816 et 1817 (1820-1821)
De 1815 à 1817, le prince Maximilien de Wied-Neuwied remonte la côte du Brésil de Rio jusqu'à Bahia, à travers les forêts du Rio Doce et du Mucuri, chez les Botocudos qu'il observe avec une attention nouvelle. Près de la baie, à Nazaré, il est arrêté au moment de l'insurrection de Pernambouc et reste trois jours enfermé, jusqu'à ce que le gouverneur de Bahia ordonne sa libération. Il longe ensuite Itaparica, ses baleineries et ses clôtures en os de baleine, puis quitte Salvador en mai 1817 sur un navire que le gouvernement avait réquisitionné. Dix ans après Ver Huell, les mêmes soupçons envers l'étranger, et la même baie.
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William Edward Parry, Journal of a Voyage for the Discovery of a North-West Passage (1821)
En mai 1819, quand Ernst est encore en mer vers Baltimore, deux navires de la Royal Navy, l'Hecla et le Griper, quittent la Tamise pour l'Arctique sous le commandement de William Edward Parry. Ils franchissent le détroit de Lancaster, dépassent le 110e méridien ouest, ce qui leur vaut la prime promise par le Parlement, puis hivernent à l'île Melville, pris dans les glaces pendant dix mois. Parry y occupe ses hommes avec un théâtre et un petit journal. Les deux livres racontent la même année aux deux bouts de l'Amérique du Nord : ici la prairie promise aux colons, là une mer gelée que l'on espérait franchir.
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George Bethune English, A Narrative of the Expedition to Dongola and Sennaar (1822)
Derrière le renégat américain que Waddington croise au camp, Mahommed Effendi, on reconnaît George Bethune English. Né à Boston, converti à l'islam, il sert comme officier d'artillerie dans l'armée d'Ismaïl Pacha, qu'il suit jusqu'au Sennar. Son récit, publié à Londres en 1822, raconte la même campagne vue de l'intérieur des troupes : les marches, les combats contre les Sheygy'a, la soumission des rois, la progression vers le sud au-delà de Djebel Barkal. Lire les deux livres ensemble, c'est entendre deux versions de la même guerre, celle du soldat converti et celle du visiteur anglais qui le tient en mépris.
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Jacques Arago, Promenade autour du monde (1822)
Dessinateur de l'expédition de Louis de Freycinet, Jacques Arago fait le tour du monde de 1817 à 1820 sur la corvette l'Uranie, où la femme du commandant, Rose, a embarqué déguisée en homme. Il raconte, par lettres, l'île Maurice, Timor, les Mariannes, Hawaï et l'Australie, puis le naufrage de l'Uranie aux îles Malouines au début de 1820. Ernst écrit lui aussi par lettres, pour une Europe impatiente de savoir ce qu'il y a au-delà des mers. Mais là où l'agronome compte les acres et le prix du blé, Arago, peintre et conteur, cherche les visages, les danses et l'anecdote qui fait voyager son lecteur.
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Edwin James, Account of an Expedition from Pittsburgh to the Rocky Mountains (1823)
En 1819, l'expédition du major Stephen Long quitte Pittsburgh sur un bateau à vapeur pour explorer l'Ouest américain jusqu'aux montagnes Rocheuses. Le botaniste Edwin James, qui en rédige le récit, réussit en juillet 1820 la première ascension connue du sommet qui portera le nom de pic Pike. L'expédition revient en présentant les Grandes Plaines comme un grand désert impropre à la culture, jugement qui pèsera longtemps sur leur réputation. Dans les deux livres, des voyageurs attachés à une colonne officielle décrivent des terres que leurs contemporains jugeaient hostiles, et mêlent l'inventaire savant aux aléas de la marche.
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John Franklin, Narrative of a Journey to the Shores of the Polar Sea (1823)
Pendant que Waddington remonte le Nil, John Franklin hiverne dans le Grand Nord canadien. Parti d'Angleterre en 1819 pour cartographier la côte arctique de l'Amérique, il descend en 1821 la rivière Coppermine jusqu'à la mer et longe le littoral en canot. Le retour vire au désastre : la faim, le froid, des hommes qui meurent en route, des soupçons de meurtre et de cannibalisme ; les survivants en sont réduits à manger le cuir de leurs bottes. Comme le journal de Waddington, ce récit montre des Européens à la merci de guides locaux et de ravitaillements incertains, très loin de tout secours.
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Johann Baptist von Spix et Carl Friedrich Philipp von Martius, Reise in Brasilien (1823-1831)
Envoyés par le roi de Bavière dans le sillage de l'archiduchesse Léopoldine, future impératrice du Brésil, le zoologiste Spix et le botaniste Martius parcourent le pays de 1817 à 1820. Après le Minas Gerais et ses mines de diamants, ils gagnent la côte à Salvador, puis repartent à travers la caatinga, où la soif et la fièvre manquent de les tuer, étudient la météorite de Bendegó et finissent par remonter l'Amazone. Leur relation, publiée de 1823 à 1831, est le grand inventaire savant d'un pays que l'ouverture des ports, décrétée à Bahia en 1808, vient de rendre accessible aux étrangers. Ce que Ver Huell regardait en curieux, ils le classent en naturalistes.
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Maria Graham, Journal of a Voyage to Brazil (1824)
Fin 1821, Maria Graham arrive à Bahia sur la frégate Doris, commandée par son mari, alors que le Brésil s'apprête à rompre avec Lisbonne. Son journal, publié en 1824, décrit la ville basse, ses marchés, ses églises, les chaises à porteurs et le marché aux esclaves, qu'elle dit ne pas savoir regarder sans honte ni indignation ; elle visite aussi l'île d'Itaparica et ses champs de canne. Anglaise, lettrée, bientôt veuve, elle voit la ville avec d'autres yeux que le jeune officier hollandais, mais les mêmes rues en pente, les mêmes cadeiras et la même violence de l'esclavage traversent les deux livres, à quatorze ans d'écart.
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Frédéric Cailliaud, Voyage à Méroé, au fleuve Blanc, au-delà de Fâzoql (1826-1827)
Le Français Frédéric Cailliaud, que Waddington croise sur le chemin du retour, rejoint l'armée d'Ismaïl Pacha au début de 1821 avec son compagnon Letorzec. Plus heureux que les deux Anglais, il obtient de la suivre vers le sud : il atteint les pyramides de Méroé, qu'il est l'un des premiers Européens à décrire, puis le Sennar et le Fazoghli. Son livre, publié à Paris en plusieurs volumes accompagnés d'un atlas, complète celui de Waddington. Là où le journal anglais s'arrête à Djebel Barkal, Cailliaud prolonge la route et montre que la ville de Méroé se trouvait bien plus au sud.
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Jules Dumont d'Urville, Voyage de la corvette l'Astrolabe (1826-1829)
En octobre 1826, deux jours après avoir aperçu le cap Leeuwin, l'Astrolabe de Jules Dumont d'Urville jette l'ancre à King George Sound, que les Français appellent le port du Roi-Georges. L'escale dure dix-huit jours. Les marins y nouent des rapports amicaux avec les habitants, que le dessinateur Louis de Sainson représente dans plusieurs planches de l'atlas. D'Urville juge le lieu propre à une colonie et s'étonne que les Britanniques ne s'y soient pas encore installés ; quelques semaines plus tard, une petite garnison envoyée de Sydney y fonde le poste qui deviendra Albany. Le récit officiel, publié à partir de 1830, offre un regard français sur les rivages décrits par Flinders.
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Egor Timkovski, Voyage à Péking, à travers la Mongolie, en 1820 et 1821 (1827)
En 1820, le diplomate russe Egor Timkovski escorte jusqu'à Pékin la relève de la mission orthodoxe que l'empire des tsars entretient dans la capitale chinoise. La caravane traverse la Mongolie et le désert de Gobi, séjourne plusieurs mois à Pékin et rentre à Kiakhta en 1821. Le récit, paru en russe puis traduit en français en 1827, décrit les Mongols, leurs monastères bouddhiques, la cour des Qing et la ville impériale. Comme Waddington, Timkovski voyage dans le sillage d'un pouvoir officiel et doit concilier la curiosité du voyageur avec la réserve qu'impose sa position d'hôte toléré.
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John Crawfurd, Journal of an Embassy from the Governor-General of India to the Courts of Siam and Cochin China (1828)
À la fin de 1821, la Compagnie anglaise des Indes envoie le médecin et orientaliste John Crawfurd négocier avec les cours de Siam et de Cochinchine. Il remonte le fleuve jusqu'à Bangkok, discute pendant des mois avec des ministres méfiants, puis gagne Hué, sans obtenir les accords de commerce espérés. Son journal, publié en 1828, décrit en détail les sociétés et les économies qu'il traverse. Au même moment, Waddington observe une autre puissance en expansion, l'Égypte de Méhémet Ali, qui conquiert le Soudan par les armes : deux visages de l'ambition des empires au début des années 1820.
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John Franklin, Narrative of a Second Expedition to the Shores of the Polar Sea, in the Years 1825, 1826, and 1827 (1828)
En 1828, l'année où Laborde arpente Pétra, John Franklin publie à Londres le récit de sa seconde expédition vers la mer polaire. De 1825 à 1827, il a descendu le Mackenzie jusqu'à son delta, puis longé vers l'ouest la côte arctique de l'Amérique, pendant que John Richardson relevait le rivage vers l'est jusqu'à l'embouchure du Coppermine. Instruits par le désastre du premier voyage, où l'on avait frôlé la famine, les hommes reviennent cette fois sans perte, avec des centaines de kilomètres de côtes portées sur la carte. Aux sables brûlants de l'Arabie Pétrée répondent les glaces d'un autre désert, et la même passion du relevé exact.
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Gottfried Duden, Bericht über eine Reise nach den westlichen Staaten Nord-Amerika's (1829)
Quelques années après Ernst, un autre Allemand s'installe de l'autre côté du Mississippi et écrit à son tour pour les candidats au départ. Gottfried Duden vit de 1824 à 1827 sur une ferme proche de la rivière Missouri, à l'ouest de Saint-Louis, et publie en 1829 un récit enthousiaste qui pousse des milliers de familles allemandes à partir. Les deux livres répondent à la question que pose l'un des chapitres d'Ernst : que doit faire l'Européen ? Ernst calcule, Duden fait rêver. Beaucoup de ses lecteurs, arrivés sur place, lui reprocheront d'avoir peint le Missouri sous des couleurs trop belles.
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René Caillié, Journal d'un voyage à Temboctou et à Jenné, dans l'Afrique centrale (1830)
Le 20 avril 1828, quelques semaines après le départ de Laborde de Pétra, René Caillié entre à Tombouctou, se faisant passer pour un Égyptien musulman qui cherche à regagner son pays. Parti un an plus tôt de la côte de Guinée, sans escorte ni argent, il a traversé le Fouta-Djalon, survécu au scorbut à Timé, puis descendu le Niger jusqu'à la ville interdite aux chrétiens. Il revient par le Sahara, Fès et Tanger, et reçoit le prix promis par la Société de géographie. Son Journal paraît en 1830, l'année où commence la publication de Laborde : deux jeunes Français, deux déguisements, deux villes de légende atteintes au même printemps.
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Jules Dumont d'Urville, Voyage de la corvette l'Astrolabe, exécuté par ordre du roi, pendant les années 1826-1827-1828-1829 (1830-1835)
Tandis que Laborde attend à Akaba les chefs alaouins, l'Astrolabe de Dumont d'Urville mouille devant Vanikoro, dans l'archipel de Santa Cruz. Sur la foi des renseignements du capitaine Peter Dillon, l'équipage cherche les traces de La Pérouse, disparu quarante ans plus tôt, et retire du récif des ancres, des canons et des débris de ses navires. Avant de repartir, les marins éprouvés par la fièvre élèvent un monument à leurs devanciers. Le récit, publié en plusieurs volumes à partir de 1830, rapporte aussi les relevés de la Nouvelle-Zélande et de la Nouvelle-Guinée. Même année, même ambition française : mesurer, dessiner et rapporter ce que d'autres n'avaient fait qu'entrevoir.
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Fabian Gottlieb von Bellingshausen, Dvukratnye izyskaniia v Iuzhnom Ledovitom okeane i plavanie vokrug sveta (1831)
En juillet 1819, deux navires russes, le Vostok et le Mirny, quittent Kronstadt sous le commandement de Fabian Gottlieb von Bellingshausen pour explorer les mers australes. En janvier 1820, ils approchent la côte de l'Antarctique, et l'expédition est souvent créditée de la première observation du continent. Jusqu'en 1821, ils font le tour du pôle, découvrent l'île Pierre-Ier et la terre Alexandre-Ier. Les mêmes mois, Waddington et Hanbury suivent l'armée d'Ismaïl Pacha au cœur de la Nubie : deux expéditions aux limites du monde connu des Européens, l'une parmi les glaces, l'autre dans un désert brûlant.
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Alexander Burnes, Voyages à Boukhara (Travels into Bokhara) (1831-1833)
Au moment où Macbrair étudie l'arabe à Malte, Londres fête un jeune officier écossais de l'armée des Indes qui revient d'Asie centrale. Vêtu à l'afghane, Alexander Burnes a quitté Lahore au début de 1832, franchi l'Hindou Kouch par Kaboul et atteint Boukhara, l'émirat où l'on vendait les captifs au marché, avant de rentrer par la Perse. Son livre, paru en 1834, fait de lui « Bokhara Burnes », la célébrité du moment. Écossais l'un et l'autre, ces deux contemporains observent l'islam de près, l'un pour en dresser l'inventaire stratégique au début du Grand Jeu, l'autre pour le contredire, et tous deux décrivent les marchés d'esclaves avec la même stupeur.
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Charles Darwin, Voyage d'un naturaliste autour du monde (1831-1836)
Le 6 mars 1836, le Beagle du capitaine FitzRoy entre à King George Sound pour une escale de huit jours, la dernière en Australie. Le jeune Charles Darwin n'y voit qu'une campagne sablonneuse et monotone, mais il accompagne FitzRoy à Bald Head, où les navigateurs précédents avaient cru reconnaître des coraux ou des arbres pétrifiés ; il y identifie des concrétions calcaires formées autour de racines ensevelies dans le sable. Un soir, il assiste à une grande danse réunissant les gens du Sound et un groupe venu de l'intérieur. Son journal, publié en 1839, mêle ainsi le dialogue savant avec ses prédécesseurs et un regard souvent dur sur les peuples rencontrés.
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Charles Darwin, Journal de recherches (Le Voyage du Beagle) (1831-1836)
Pendant que Macbrair remonte le Nil en cange, un jeune naturaliste anglais arpente la Patagonie, la Terre de Feu et les Andes. Embarqué en décembre 1831 sur le Beagle du capitaine FitzRoy, Charles Darwin passe près de cinq ans à collectionner fossiles, oiseaux et roches, essuie les tempêtes du cap Horn, voit un tremblement de terre ravager Concepción et aborde les Galápagos en 1835. Son journal paraît en 1839, l'année même des Sketches. Les deux hommes regardent le monde avec des yeux opposés, l'un en quête d'âmes, l'autre en quête de lois, mais partagent la même franchise devant l'esclavage, que Darwin dénonce au Brésil avec une colère que Macbrair aurait pu signer en Gambie.
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Thomas Mitchell, Three Expeditions into the Interior of Eastern Australia (1831-1836)
Arpenteur général de la Nouvelle-Galles du Sud, Thomas Mitchell part de Sydney, comme Flinders y avait refait son navire, mais vers l'intérieur. Lors de sa troisième expédition, en 1836, il traverse les plaines de l'actuel Victoria, qu'il baptise Australia Felix, et atteint la baie de Portland, sur la côte que Flinders avait longée entre le cap Northumberland et le cap Otway. Il y trouve, stupéfait, des colons déjà installés. Du haut du mont Macedon, il aperçoit Port Phillip, la baie qu'avait explorée l'Investigator. Son récit, publié en 1838, accélère la colonisation de ces terres.
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Frances Trollope, Domestic Manners of the Americans (1832)
Débarquée à La Nouvelle-Orléans à la fin de 1827, Frances Trollope remonte le Mississippi en bateau à vapeur, puis s'installe à Cincinnati, où elle ouvre un grand bazar qui la ruine. Rentrée en Angleterre en 1831, elle publie un portrait féroce des Américains : le tabac chiqué, les repas avalés en silence, la ferveur des réunions religieuses en plein air, l'esclavage. Elle parcourt le chemin d'Ernst en sens inverse, du delta à l'Ohio, et retrouve, huit ans plus tard, les villes qu'il voyait naître. Son livre fit scandale aux États-Unis ; il reste un témoignage très vivant sur l'Ouest des années 1820.
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Richard et John Lander, Journal of an Expedition to Explore the Course and Termination of the Niger (1832)
En mars 1830, moins d'un an après le salut d'Acre, les frères Richard et John Lander débarquent à Badagry, sur la côte de l'actuel Nigeria, chargés par le gouvernement britannique de résoudre l'énigme du Niger. Ils gagnent Boussa, où Mungo Park avait péri, puis descendent le fleuve en pirogue. Capturés et rançonnés en aval, ils sont finalement conduits jusqu'au delta et prouvent que le Niger se jette dans le golfe de Guinée. Leur Journal, publié en 1832, raconte l'aventure sur un ton simple et direct. Comme Prokesch, ils doivent composer avec des souverains locaux, cadeaux et palabres à l'appui, pour obtenir le simple droit de passer.
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George Catlin, Lettres et notes sur les mœurs, coutumes et conditions des Indiens d'Amérique du Nord (1832-1839)
Au printemps 1832, le peintre George Catlin embarque à Saint-Louis sur le Yellow Stone, premier vapeur à remonter le Missouri jusqu'à Fort Union. Pendant plusieurs étés, il peint et décrit des dizaines de peuples des Plaines, et surtout les Mandans, dont il observe les cérémonies. En 1837, la variole les anéantit presque entièrement : ses lettres, publiées en 1841, deviennent un témoignage irremplaçable sur un monde disparu. Comme Macbrair face aux Mandingues et aux Peuls, Catlin se veut l'ami des peuples qu'il visite et accuse les Blancs de les détruire ; mais là où le missionnaire veut convertir, le peintre veut seulement retenir ce qui va s'effacer.
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Charles Sturt, Two Expeditions into the Interior of Southern Australia (1833)
À la fin de 1829, Charles Sturt, officier britannique en poste à Sydney, descend le Murrumbidgee dans une baleinière et débouche sur un grand fleuve qu'il nomme Murray. Il le suit sur des centaines de milles, croise des groupes aborigènes tantôt menaçants, tantôt secourables, et atteint au début de 1830 le lac Alexandrina, tout près de la mer. Incapable de gagner la côte, l'équipage doit remonter le courant à la rame, épuisé et affamé ; Sturt en revient la vue gravement atteinte. Ses Two Expeditions, parues en 1833, racontent ce retour harassant. Même année, même métier d'officier qui relève le terrain : Prokesch mesure les portes de Jérusalem, Sturt dessine un fleuve inconnu.
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Victor Jacquemont, Correspondance de Victor Jacquemont avec sa famille et plusieurs de ses amis, pendant son voyage dans l'Inde (1828-1832) (1833)
En mai 1829, Victor Jacquemont, jeune naturaliste envoyé par le Muséum de Paris, débarque à Calcutta. Il a peu d'argent, beaucoup d'esprit, et se fait ouvrir les portes de l'Inde britannique. Il remonte vers l'Himalaya, séjourne à Lahore auprès du maharaja Ranjit Singh, qui le reçoit avec faveur et l'autorise à visiter le Cachemire. Épuisé par la fièvre, il meurt à Bombay en décembre 1832. Ses lettres à sa famille, publiées l'année suivante, comptent parmi les plus vives de l'époque. Comme Prokesch face au pacha d'Acre, Jacquemont observe de près un souverain puissant et ombrageux, avec la même curiosité lucide et le même sens du détail.
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Flora Tristan, Pérégrinations d'une paria (1833-1834)
En avril 1833, six mois avant que Macbrair ne débarque à Calais, Flora Tristan quitte Bordeaux pour le Pérou. Séparée d'un mari violent, sans ressources, elle vient réclamer à son oncle Pío de Tristán, à Arequipa, l'héritage de son père. Elle n'obtiendra qu'une pension, mais elle assiste à la guerre civile, visite les couvents cloîtrés et une plantation sucrière où travaillent des esclaves, puis rencontre à Lima la Maréchale Francisca Gamarra au moment de son exil. Publié en 1838, son récit est celui d'une femme qui se sait étrangère partout et regarde sans indulgence. Comme Macbrair, elle juge le clergé avec sévérité et dit ce que d'autres taisent.
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George Back, Récit de l'expédition terrestre dans l'Arctique (Narrative of the Arctic Land Expedition) (1833-1835)
En février 1833, George Back quitte l'Angleterre pour chercher John Ross, disparu depuis quatre ans dans les glaces arctiques. Il hiverne à l'extrémité orientale du Grand lac des Esclaves, apprend au printemps 1834 que Ross est rentré sain et sauf, et poursuit pourtant vers la mer polaire en descendant un fleuve furieux, coupé de dizaines de rapides, qui porte aujourd'hui son nom. Son récit, paru en 1836, compte parmi les classiques de l'exploration du Grand Nord canadien. Pendant que Macbrair souffre de la soif dans les plaines de Damas et de la fièvre sur le Nil, Back endure l'inverse exact : la faim, le gel et l'immensité blanche.
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Alexander Kinglake, Eothen (1834-1835)
En 1834, le jeune Anglais Alexander Kinglake quitte Belgrade et traverse à cheval les Balkans ottomans jusqu'à Constantinople, puis gagne Smyrne, Chypre, Beyrouth, Nazareth, Jérusalem et, à travers le désert, Le Caire où sévit la peste de 1835. C'est presque l'itinéraire de Mayr, à vingt ans de distance, avec les mêmes quarantaines et la même peur de la contagion. Eothen, paru en 1844, est écrit avec un humour désinvolte qui en a fait un classique. Le marchand suisse et le gentleman anglais partagent le refus de l'emphase et le goût de l'anecdote vécue.
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Alphonse de Lamartine, Voyage en Orient (1835)
À l'automne 1832, trois ans après Prokesch, Alphonse de Lamartine débarque à Beyrouth avec sa femme et sa fille Julia, puis gagne Jérusalem à cheval, escorté comme un prince. Il y cherche moins des preuves que des émotions : le Saint-Sépulcre, la vallée de Josaphat, le mont des Oliviers deviennent sous sa plume des méditations lyriques. Au retour, Julia meurt à Beyrouth, et le voyage se change en deuil. Le Voyage en Orient, paru en 1835, a fixé pour des générations l'image romantique de la Terre sainte. Le contraste avec Prokesch est net : là où le major autrichien relève, mesure et compare les textes, le poète contemple et se souvient.
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George Alexander Hoskins, Travels in Ethiopia, above the Second Cataract of the Nile (1835)
En 1833, une douzaine d'années après Waddington, l'Anglais George Alexander Hoskins remonte le Nil au-delà de la Seconde Cataracte. La Nubie est désormais une province égyptienne, et il voyage avec une liberté que ses prédécesseurs n'avaient pas. Il visite Djebel Barkal, pousse jusqu'aux pyramides de Méroé, qu'il décrit avec soin, et consacre une part de son livre à l'état du pays sous la domination de Méhémet Ali. C'est la suite naturelle du journal de Waddington : les mêmes temples et les mêmes villages, revus une fois la guerre terminée et l'administration égyptienne installée.
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John Ross, Narrative of a Second Voyage in Search of a North-West Passage (1835)
En mai 1829, quelques semaines après la tempête d'Ipsara, John Ross quitte l'Angleterre à bord de la Victory, un petit vapeur à roues financé par le distillateur Felix Booth, pour chercher le passage du Nord-Ouest. Les glaces l'immobilisent le long d'une terre qu'il baptise Boothia ; l'équipage y passe quatre hivers, aidé par les Inuits qui lui apprennent à vivre du pays. En juin 1831, son neveu James Clark Ross atteint le pôle Nord magnétique. Le navire abandonné, les survivants sont recueillis en 1833 par un baleinier. Le récit paraît en 1835 : une autre expédition partie en 1829, qui dure quatre ans quand celle de Prokesch tient en six semaines.
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George Borrow, The Bible in Spain (1835-1840)
Au printemps 1838, tandis que les corvettes se refont au Chili, l'Anglais George Borrow, agent de la Société biblique, est arrêté en pleine rue d'Alcalá, à Madrid, sur l'ordre du corregidor, et enfermé à la Carcel de la Corte. Depuis 1835, il parcourt à cheval une Espagne déchirée par la guerre carliste pour vendre le Nouveau Testament, et il a fait imprimer l'Évangile de saint Luc traduit en caló, la langue des Gitans. Il reste trois semaines en prison, jusqu'à ce que l'ambassade britannique obtienne sa libération. Son récit, paru en 1843, fut un grand succès. Un étranger seul face aux autorités et à la rumeur, quelques semaines avant les calomnies de Valparaiso.
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Alcide d'Orbigny, Voyage dans l'Amérique méridionale (1835-1847)
Pendant que Laborde traverse le Sinaï, Alcide d'Orbigny parcourt depuis deux ans l'Amérique du Sud pour le Muséum d'histoire naturelle. Son voyage dure de 1826 à 1833 : le Brésil, l'Uruguay, les provinces argentines et la Patagonie, puis le Chili, le Pérou et surtout la Bolivie, dont il décrit les paysages et les peuples. Il en rapporte des milliers de spécimens et une œuvre monumentale, le Voyage dans l'Amérique méridionale, publié de 1835 à 1847 en neuf tomes. Naturaliste, géographe et ethnographe à la fois, il partage avec Laborde le goût de l'inventaire complet, où chaque plante, chaque coquille et chaque roche trouve sa place à côté du récit.
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Alexandre Pouchkine, Voyage à Arzroum pendant la campagne de 1829 (1836)
Au printemps 1829, Alexandre Pouchkine part sans autorisation rejoindre l'armée russe du Caucase, en guerre contre les Ottomans. Au-delà de Tiflis, il croise un chariot qui ramène de Perse le corps du poète et diplomate Griboïedov, massacré à Téhéran quelques mois plus tôt. Il suit les troupes du général Paskevitch jusqu'à Arzroum, qui ouvre ses portes aux Russes, et repart quand la peste s'y déclare. Son Voyage à Arzroum, publié en 1836, est un récit sec et ironique, à rebours de l'Orient romantique qu'on attendait de lui. C'est la même guerre qui affaiblit la Porte pendant que Prokesch négocie avec le pacha d'Acre : deux voyageurs aux deux bouts de l'Empire ottoman, au même printemps.
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Anna Jameson, Winter Studies and Summer Rambles in Canada (1836-1837)
À la fin de 1836, Anna Jameson arrive à Toronto en plein hiver, seule, pour rejoindre un mari dont elle vit éloignée depuis longtemps. La femme de lettres irlandaise s'ennuie dans la petite capitale du Haut-Canada, puis part à l'été 1837 vers l'ouest, jusqu'au lac Huron, au saut Sainte-Marie et à l'île Manitoulin. Elle voyage en canot avec des Ojibwés, descend les rapides, note ce que les femmes autochtones lui confient de leur vie. Son livre paraît à Londres en 1838. Quelques mois avant que Dumont d'Urville ne reçoive les Patagons à son bord au havre Peckett, une voyageuse regarde, elle aussi, des peuples que l'Europe décrit mal.
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George Back, Narrative of an Expedition in H.M.S. Terror (1836-1837)
Le 21 septembre 1837, au moment même où l'Astrolabe et la Zélée franchissent de nuit le détroit de Gibraltar, un autre navire de guerre achève son voyage en lambeaux. George Back ramène le Terror d'une campagne arctique manquée : parti en 1836 pour la baie Repulse, il a été pris par la glace près de l'île Southampton et a dérivé dix mois, la coque broyée, l'équipage rongé par le scorbut. Libéré à l'été 1837, le Terror traverse l'Atlantique en faisant eau et vient s'échouer volontairement dans le Lough Swilly, en Irlande. Dumont d'Urville part vers les glaces du sud ; Back en revient, et son récit dit ce qui attend les obstinés.
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Alexander Burnes, Cabool: A Personal Narrative of a Journey to, and Residence in that City, in the Years 1836, 7, and 8 (1836-1838)
En septembre 1837, tandis que les corvettes françaises sortent de la Méditerranée, Alexander Burnes entre à Kaboul. Cet officier écossais au service de la Compagnie des Indes vient y parler commerce avec l'émir Dost Mohammad, mais le siège de Hérat par les Perses donne à sa mission un tour politique, et un envoyé russe, Ivan Vitkevitch, arrive à son tour dans la ville. Burnes observe, fréquente les bazars et les jardins, écrit beaucoup, et repart en 1838 sans traité. Il sera tué à Kaboul en novembre 1841. Deux missions officielles de la même saison : l'une cherche au sud des mers vides, l'autre marche au cœur du Grand Jeu entre deux empires.
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John Wood, A Personal Narrative of a Journey to the Source of the River Oxus (1836-1838)
Le 19 février 1838, quelques jours après que Dumont d'Urville a renoncé au pôle devant la banquise, le lieutenant John Wood, de la marine des Indes, atteint en plein hiver le plateau du Pamir. Détaché de la mission d'Alexander Burnes à Kaboul, il a remonté la vallée du Wakhan sous la neige, malgré un froid qui fait déserter une partie de son escorte. Il trouve au bout un lac gelé d'environ quatorze milles de long, à plus de 4 700 mètres, d'où sort selon lui l'Oxus, l'actuel Amou-Daria. Son récit paraît à Londres en 1841. Deux marins devant la glace, la même semaine : l'un au cœur de l'Asie, l'autre au bord de la mer de Weddell.
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Thomas Simpson, Narrative of the Discoveries on the North Coast of America (1836-1839)
Pendant que l'Astrolabe et la Zélée se heurtent à la banquise australe, Thomas Simpson et Peter Warren Dease, de la Compagnie de la baie d'Hudson, passent l'hiver 1837-1838 au fort Confidence, sur le Grand lac de l'Ours, en attendant la fonte. Leur mission : relever la côte arctique de l'Amérique. En juillet 1838, les bateaux atteignent l'embouchure de la Coppermine, mais la glace tient bon ; arrêté au cap Flinders, Simpson continue à pied, suit cent milles de côte et nomme la terre Victoria. L'été suivant, les deux hommes découvrent le détroit qui porte aujourd'hui leur nom. Le récit paraît en 1843, après la mort de Simpson. Même saison, même glace qui barre la route, aux deux bouts du globe.
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John Lloyd Stephens, Incidents of Travel in Egypt, Arabia Petraea, and the Holy Land (1837)
En 1836, l'Américain John Lloyd Stephens suit presque pas à pas la route de Laborde : Le Caire, le Sinaï, la forteresse d'Akaba, l'Ouadi Araba, Pétra. Il voyage sous l'habit d'un marchand du Caire et, à Akaba, la garnison réclame aussitôt le bakchich : on y garde le souvenir de la pluie d'or répandue dix ans plus tôt par Laborde, et Linant y est encore connu de tous. Au Caire, Stephens a d'ailleurs rendu visite à Linant avant de partir. Son récit, publié en 1837, vif et ironique, connaît un grand succès et le lance vers les cités mayas. Lire Stephens après Laborde, c'est voir la même route rendue plus chère par le passage du premier.
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Paul-Émile Botta, Relation d'un voyage dans l'Yémen, entrepris en 1837 pour le Muséum d'histoire naturelle de Paris (1837)
Un an avant l'escale de Taïti, un autre envoyé du Muséum d'histoire naturelle de Paris s'enfonce dans une terre que peu d'Européens connaissent. Paul-Émile Botta, fils de l'historien piémontais Carlo Botta, ancien médecin au service de l'Égypte de Méhémet-Ali, débarque au Yémen en 1837 pour y récolter plantes et animaux. Il herborise sur la côte et dans les montagnes de l'intérieur, décrit le khat que mâchent les Yéménites, et rapporte ses collections au Jardin des plantes. Sa relation paraît à Paris en 1841. Quelques années plus tard, consul à Mossoul, il exhumera le palais assyrien de Khorsabad. Comme Hombron et Le Guillou sur l'Astrolabe, un naturaliste au service de la science d'État, herbier sous le bras.
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Frederick Marryat, A Diary in America, with Remarks on its Institutions (1837-1838)
Débarqué à New York le 4 mai 1837, le capitaine Frederick Marryat, ancien officier de la Royal Navy devenu romancier de la mer, passe deux ans aux États-Unis et au Canada pour juger sur place la démocratie américaine. Il voit la panique bancaire de 1837, remonte l'Hudson, séjourne au Canada au moment de la rébellion, puis gagne l'Ouest : le 13 juin 1838, il est au fort Snelling, sur le haut Mississippi. Son journal, paru en 1839, est vif, moqueur et souvent sévère ; une partie du public américain brûle le livre et l'effigie de l'auteur. Pendant ces mêmes mois, un autre officier de marine, Dumont d'Urville, tient le sien au milieu des glaces, sans autre public que ses équipages.
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George Grey, Journals of Two Expeditions of Discovery in North-West and Western Australia (1837-1839)
Le 5 juillet 1837, deux mois avant l'appareillage de Toulon, le jeune lieutenant George Grey quitte Plymouth à bord du Beagle, le navire même de Darwin, pour percer l'intérieur du nord-ouest de l'Australie. Il débarque à la baie Hanover en décembre 1837, dans les jours où l'Astrolabe s'engage dans le détroit de Magellan. Au début de 1838, il est blessé d'un coup de lance lors d'un affrontement avec des Aborigènes et découvre de grandes figures peintes dans des abris de grès. En 1839, une seconde expédition vers la baie Shark tourne au désastre : les baleinières se brisent et la troupe regagne Perth à pied, affamée. Deux équipées australes de la même saison, l'une par mer, l'autre par terre.
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Emily Eden, Up the Country: Letters Written to Her Sister from the Upper Provinces of India (1837-1840)
Le 13 avril 1838, cinq jours après le mouillage de Talcahuano, Emily Eden date de Simla, dans les contreforts de l'Himalaya, une nouvelle lettre à sa sœur restée en Angleterre. Sœur du gouverneur général des Indes, Lord Auckland, elle a quitté Calcutta en octobre 1837 avec une suite immense, remonté le Gange, traversé Bénarès, Cawnpore et Delhi sous la tente. Elle passe l'été dans la station d'altitude, puis gagne en novembre Ferozepore et Amritsar pour la rencontre avec le maharaja Ranjit Singh, au moment où se prépare la guerre d'Afghanistan. Ses lettres, drôles, piquantes et lucides, paraissent en 1866. Un autre journal de voyage tenu au jour le jour, dans les coulisses d'un empire qui avance ses pions.
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Gustav Rose, Reise nach dem Ural, dem Altai und dem Kaspischen Meere (1837-1842)
En avril 1829, au moment où Prokesch mouille devant Kaïfa, Alexander von Humboldt quitte Berlin pour la Russie avec le minéralogiste Gustav Rose et le naturaliste Christian Gottfried Ehrenberg. Invités par le gouvernement du tsar, ils roulent des mois durant en voiture de poste, visitent les mines de l'Oural, gagnent l'Altaï et la frontière chinoise, puis redescendent par Orenbourg et Astrakhan jusqu'à la Caspienne. C'est Rose qui tient la relation scientifique du voyage, parue en deux volumes en 1837 et 1842. Deux voyageurs de langue allemande la même année, deux regards de mesureurs : l'un sur les filons de Sibérie, l'autre sur les remparts de Jérusalem.
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John Lort Stokes, Discoveries in Australia (1837-1843)
Officier du Beagle, déjà à bord lors du voyage de Darwin, John Lort Stokes revient en Australie sur le même navire pour compléter la carte des côtes. En 1841, il gagne le fond du golfe de Carpentarie, mouille dans l'Investigator Road de l'île Sweers et y retrouve la trace du passage de Flinders. Il remonte ensuite deux rivières, qu'il nomme Flinders et Albert, et baptise Plains of Promise les plaines herbeuses qu'il découvre, promesses de pâturages pour les colons. Son récit, illustré, se lit comme une seconde visite des rivages qui ferment ce tome, quarante ans plus tard, avec déjà le regard d'une colonie qui cherche des terres.
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Charles Fellows, A Journal Written during an Excursion in Asia Minor (1838)
Le 19 avril 1838, pendant que l'on répare l'Astrolabe à Talcahuano, le voyageur anglais Charles Fellows campe parmi les tombeaux d'une ville morte, au bord du Xanthe, dans le sud-ouest de l'actuelle Turquie. Parti de Smyrne, qui lui sert de base, il a remonté la vallée depuis Patara et reconnaît Xanthos, l'ancienne capitale de la Lycie, puis Tlos, avant de rentrer par la Carie et la Lydie. Il dessine les monuments, copie les inscriptions et publie son journal à Londres en 1839. Le livre décide le British Museum : en 1842, les marbres de Xanthos descendent le fleuve en caisses vers l'Angleterre. Même printemps, même appétit européen de collections, des crânes araucans aux tombeaux lyciens.
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Fanny Kemble, Journal of a Residence on a Georgian Plantation in 1838-1839 (1838-1839)
Pendant que Dumont d'Urville quitte les îles Viti, une actrice anglaise célèbre s'apprête à passer l'hiver dans le Sud des États-Unis. Fanny Kemble a épousé Pierce Butler, héritier de plantations de riz et de coton sur les îles de la côte de Géorgie. De décembre 1838 au printemps 1839, elle vit au milieu de centaines d'esclaves, écoute les femmes, les soigne, s'indigne, et consigne tout dans des lettres à une amie. Le journal ne paraît qu'en 1863, à Londres, en pleine guerre de Sécession, pour peser sur l'opinion anglaise. Deux regards sur des archipels lointains : les Viti vues du pont d'une corvette, la Géorgie esclavagiste vue de l'intérieur d'une maison de maître.
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Xavier Marmier, Lettres sur le Nord : Danemark, Suède, Norvège, Laponie et Spitzberg (1838-1839)
Le 13 juin 1838, deux semaines après le départ de Valparaiso, une autre corvette du roi, la Recherche, quitte Le Havre pour le Nord avec la commission scientifique conduite par Paul Gaimard. L'écrivain Xavier Marmier, traducteur des littératures scandinaves, rejoint l'expédition par Trondheim, puis longe en vapeur les îles du Nordland et du Finmark jusqu'à Hammerfest, où la corvette relâche en juillet. Il décrit la petite ville la plus septentrionale d'Europe, ses pêcheurs, ses marchands et les Lapons, et touchera le Spitzberg l'année suivante, à bord de la même corvette. Ses Lettres sur le Nord paraissent en 1840. La même saison, la marine française envoie ses savants vers le soleil de minuit comme vers les mers du Sud.
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Xavier Marmier, Lettres sur le Nord (1838-1840)
Pendant que Dumont d'Urville quitte les glaces du sud pour les mers chaudes, une autre expédition française de la Marine, celle de la corvette la Recherche dirigée par le naturaliste Paul Gaimard, parcourt le Grand Nord entre 1838 et 1840. Xavier Marmier, son historien, en tire des lettres publiées en 1840 : la Scandinavie, la Laponie, les rivages du Spitzberg, les fjords et les petites villes de pêcheurs. Les deux entreprises sont sœurs, nées du même élan scientifique de la monarchie de Juillet. L'une explore le froid, l'autre achève sa campagne sous les tropiques, mais toutes deux mêlent hydrographie, histoire naturelle et curiosité pour les peuples rencontrés.
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Charles Wilkes, Narrative of the United States Exploring Expedition during the Years 1838, 1839, 1840, 1841, 1842 (1838-1842)
Un an après l'Astrolabe, l'escadre américaine de Charles Wilkes suit presque la même route. Partie de Norfolk en août 1838, l'expédition relâche à Taïti en septembre 1839, relève les Samoa à l'automne, puis passe trois mois aux îles Fidji en 1840, mouillée notamment devant Levuka, la Lebouka du commandant. Wilkes y fait arrêter le chef Veidovi, tenu pour responsable du massacre de l'équipage du Charles Doggett en 1834, l'année même où l'Aimable-Joséphine était prise par les gens de Piva. En juillet, deux officiers tués à Malolo entraînent une expédition punitive. Les cinq volumes du récit, publiés en 1845, prolongent l'enquête de Dumont d'Urville, avec la même ambition hydrographique et la même violence.
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Adulphe Delegorgue, Voyage dans l'Afrique australe, notamment dans le territoire de Natal, dans celui des Cafres Amazoulous et Makatisses (1838-1844)
En 1838, l'année où l'Astrolabe longe les récifs des Viti, un jeune Français du Nord débarque au Cap. Adulphe Delegorgue a lu Le Vaillant et veut voir l'Afrique australe de ses propres yeux. Il remonte vers le Natal, au pays des Zoulous, au moment où les Boers émigrés affrontent le roi Dingane, et devient le témoin de cette guerre. Chasseur infatigable, il abat hippopotames, éléphants, lions et buffles, rassemble des collections pour les musées de Paris et de Douai, observe les mœurs des Amazoulous. Ses deux volumes paraissent en 1847, le second augmenté d'un lexique zoulou : la même passion des vocabulaires que celle de Desgraz notant les langues de Taïti, des Samoa et des Viti.
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Arnauld d'Abbadie, Douze ans de séjour dans la Haute-Éthiopie (1838-1848)
En février 1838, tandis que les corvettes cherchent un passage dans les glaces des Orcades du Sud, deux frères débarquent à Massaoua, sur la mer Rouge : Antoine et Arnauld d'Abbadie, nés d'un père basque et d'une mère irlandaise. Ils resteront dix ans en Éthiopie, au temps où le pays est déchiré entre princes rivaux, et pousseront jusqu'aux régions alors mal connues de l'Ennarea et du Kaffa. Antoine mesure, observe, rassemble des manuscrits et rêve des sources du Nil ; Arnauld vit auprès des seigneurs, partage leurs chevauchées et apprend leurs usages. Son récit ne paraît qu'en 1868. Une autre entreprise française de la même saison, tournée non vers les glaces mais vers les hauts plateaux d'Afrique.
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Astolphe de Custine, La Russie en 1839 (1839)
À l'été 1839, le marquis Astolphe de Custine arrive à Saint-Pétersbourg avec l'idée d'y trouver des arguments contre le régime représentatif. Il en revient effaré. Reçu par Nicolas Ier, promené des fastes de la cour aux routes défoncées qui mènent à Moscou et à la foire de Nijni-Novgorod, il décrit un empire de façades, de surveillance et de silence, où l'on ne voit que ce que l'on veut bien montrer. Ses lettres, publiées en 1843, sont aussitôt interdites en Russie et deviennent un classique du regard occidental sur ce pays. Ross s'avance vers un continent sans habitants ; Custine explore un continent politique. Deux manières d'arpenter l'inconnu : la boussole de l'un, le soupçon de l'autre.
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William Cornwallis Harris, The Wild Sports of Southern Africa (1839)
Officier de l'armée des Indes en congé, Harris quitte le Cap en 1836 et remonte vers le nord, jusqu'au pays du chef Mzilikazi (Moselekatse) et au tropique du Capricorne. Il chasse, dessine et décrit une faune encore intacte, au moment où les colons boers se mettent en marche vers l'intérieur. Publié en 1839, son récit paraît alors que l'Astrolabe longe les Salomon. Les deux livres se répondent : même passion naturaliste, même rapport ambigu avec les souverains africains ou océaniens, accueillants et redoutés, et même pressentiment d'un monde qui va changer sous la pression européenne.
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John Lloyd Stephens, Incidents of Travel in Central America, Chiapas, and Yucatan (1839-1840)
À l'automne 1839, pendant que l'Erebus et le Terror descendent l'Atlantique vers les mers australes, l'avocat new-yorkais John Lloyd Stephens débarque en Amérique centrale, chargé d'une mission diplomatique, avec un compagnon précieux : le dessinateur anglais Frederick Catherwood. Les deux hommes se fraient un chemin à la machette dans la forêt du Honduras, dégagent les stèles de Copán, gagnent Palenque à travers un pays déchiré par la guerre civile, puis les palais d'Uxmal au Yucatán. Le récit, publié en 1841 avec les gravures de Catherwood, révèle au public la grandeur des cités mayas. Même goût de l'inventaire et de la mesure que chez Ross, mais la terre inconnue est ici couverte de ruines, non de glace.
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Maximilien de Wied-Neuwied, Reise in das innere Nord-America (1839-1841)
Naturaliste rhénan déjà connu pour son voyage au Brésil, le prince Maximilien de Wied-Neuwied arrive en Amérique en 1832 avec le peintre suisse Karl Bodmer. Ils passent l'hiver 1832-1833 à New Harmony, l'ancienne cité des Harmonistes que Rapp a vendue entre-temps à Robert Owen, puis remontent le Missouri depuis Saint-Louis jusqu'au pays des Mandans et des Pieds-Noirs. Le livre, illustré des aquarelles de Bodmer, prolonge la route d'Ernst au-delà du Mississippi. Là où Ernst admirait en 1819 une Harmony de croyants laborieux, Maximilien trouve une ville de savants et de réformateurs, signe de la vitesse à laquelle l'Ouest change de visage.
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Edward John Eyre, Journals of Expeditions of Discovery into Central Australia, and Overland from Adelaide to King George's Sound (1840-1841)
En février 1841, au moment où l'Erebus et le Terror quittent la mer qui porte aujourd'hui le nom de Ross, Edward John Eyre s'engage depuis la baie de Fowlers dans la traversée de la grande plaine aride qui borde le sud de l'Australie, vers le détroit du Roi-George. Le voyage tourne au calvaire : des jours sans eau douce, des chevaux à bout de forces, puis l'assassinat de son second, John Baxter, par deux de leurs compagnons. Eyre n'atteint le but, en juillet, que grâce à Wylie, un jeune Aborigène resté à ses côtés. Ses journaux, publiés en 1845, racontent l'envers continental de ce monde austral que Ross longe par la mer, des milliers de milles plus au sud.
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Hans Christian Andersen, Le Bazar d'un poète (1840-1841)
Au printemps 1841, Hans Christian Andersen rentre de Constantinople par la mer Noire et le Danube, sur les bateaux à vapeur qui remontent désormais le fleuve vers Vienne. Il fait quarantaine à Orsova, la ville frontière où Mayr avait passé vingt et un jours au lazaret en novembre 1813, et décrit les rives bulgares, serbes et valaques. Le livre, publié en 1842, fait de ce trajet un tableau poétique. Ce qui était pour Mayr une traversée dangereuse en caravane et en barque est devenu, une génération plus tard, une croisière à vapeur ; mais le lazaret, lui, n'a guère changé.
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Edward Robinson et Eli Smith, Biblical Researches in Palestine, Mount Sinai and Arabia Petraea (1841)
En 1838, le bibliste américain Edward Robinson parcourt la Palestine avec le missionnaire Eli Smith, arabisant accompli. Bible en main, boussole et ruban à mesurer dans les fontes, ils interrogent les villageois sur les noms arabes des lieux et retrouvent sous eux une foule de sites bibliques oubliés. À Jérusalem, Robinson repère au flanc du mur occidental l'amorce d'une arche antique qui porte aujourd'hui son nom. Ses Biblical Researches, publiées en 1841, fondent la géographie historique de la Terre sainte. Prokesch, neuf ans plus tôt, pratiquait déjà cette méthode d'officier topographe : relèvements au compas, mesure des remparts, discussion des textes anciens sur l'enceinte.
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William Moorcroft et George Trebeck, Travels in the Himalayan Provinces of Hindustan and the Panjab (1841)
Vétérinaire de la Compagnie des Indes chargé de ses haras, William Moorcroft quitte l'Inde du Nord en 1819, l'année du voyage d'Ernst, pour aller chercher en Asie centrale des chevaux capables de remonter la cavalerie britannique. Avec le jeune George Trebeck, il séjourne longuement au Ladakh et au Cachemire, passe par Kaboul et atteint Boukhara en 1825 ; tous deux meurent sur le chemin du retour. Leurs carnets, publiés en 1841, partagent avec Ernst un regard de praticien : sols, bêtes, routes, prix, ressources. Mais Moorcroft s'enfonce dans des royaumes fermés aux Européens, quand Ernst parcourt une terre qui s'ouvre à tous les arrivants.
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William Allen et T. R. H. Thomson, A Narrative of the Expedition Sent by Her Majesty's Government to the River Niger in 1841 (1841-1842)
En août 1841, trois vapeurs de la Royal Navy, l'Albert, le Wilberforce et le Soudan, remontent le Niger avec un programme ambitieux : signer des traités contre la traite des esclaves, fonder une ferme modèle au confluent de la Bénoué, ouvrir l'intérieur de l'Afrique de l'Ouest au commerce. La fièvre en décide autrement. En quelques semaines, elle abat la plupart des Européens et en tue des dizaines, et les navires redescendent le fleuve avec des équipages décimés. Le récit du capitaine William Allen et du chirurgien Thomson, paru en 1848, est la chronique minutieuse de cet échec. Même Amirauté, même année que Ross dans la banquise, mais ici la mort vient du climat, non de la glace.
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William Cornwallis Harris, The Highlands of Aethiopia (1841-1843)
Deux ans après le passage des corvettes à Makassar, l'officier britannique William Cornwallis Harris conduit une ambassade jusqu'au royaume du Choa, sur les hauts plateaux d'Éthiopie. Il franchit le désert depuis la côte, gagne la cour du roi Sahle Sélassié et y séjourne longuement, notant cérémonies, marchés, églises et esclavage. Son récit, paru en 1844, sert autant la science que la diplomatie : la Grande-Bretagne cherche des alliés et des routes commerciales. On retrouve chez Dumont d'Urville la même lecture des pouvoirs locaux, du régent de Goa à l'orang-kaya de Warrou, et la même attention aux échanges qui lient les cours indigènes aux puissances européennes.
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Alexander Burnes, Cabool (1842)
De 1836 à 1838, l'officier écossais Alexander Burnes séjourne à Kaboul auprès de l'émir Dost Mohammad, chargé par la Compagnie des Indes d'une mission commerciale qui devient vite politique. Il observe la ville, ses bazars, ses tribus et le jeu d'influence entre Britanniques et Russes. Le récit paraît après sa mort, tué à Kaboul en 1841. Comme les pages de ce tome sur Ternate et Amboine, il montre une puissance européenne qui s'installe chez des princes locaux par traités, garnisons et commerce. D'un bout à l'autre de l'Asie, la même grammaire impériale s'écrit en ces années-là.
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Charles Dickens, Notes américaines (1842)
Au printemps 1842, Charles Dickens, déjà célèbre, descend l'Ohio en bateau à vapeur jusqu'à Cincinnati et Louisville, puis gagne Saint-Louis par le Mississippi. Il pousse jusqu'à une prairie de l'Illinois, la Looking Glass Prairie, et en revient déçu : l'immense plaine lui paraît monotone. Le confluent de l'Ohio et du Mississippi, à Cairo, lui inspire une page sinistre sur les marais et les fièvres. Le romancier voit avec des yeux de citadin les paysages qu'Ernst jaugeait en agronome, et la comparaison est savoureuse : ce qui enchantait le futur colon ennuie le visiteur pressé de retrouver ses lecteurs.
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Herman Melville, Typee: A Peep at Polynesian Life (1842)
En juillet 1842, quatre ans après l'Astrolabe, le baleinier américain Acushnet mouille dans la baie de Taïo-haé, quelques semaines après que l'amiral Dupetit-Thouars a pris possession de Nouka-Hiva au nom de Louis-Philippe. Un matelot de vingt-deux ans, Herman Melville, déserte avec un camarade, Toby, franchit les crêtes et descend dans la vallée des Taïpi, cette baie que le commandant avait longée en doublant la pointe Martin sans y voir les villages populeux décrits par Porter. Il y reste quelques semaines, que son livre étire en quatre mois. Typee, paru en 1846, mêle souvenirs, lectures et invention ; il fait de la vallée un paradis menacé et lance la carrière du futur auteur de Moby Dick.
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Herman Melville, Omoo: A Narrative of Adventures in the South Seas (1842)
Quatre ans après la reine en larmes de Papeïti, un matelot américain débarque à Taïti à la suite d'une mutinerie. Herman Melville a quitté Nouka-Hiva, où il vivait chez les Taï-piis dont Hutchinson parlait au commandant, sur le baleinier australien Lucy Ann. À Papeete, l'équipage révolté est enfermé par les autorités taïtiennes ; Melville erre ensuite dans les îles avec un compagnon fantasque, le docteur Long Ghost, gagne Eimeo et tente d'approcher la cour de Pomaré. Il arrive en 1842, au moment où la France impose son protectorat. Omoo, paru en 1847, raconte avec ironie les missionnaires, les marins déserteurs et la société de plage que Dumont d'Urville décrivait déjà.
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Max Radiguet, Les Derniers Sauvages : souvenirs de l'occupation française aux îles Marquises, 1842-1859 (1842)
Embarqué sur la Reine-Blanche, la frégate de l'amiral Dupetit-Thouars, Max Radiguet assiste en 1842 à la prise de possession des Marquises : Tahou-ata le 1er mai, Nouka-Hiva au début de juin. Il dessine, observe, interroge, et laisse du roi de Tahou-ata, ce Hio-tete que le Marquisien Moë présentait au commandant de l'Astrolabe comme un mauvais homme, un portrait resté fameux : un buste de Louis XVIII trempé dans de l'indigo. Ses souvenirs racontent la vie à Taïo-haé et à Tahou-ata, les tatouages, les fêtes, les chefs, la révolte de Hio-tete et les premiers temps de l'occupation française. Le livre reprend le récit presque là où ce tome s'arrête, au mouillage de Taïo-haé, quatre ans plus tard.
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Joseph Beete Jukes, Narrative of the Surveying Voyage of H.M.S. Fly (1842-1846)
Naturaliste et géologue du Fly, Joseph Beete Jukes passe quatre ans à relever la Grande Barrière et le détroit de Torres, que Flinders avait franchis en tâtonnant. En 1844, l'expédition élève une balise de pierre sur l'île Raine, au bord extérieur du récif, pour signaler aux navires une ouverture sûre. Jukes décrit longuement les récifs vus du dedans et du dehors, et reprend la question de la formation des îles de corail que Flinders posait à Half-way Island. Il rencontre aussi les insulaires du détroit, notamment à Darnley, et en laisse des portraits vivants, qui prolongent les pages de ce tome sur les îles Murray.
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Joseph Beete Jukes, Relation du voyage hydrographique du HMS Fly (1842-1846)
Géologue embarqué sur le HMS Fly, Jukes passe quatre ans à suivre l'équipe qui relève la Grande Barrière de corail et le détroit de Torres, avec une rigueur qui rend enfin sûre la route que Flinders avait ouverte au prix de tant de nuits d'angoisse. Il décrit la croissance des récifs, la vie des insulaires du détroit, les pirogues et les marchés de tortue, et la construction d'une balise sur l'île de Raine pour guider les navires vers le passage. Son récit, publié en 1847, montre la mer de Corail devenue route commerciale : les dangers que Flinders signalait sont désormais cartographiés, balisés, presque domestiqués.
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Gérard de Nerval, Voyage en Orient (1843)
Neuf ans après Macbrair, Gérard de Nerval débarque à Alexandrie au début de 1843 et s'installe au Caire, où il loue une maison, achète une esclave javanaise et se fait conter la légende du calife Hakem. Il gagne ensuite Beyrouth et la montagne du Liban, au cœur des rivalités entre Druses et Maronites que Macbrair voyait déjà fermenter sous Ibrahim Pacha. Son Voyage en Orient, paru en 1851, mêle reportage, rêverie et récits enchâssés. Le contraste est complet : le poète cherche dans l'Orient un mystère à aimer, le missionnaire un peuple à sauver, mais tous deux décrivent la même ville grouillante, ses cafés, ses marchés et ses ruelles.
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John Lloyd Stephens, Incidents of Travel in Yucatan (1843)
Au moment où Ida Pfeiffer arpente Constantinople, John Lloyd Stephens et le dessinateur Frederick Catherwood achèvent leur seconde campagne au Yucatán, commencée à l'automne 1841. À dos de mule, dans la chaleur et la fièvre, ils relèvent des dizaines de cités mayas envahies par la forêt : Uxmal, Chichén Itzá, Tulum. Stephens connaissait déjà l'Orient, puisqu'il avait traversé l'Égypte, Pétra et la Terre sainte quelques années plus tôt. Son regard sur les ruines du Yucatán répond à celui de Pfeiffer devant Baalbek ou les pyramides : même curiosité concrète, même goût pour les détails pratiques d'un voyage difficile, même certitude d'avoir sous les yeux un passé immense.
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Charles Wilkes, Narrative of the United States Exploring Expedition (1844)
En février 1842, deux ans et demi après les Français, l'expédition américaine de Charles Wilkes jette l'ancre devant le bourg de Soung, à Jolo. Elle y retrouve le datou Molou, qui avait servi d'intermédiaire à Dumont d'Urville, et un sultan aux yeux rougis par l'opium, entouré de ses fils et de ses conseillers. Wilkes, qui vient de faire relâche à Caldera, petit fort espagnol voisin de Zamboanga, est là pour faire signer un traité de commerce et de protection des navires. Ses pages sur Sulu, reprises dans un recueil libre en ligne, forment le contrechamp exact des chapitres de ce tome : mêmes personnages, même cour, même méfiance, vues cette fois par un officier américain.
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Charles Dickens, Pictures from Italy (1844-1845)
Pendant l'été 1844, au moment où Thackeray part pour l'Orient, Charles Dickens, son grand rival, s'installe avec sa famille à Gênes pour une année italienne. Il parcourt Parme, Bologne, Venise, Rome, où il assiste au carnaval et aux cérémonies de la semaine sainte, puis Naples et le Vésuve, dont il gravit le cratère en pleine nuit. Les deux livres paraissent la même année, en 1846, et racontent la même découverte : le touriste anglais devant les monuments qu'on lui a appris à admirer. Dickens, comme Thackeray, se moque des guides et des enthousiasmes de commande, et s'attarde plus volontiers sur la foule, la misère et la vie des rues que sur les chefs-d'œuvre.
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Ludwig Leichhardt, Journal of an Overland Expedition in Australia (1844-1845)
En octobre 1844, le naturaliste prussien Ludwig Leichhardt quitte les Darling Downs, à l'ouest de Moreton Bay, pour gagner par terre Port Essington, sur la côte nord. Il y arrive plus de quatorze mois plus tard, après avoir perdu le naturaliste John Gilbert, tué lors d'une attaque nocturne. Sa route longe le fond du golfe de Carpentarie, que Flinders avait relevé depuis la mer : là où l'Investigator ne voyait qu'une côte basse bordée de bancs, Leichhardt découvre des rivières, des plaines et les peuples qui y vivent. Son journal fait lire à l'envers la fin de ce tome, de l'intérieur des terres vers le rivage.
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Ludwig Leichhardt, Journal of an Overland Expedition in Australia, from Moreton Bay to Port Essington (1844-1845)
Le 1er octobre 1844, quelques jours avant que Thackeray ne chevauche de Jaffa vers Jérusalem, le naturaliste prussien Ludwig Leichhardt quitte les Darling Downs, dans l'est de l'Australie, avec une petite troupe de colons, deux guides aborigènes et des bœufs de bât. Il veut rejoindre par la terre le poste de Port Essington, sur la côte nord. Quatorze mois plus tard, après avoir perdu le naturaliste John Gilbert, tué lors d'une attaque nocturne, la troupe épuisée atteint son but en décembre 1845, quand on la croyait perdue. Son journal, publié à Londres en 1847, est l'inverse exact de la croisière de Thackeray : aucun horaire, aucun hôtel, seulement des rivières à nommer et des vivres à rationner.
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Évariste Huc, Souvenirs d'un voyage dans la Tartarie et le Thibet (1844-1846)
Quelques années après l'expédition, deux lazaristes français, Évariste Huc et Joseph Gabet, traversent la Mongolie et les steppes du Kokonor à dos de chameau, déguisés en lamas, jusqu'à Lhassa, qu'ils atteignent en 1846 avant d'en être expulsés vers la Chine. Le récit de Huc, plein d'humour et de détails sur la vie des caravanes, connaît un succès immense. À l'autre bout de l'Asie, Dumont d'Urville décrit des sociétés marchandes ouvertes sur la mer ; Huc, des mondes de l'intérieur fermés aux étrangers. Les deux livres témoignent de la même génération française qui s'empare des confins du continent asiatique et de ses archipels.
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Évariste Huc, Souvenirs d'un voyage dans la Tartarie, le Thibet et la Chine (1844-1846)
En 1844, l'année même où Thackeray embarque à Southampton, deux lazaristes français, Évariste Huc et Joseph Gabet, quittent leur mission des confins de la Grande Muraille pour gagner le Tibet. Vêtus en lamas, ils suivent les caravanes à travers la Mongolie, le désert d'Ordos et le Koukou-Nor, endurent un hiver terrible sur les hauts plateaux et entrent à Lhassa en janvier 1846, avant d'être expulsés vers la Chine. Là où Thackeray voyage en cabine sur un vapeur, Huc avance au pas des chameaux, loin de tout courrier. Mais les deux hommes partagent un même talent : l'humour, l'œil pour le détail cocasse et la curiosité pour la prière des autres peuples.
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Ida Pfeiffer, Reise nach dem skandinavischen Norden und der Insel Island im Jahre 1845 (1845)
Ida Pfeiffer, bourgeoise viennoise qui a attendu d'avoir élevé ses fils pour partir, avait fait seule en 1842 le voyage de Constantinople, de la Terre sainte et de l'Égypte, deux ans avant Thackeray. En 1845, elle choisit le froid : par Copenhague, elle gagne l'Islande, visite Reykjavik, les geysers, les champs de lave et les fermes de tourbe, gravit l'Hekla, puis revient par la Norvège et la Suède. Son livre paraît en 1846, la même année que celui de Thackeray. Le contraste est savoureux : là où l'écrivain anglais se plaint de son hôtel, cette voyageuse sans fortune dort chez les paysans, mange ce qu'on lui offre et note tout avec une précision sans fard.
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John Charles Frémont, Report of the Exploring Expedition to the Rocky Mountains in the Year 1842, and to Oregon and North California in the Years 1843-44 (1845)
L'été 1842, pendant qu'Ida Pfeiffer suit à cheval les routes du Liban, le lieutenant John Charles Frémont remonte la vallée de la Platte vers les Rocheuses, guidé par Kit Carson. Il franchit le col du Sud, passage clé de la future piste de l'Oregon, et plante le drapeau américain sur un sommet des monts Wind River qu'il croit le plus haut de la chaîne. Son rapport, très lu, servira de guide aux émigrants. Deux voyages de 1842 qui se ressemblent par le goût des mesures, des distances et des haltes, mais que tout sépare : l'un ouvre un territoire à la conquête, l'autre suit des chemins de pèlerins vieux de quinze siècles.
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Francis Parkman, The Oregon Trail (1846)
Deux ans après la croisière de Thackeray, un jeune diplômé de Harvard, Francis Parkman, part de Saint-Louis avec son cousin Quincy Adams Shaw pour suivre la piste de l'Oregon au milieu des chariots d'émigrants. Malade, il passe pourtant plusieurs semaines avec une bande de Sioux Oglalas, partage leurs chasses au bison et observe leurs camps avec une curiosité d'historien. Publié d'abord en feuilleton, puis en volume en 1849, son récit montre un autre visage de l'année où Thackeray s'émerveille de la vapeur : ailleurs, le voyage se fait encore à cheval, au rythme des saisons. Les deux hommes ont en commun un regard lucide, parfois dur, sur les peuples qu'ils croisent.
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John MacGillivray, Narrative of the Voyage of H.M.S. Rattlesnake (1846-1850)
Naturaliste du Rattlesnake, commandé par Owen Stanley, John MacGillivray suit de 1846 à 1850 le relevé de la route intérieure du Queensland, du détroit de Torres et de la côte sud de la Nouvelle-Guinée ; le jeune Thomas Henry Huxley est à bord comme aide-chirurgien. Au cap York, en 1849, l'équipage recueille Barbara Thompson, jeune naufragée écossaise qui avait vécu près de cinq ans parmi les insulaires de l'île du Prince de Galles. MacGillivray consigne son témoignage, précieux sur les langues et les coutumes du détroit. On y retrouve les îles et les mouillages que Flinders avait nommés, désormais fréquentés par les navires.
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Harriet Martineau, Eastern Life, Present and Past (1848)
Quatre ans après Ida Pfeiffer, l'Anglaise Harriet Martineau, déjà célèbre pour ses écrits d'économie politique, part à son tour vers l'Orient à la fin de 1846. Elle remonte le Nil jusqu'en Nubie, traverse le Sinaï, visite Pétra, puis Jérusalem, la Galilée et Damas. Comme la Viennoise, elle voyage en femme mûre, sans se laisser arrêter par les fatigues de la selle et des tentes. Mais là où Pfeiffer prie, Martineau raisonne : son livre fait des temples égyptiens et des lieux saints les étapes d'une histoire des religions, au point de scandaliser une partie de ses lecteurs. Deux femmes devant les mêmes pierres, deux manières de croire.
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John Elphinstone Erskine, Journal of a Cruise among the Islands of the Western Pacific (1849)
De juin à octobre 1849, le capitaine John Elphinstone Erskine conduit le navire britannique Havannah des Samoa aux Tonga, puis aux Fidji, aux Nouvelles-Hébrides et en Nouvelle-Calédonie. Aux Viti, il mouille à Ovalau, décrit le village de Levuka retranché derrière son fossé, reçoit à bord le missionnaire Hazlewood et des chefs chrétiens dans la baie de Bua, et s'entretient avec Cakobau, fils du vieux Tanoa, par l'intermédiaire du missionnaire Calvert. Le récit, publié à Londres en 1853, montre le chemin parcouru en une décennie par les missions wesleyennes que Dumont d'Urville voyait s'implanter. Lebouka, Boua, Bau : les noms de ce tome reviennent sous la plume d'un officier anglais, avec la même question du cannibalisme.
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Gustave Flaubert, Voyage en Orient (1849-1851)
Cinq ans après Thackeray, Gustave Flaubert et son ami Maxime Du Camp, chargé de photographier les monuments, débarquent à Alexandrie en novembre 1849. Ils remontent le Nil jusqu'à la deuxième cataracte, grimpent sur les Pyramides, puis passent par Beyrouth, Jérusalem, Rhodes, Smyrne, Constantinople et Athènes avant de rentrer en 1851. La plupart des escales orientales de Thackeray s'y retrouvent, mais vues par un homme qui fuit le pittoresque convenu autant que lui et cherche la sensation brute : la chaleur, la crasse, les almées, la mort. Ses notes et ses lettres, publiées après sa mort, ont la liberté d'un carnet intime. Le Saint-Sépulcre déçoit Flaubert comme il avait agacé Thackeray.
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Thomas Eyre Poole, La vie, les paysages et les mœurs en Sierra Leone et en Gambie (1850)
Aumônier colonial et de garnison à Freetown, le révérend Thomas Eyre Poole publie à Londres, en 1850, deux volumes sur les colonies britanniques d'Afrique de l'Ouest. De la Sierra Leone, il passe en Gambie, visite les établissements du fleuve et le remonte longuement. Il peint la vie des colons, des Africains libérés et des peuples riverains, s'attarde sur les églises mal entretenues, les cimetières envahis par les herbes et les fièvres qui fauchent les Européens, dont il réchappe lui-même plusieurs fois. Le lecteur y retrouve la colonie fragile, ses comptoirs et ses missions que Macbrair avait connus, vus cette fois par un homme d'Église anglican plutôt que méthodiste.
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Richard Lepsius, Briefe aus Aegypten, Aethiopien und der Halbinsel des Sinai (1852)
Envoyé par le roi de Prusse à la tête d'une grande expédition scientifique, l'égyptologue Richard Lepsius parcourt l'Égypte et le Soudan de 1842 à 1845. Il remonte jusqu'à Méroé et au Nil Bleu, puis séjourne à Djebel Barkal, dont il relève les temples et les pyramides avec une précision nouvelle. Ses lettres, publiées en 1852, racontent ce voyage au fil des jours. Lepsius identifie les ruines de Djebel Barkal à Napata, l'ancienne capitale des rois de Koush, conclusion que Waddington défendait déjà. L'antiquaire de Cambridge avait vu juste, avec des moyens bien plus modestes et en pleine guerre.
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Edmond Reuel Smith, The Araucanians, or Notes of a Tour among the Indian Tribes of Southern Chili (1853)
Le 4 janvier 1853, Edmond Reuel Smith quitte Concepcion pour la frontière du Biobío. Jeune Américain attaché à l'expédition astronomique envoyée au Chili par la marine des États-Unis, il a quitté le service pour voir de près ces Araucans dont tout le pays parle. Avec un interprète, il passe la rivière, va de cacique en cacique, assiste aux cérémonies des machis, aux danses et aux funérailles, puis revient à Concepcion avant de descendre la baie de Talcahuano. Son livre paraît en 1855. Quinze ans après l'Astrolabe, il prolonge les pages que Dumont d'Urville consacre aux Araucans d'après le vice-consul Bardel et le padre Gil, et sa visite au vieux cacique Penoleo, le dernier héros d'Ercilla.
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Richard Burton, Personal Narrative of a Pilgrimage to Al-Madinah and Meccah (1853)
Pendant l'été 1853, au moment où Énault s'embarque à Marseille, l'officier britannique Richard Burton, déguisé en médecin musulman venu d'Afghanistan, rejoint Médine puis La Mecque avec la caravane du pèlerinage. Deux pèlerinages du même été, aux deux pôles du monde méditerranéen : l'un, chrétien, ouvert, protégé par les consuls et la vapeur ; l'autre, interdit aux non-musulmans, accompli sous un faux nom au péril de la vie. Le récit de Burton, publié en 1855 et 1856, décrit les rites, les foules et les routes du Hedjaz avec une précision d'ethnographe et un goût marqué pour le danger.
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Frederick Law Olmsted, A Journey through Texas (1853-1854)
À la fin de 1853, le journaliste new-yorkais Frederick Law Olmsted, futur créateur de Central Park, part à cheval avec son frère à travers le Texas pour le compte du New York Daily Times. Il décrit les plantations esclavagistes, les colons allemands de Neu-Braunfels, les Mexicains de San Antonio, la frontière indienne. Le livre paraît en 1857. Comme Énault, Olmsted écrit en journaliste pour un large public : la même année, deux observateurs venus de la presse parcourent une terre disputée et en tirent un récit vivant, nourri de rencontres, d'anecdotes et de jugements tranchés.
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Matthew C. Perry, Narrative of the Expedition of an American Squadron to the China Seas and Japan (1853-1854)
En juillet 1853, quelques semaines avant le départ des pèlerins, les navires noirs du commodore Matthew Perry entrent dans la baie d'Edo et contraignent le Japon, fermé depuis deux siècles, à recevoir une lettre du président des États-Unis. Perry revient en 1854 et obtient le traité de Kanagawa. Le récit officiel, rédigé par le pasteur Francis Hawks d'après les journaux de Perry et de ses officiers, paraît en 1856. La même année 1853 voit donc l'Occident forcer les portes du Japon et les puissances européennes se disputer les clés du Saint-Sépulcre, prélude à la guerre de Crimée.
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Elisha Kent Kane, Arctic Explorations (1853-1855)
Le 30 mai 1853, trois mois avant l'embarquement des pèlerins à Marseille, le médecin de marine américain Elisha Kent Kane quitte New York à bord de l'Advance pour rechercher l'expédition Franklin. Le navire reste pris dans les glaces du nord du Groenland pendant deux hivers : scorbut, faim, défection d'une partie de l'équipage, puis retraite de plus de quatre-vingts jours en canot et en traîneau jusqu'aux comptoirs danois. Le récit, paru en 1856, connaît un immense succès. Il fait le contrepoint glacé du voyage d'Énault : même année, même goût du récit vivant, mais une épreuve à la limite de la survie.
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David Livingstone, Missionary Travels and Researches in South Africa (1853-1856)
En novembre 1853, le missionnaire écossais David Livingstone quitte Linyanti, sur le haut Zambèze, pour gagner Luanda et la côte atlantique, qu'il atteint en mai 1854 ; il repart ensuite vers l'est, découvre les chutes Victoria en 1855 et achève en 1856 la traversée du continent. Son livre, paru en 1857, fait de lui le voyageur le plus célèbre de son temps. Le zèle missionnaire qui le pousse à travers l'Afrique répond à la ferveur catholique d'Énault en Terre sainte : deux manières, dans les mêmes mois, de porter le christianisme hors d'Europe et d'en faire le récit.
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Léonie d'Aunet, Voyage d'une femme au Spitzberg (1854)
En 1839, une jeune Parisienne de dix-neuf ans obtient de suivre la commission scientifique du Nord, celle de la corvette la Recherche, dont Paul Gaimard est le chef. Par la Hollande, le Danemark, la Suède et la Norvège, elle gagne le Spitzberg, puis rentre à travers la Laponie. Publié quinze ans plus tard sous forme de lettres, son récit mêle la curiosité, l'humour et le froid. Il offre le pendant boréal du voyage de Dumont d'Urville : même marine française, même ambition savante, mais un regard de femme à bord, chose rare, et des glaces de l'autre bout du monde.
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Alfred Russel Wallace, The Malay Archipelago (1854-1862)
Pendant huit ans, le naturaliste anglais Alfred Russel Wallace parcourt les îles de l'Insulinde à la recherche d'oiseaux et d'insectes. Il séjourne à Macassar, le port d'où partaient les praos de Pobassoo, et passe à Timor, où Flinders avait trouvé une relâche pour ses malades. C'est au cours de ces voyages qu'il conçoit, en même temps que Darwin, la théorie de la sélection naturelle, et qu'il trace la frontière entre faunes d'Asie et d'Australie. Son livre, paru en 1869, éclaire tout l'arrière-plan asiatique de ce tome : les marchands, les ports et les îles qui regardaient déjà vers les côtes australiennes.
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Ida Pfeiffer, Meine zweite Weltreise (1856)
Viennoise partie seule autour du monde, Ida Pfeiffer arrive à Bornéo à la fin de 1851. De Kuching, chez le rajah blanc James Brooke, elle traverse avec une petite escorte, en pirogue et à pied, le pays des Dayaks, dort dans leurs longues maisons et atteint Pontianak, sur la côte occidentale, en février 1852. Elle passe ensuite par Java et pousse jusqu'au pays batak de Sumatra. Son récit, publié en 1856 et vite traduit, parcourt à hauteur d'homme la côte que les canots de l'Astrolabe n'ont fait qu'effleurer à l'embouchure de la Sambas, et donne chair aux Dayaks dont le manuscrit hollandais cité par Dumont d'Urville ne parlait que de loin.
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Ludwig August Frankl, Nach Jerusalem! (1856)
Trois ans après Énault, le poète viennois Ludwig August Frankl, secrétaire de la communauté juive de Vienne, gagne Jérusalem en 1856 pour y fonder une école moderne, la fondation Lämel. Son livre, paru en 1858, décrit de l'intérieur ce qu'Énault voyait du dehors : la vie des communautés juives de la ville, leur pauvreté, leurs querelles, leurs rapports avec les consuls et les autorités ottomanes. Le pèlerin catholique s'arrêtait au mur des Lamentations ; Frankl entre dans les maisons, les synagogues et les hospices, et donne à la Jérusalem de ces années un visage que les récits chrétiens laissaient dans l'ombre.
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Herman Melville, Journal of a Visit to Europe and the Levant (1856-1857)
À l'automne 1856, Herman Melville, épuisé par les échecs de Moby Dick et de Pierre, part seul pour la Méditerranée. Il découvre Constantinople, descend en Égypte où les Pyramides l'écrasent, puis débarque à Jaffa et passe plusieurs semaines en Palestine, de Jérusalem à la mer Morte, avant Beyrouth, la Grèce et l'Italie. Son journal, griffonné au jour le jour et publié seulement au XXe siècle, suit presque la route de Thackeray, mais dans une autre tonalité : là où l'Anglais plaisante devant le Saint-Sépulcre, l'Américain y trouve un désert spirituel. De ce voyage naîtra Clarel, long poème sur le doute religieux paru en 1876.
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Ida Pfeiffer, Voyage à Madagascar (1856-1858)
La voyageuse viennoise, qui a déjà fait deux fois le tour du monde, passe par Maurice avant de gagner Madagascar en 1857. Elle décrit Port-Louis, la domesticité créole et indienne, les grands dîners, les maisons de campagne, les plantations de canne, les travailleurs venus de l'Inde, le jardin botanique et les cascades. Puis Madagascar la retient dans une conspiration contre la reine Ranavalona, dont elle sort expulsée et malade. Revenue à Maurice, elle y soigne une fièvre dont elle mourra à Vienne. Un demi-siècle après Flinders, la même hospitalité créole, vue cette fois par une femme seule.
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James Wetherell, Brazil. Stray Notes from Bahia (1860)
Vice-consul britannique à Bahia pendant une quinzaine d'années, James Wetherell meurt en 1858 sans avoir publié ses notes ; William Hadfield les édite en 1860. Ce sont des fragments vifs et précis : les cadeiras portées sur l'épaule par des esclaves, les ganhadores qui chantent sous leurs charges, la chair de baleine vendue au marché, les fêtes, l'enfant mort promené dans une chaise ornée de rubans avant d'être enterré. Presque tout ce que Ver Huell avait découvert en 1808 est encore là, à peine changé, sous le regard d'un autre étranger installé dans la ville. Le livre montre combien la société de Bahia a peu bougé en un demi-siècle.
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Lucie Duff Gordon, Lettres d'Égypte (1862-1869)
Atteinte de tuberculose, Lucie Duff Gordon part en 1862 chercher en Égypte un air plus sec et y passe les dernières années de sa vie. Elle s'installe à Louxor dans la « maison française » bâtie sur les toits du temple, apprend l'arabe, soigne les paysans, reçoit notables et coptes, et écrit à sa famille des lettres d'une liberté rare, publiées dès 1865. Elle y décrit la corvée, les impôts et les levées d'hommes qui écrasent les fellahs, comme Macbrair trente ans plus tôt sous Méhémet Ali. Mais là où le missionnaire voyait des âmes à gagner, elle voit des voisins et des amis, et l'on mesure à la lire tout ce que l'arrogance européenne laissait échapper.
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Albert S. Bickmore, Travels in the East Indian Archipelago (1865)
En 1865, le jeune naturaliste américain Albert Bickmore quitte Batavia pour les Moluques, sur les traces des coquillages décrits par Rumphius deux siècles plus tôt. Il passe par Makassar, séjourne à Amboine et dans les îles voisines, aborde Céram, gravit les pentes du Gounong-Api à Banda, puis explore Bourou avant de remonter vers Ternate et le nord de Célèbes. Son livre, paru en 1868, est celui d'un homme qui fonde ensuite un grand musée d'histoire naturelle à New York. Le volcan, les plantations de muscade et l'administration hollandaise y apparaissent une génération après Dumont d'Urville, peu changés en apparence.
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Mark Twain, Le Voyage des innocents (1867)
En 1867, Mark Twain embarque à New York sur le Quaker City avec une soixantaine de passagers pour l'une des premières croisières organisées vers l'Europe et la Terre sainte. Comme Énault, il voyage avec un groupe de pèlerins, de Jaffa à Jérusalem, du Jourdain à Nazareth ; mais là où le Parisien s'émeut, l'Américain se moque des guides, des reliques et de ses propres compagnons. Publié en 1869 sous le titre The Innocents Abroad, le livre devient le plus grand succès de son auteur de son vivant. Lu après Énault, il montre la même route sacrée vue par un œil sceptique, quatorze ans plus tard.
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Mark Twain, The Innocents Abroad (1867)
En 1867, Mark Twain embarque à New York sur le Quaker City pour l'une des premières croisières organisées : Gibraltar, Tanger, l'Italie, Athènes, Constantinople, Smyrne, Beyrouth, la Terre sainte et l'Égypte. C'est, vingt-trois ans plus tard, la croisière de Thackeray en version américaine, avec ses pèlerins pieux, ses voyageurs qui cassent des souvenirs sur les monuments et un narrateur qui refuse de s'extasier sur commande. Twain se glisse de nuit sur l'Acropole, marchande au bazar, s'agace des reliques de Jérusalem et contemple le Sphinx. Publié en 1869, le livre devient l'un des récits de voyage les plus vendus de son temps et prolonge, sur un ton plus bruyant, la satire du touriste.
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Nicolas Pike, Sub-Tropical Rambles in the Land of the Aphanapteryx (1867-1873)
Consul des États-Unis à Port-Louis de 1867 à 1873, Nicolas Pike consacre ses loisirs à l'histoire naturelle de Maurice et des îles voisines. Il peint les poissons, récolte des spécimens qui rejoindront Harvard et l'herbier de Maurice, et parcourt à pied les hauts de l'île. Son livre, publié à New York en 1873, porte dans son titre le nom d'un oiseau disparu, le râle rouge, compagnon du dodo. Le lecteur de Flinders y retrouve les rivières, les forêts et les gorges que le prisonnier explorait autour de Vacouas, décrites par un autre étranger installé sur l'île pour quelques années.
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George Chaworth Musters, At Home with the Patagonians (1869-1870)
En avril 1869, l'officier de marine anglais George Chaworth Musters quitte Punta Arenas, la colonie chilienne fondée en 1848 sur le détroit de Magellan, avec une petite troupe qui monte vers le fleuve Santa Cruz. La route passe par le havre Oazy, où les officiers de Dumont d'Urville avaient reconnu un camp de Patagons. Musters se joint ensuite aux Tehuelches de Casimiro et d'Orkeke, vit sous leurs tentes de peaux, chasse avec eux le guanaco et le nandou, et remonte toute la Patagonie jusqu'à Carmen de Patagones, sur le río Negro. Son livre, paru à Londres en 1871, donne des noms, des visages et des coutumes aux « géants » du havre Peckett.
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Edward Henry Palmer, The Desert of the Exodus (1871)
En 1869, l'orientaliste de Cambridge Edward Henry Palmer participe au relevé du Sinaï mené pour le Palestine Exploration Fund ; il repart ensuite avec le naturaliste Charles Tyrwhitt-Drake pour parcourir à pied, sans escorte, le désert de Tih, ce plateau calcaire que Laborde voyait border l'Ouadi Araba à l'ouest. Dix mois sous une petite tente, des inscriptions copiées dans les vallées, des nuits chez les Bédouins qui l'appellent Abdallah Effendi : The Desert of the Exodus, paru en 1871, cherche comme l'introduction de Laborde les traces de l'Exode dans le paysage, mais avec les instruments d'une science nouvelle. Le désert que Laborde longeait devient enfin un pays cartographié.
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Amelia B. Edwards, Mille milles en remontant le Nil (A Thousand Miles up the Nile) (1873-1874)
Romancière et journaliste, Amelia Edwards arrive en Égypte presque par hasard, en novembre 1873, pour fuir la pluie d'Europe. Elle loue une dahabieh et remonte le Nil au-delà d'Abou Simbel jusqu'à la deuxième cataracte, en dessinant tout ce qu'elle voit. Son livre, paru en 1877, mêle humour, érudition et indignation devant les monuments mutilés par les chercheurs de trésors et les visiteurs. Elle fondera en 1882 l'Egypt Exploration Fund, pour fouiller et protéger ce patrimoine. Macbrair avait vu les mêmes temples à Thèbes, Edfou et Philae ; quarante ans plus tard, Edwards montre ce que le tourisme naissant a fait de ce Nil des missionnaires et des pachas.
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Amelia B. Edwards, A Thousand Miles up the Nile (1873-1874)
Thackeray s'arrête au Caire et aux Pyramides ; la romancière anglaise Amelia Edwards, arrivée en Égypte presque par hasard à l'hiver 1873, va beaucoup plus loin. Sur une dahabieh, avec une amie et un équipage nubien, elle remonte le Nil jusqu'à Abou Simbel et la deuxième cataracte, dessine les temples, fait dégager des peintures ensablées et s'indigne des pillages. Son livre, publié en 1877, mêle la vie du bord, les paysages et une érudition qui grandit au fil des pages. Le voyage décide de sa vie : en 1882, elle fonde à Londres l'Egypt Exploration Fund.
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Constance Gordon-Cumming, At Home in Fiji (1875-1877)
En 1875, un an après la cession des Fidji à la Grande-Bretagne, l'Écossaise Constance Gordon-Cumming accompagne le nouveau gouverneur, sir Arthur Gordon, à Levuka, la Lebouka de Dumont d'Urville devenue capitale d'une colonie. Elle y arrive juste après une épidémie de rougeole qui a décimé les insulaires, et le gouvernement n'est pas même installé. Pendant deux ans, aquarelle à la main, elle rencontre les chefs, visite les missions et les villages, observe les cérémonies et la vie quotidienne. At Home in Fiji paraît en 1881. Le pays des vengeances et des alliances de 1838 y est devenu une province de l'Empire britannique, et la voyageuse mesure tout ce qui a changé en une seule génération.
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Anna Brassey, A Voyage in the Sunbeam (1876-1877)
Le 1er juillet 1876, le yacht Sunbeam quitte l'Angleterre pour un tour du monde, avec à son bord Thomas et Anna Brassey, leurs enfants, des amis et un équipage. La route ressemble à celle de l'Astrolabe : relâche à Ténériffe et ascension nocturne du pic, passage de la ligne, Rio de Janeiro et sa baie, puis le sud. Au lendemain du départ de Buenos Aires, le Sunbeam recueille l'équipage du Monkshaven, un voilier anglais dont la cargaison de charbon brûle en pleine mer. Viennent ensuite Punta Arenas, le détroit de Magellan et les canots des Fuégiens. Anna Brassey tient le journal d'une famille en mer, attentive aux escales que Dumont d'Urville avait décrites quarante ans plus tôt.
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Florence Dixie, Across Patagonia (1878-1879)
Lady Florence Dixie débarque à Punta Arenas, sur le détroit de Magellan, avec son mari, deux de ses frères et quelques amis. Lasse des salons de Londres, elle veut aller là où personne de son monde n'est allé. La petite troupe traverse à cheval les pampas de Patagonie vers les Andes, chasse le guanaco et le nandou, campe sous le vent et rencontre des familles tehuelches, ces Patagons que Dumont d'Urville avait reçus à son bord au havre Peckett en janvier 1838. Le livre, publié en 1880, garde le regard d'une cavalière plus que d'un savant, avec ses fatigues, ses repas de gibier et ses paysages immenses. Quarante ans après les corvettes, la même côte vue depuis la terre.
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Henry Ogg Forbes, A Naturalist's Wanderings in the Eastern Archipelago (1878-1883)
Entre 1878 et 1883, le naturaliste écossais Henry Ogg Forbes parcourt Java, Sumatra, puis l'est de l'archipel, Banda, Bourou et les îles Timor-Laut, au sud des Aru. Collecteur infatigable de plantes et d'oiseaux, il voyage en partie avec sa femme, et ses pages sur les îles orientales prolongent celles de Wallace, qu'il admire. Le récit, publié en 1885, montre les mêmes archipels un demi-siècle après les corvettes françaises : les mêmes petits ports, la même dépendance au commerce des épices et aux vents de mousson. C'est aussi un témoignage sur des sociétés insulaires que l'administration coloniale atteignait encore à peine.
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Laurence Oliphant, Haifa, or Life in Modern Palestine (1882-1885)
En 1882, l'écrivain et ancien diplomate britannique Laurence Oliphant s'installe à Haïfa, au pied du Carmel où s'achève le voyage d'Énault, et passe ses étés dans un village druze de la montagne. Ses lettres au New York Sun, réunies en 1887, décrivent la colonie allemande des Templiers, les premiers villages juifs, les couvents, les fouilles, les Druzes et les Bédouins. Là où Énault voyait une terre sacrée figée dans ses souvenirs bibliques, Oliphant observe un pays qui change, défriché, colonisé, convoité. Le Carmel des pèlerins devient chez lui un poste d'observation sur la Palestine moderne.
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Isabella Bird, The Golden Chersonese and the Way Thither (1883)
En 1879, au retour du Japon, l'Anglaise Isabella Bird fait escale à Singapour. Invitée par l'administration coloniale, elle part cinq semaines dans les États malais tout juste placés sous protection britannique : Malacca, Selangor, Perak, à bord de petits vapeurs chinois puis à dos d'éléphant dans la boue de la jungle. Ses lettres, publiées en 1883, décrivent une Singapour devenue foule chinoise, malaise et indienne, quarante ans après celle que Dumont d'Urville trouvait déjà prospère. Le livre aide à mesurer le chemin parcouru par le port franc que l'amiral voyait grandir, et la façon dont l'Angleterre a transformé en protectorat l'arrière-pays dont il ne voyait que la côte.
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Mark Twain, La Vie sur le Mississippi (1883)
Avant la guerre de Sécession, Mark Twain a été pilote de bateau à vapeur sur le Mississippi. En 1882, il redescend le fleuve de Saint-Louis à La Nouvelle-Orléans et mêle à ce voyage les souvenirs de son apprentissage, les légendes des pilotes, les bancs de sable qui se déplacent et les troncs immergés qui éventrent les coques. C'est le fleuve qu'Ernst descendit en barque en 1819, de Saint-Louis à Natchez, en évitant de justesse le naufrage. Soixante ans plus tard, les villes ont grandi et le chemin de fer concurrence les vapeurs, mais le fleuve reste le même maître capricieux.
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Robert Louis Stevenson, In the South Seas (1888-1889)
Le 28 juillet 1888, avant l'aube, le yacht Casco approche de Nouka-Hiva et entre dans la baie d'Anaho : Robert Louis Stevenson, malade des poumons, découvre les mers du Sud. Il gagne à pied Hatiheu en comptant les plates-formes de maisons abandonnées, mouille à Taïo-haé, séjourne à Hiva-Hoa chez les chefs d'Atuona, puis passe aux Pomotou et à l'atoll de Fakarava. Il écoute les chefs, les missionnaires et les traders, interroge les vieillards sur le tapu et sur les guerres d'autrefois, et s'attarde sur la dépopulation qui vide les vallées. In the South Seas, réuni en volume après sa mort, est le témoin lucide d'un monde que Dumont d'Urville voyait déjà décliner en cherchant en vain les villages de Porter.
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Charles Morris Woodford, A Naturalist among the Head-hunters (1890)
Entre 1886 et 1888, le naturaliste anglais Woodford fait trois séjours aux îles Salomon : à Alu et Fauro, puis à Aola sur Guadalcanal, et enfin à Roviana et Nggela. Il y rassemble des milliers de spécimens et raconte la vie des villages, les expéditions de chasseurs de têtes et les échanges avec les commerçants. Quelques années plus tard, il devient le premier commissaire résident du protectorat britannique des Salomon. Son livre prolonge les pages de Dumont d'Urville sur Isabelle et Guadalcanar : les mêmes rivages, un demi-siècle après, au seuil de la colonisation.
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Paul Gauguin, Noa Noa (1891-1893)
En juin 1891, Paul Gauguin débarque à Papeete avec l'espoir de trouver à Taïti le paradis que les récits de voyage lui ont promis. Il découvre une petite ville coloniale, la quitte vite pour Mataiea, sur la côte sud, prend une compagne tahitienne, Tehura, et peint. Revenu à Paris en 1893, il écrit Noa Noa avec le poète Charles Morice pour faire comprendre ses toiles au public. Le livre, mi-journal mi-poème, chante une Polynésie rêvée et regrette celle que les missionnaires et les colons ont transformée. Un demi-siècle plus tôt, devant l'immense église abandonnée de Papa-Oa, Dumont d'Urville méditait déjà sur la gloire passée de l'île : Sic transit gloria mundi.
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Matilde Serao, Nel paese di Gesù (1893)
Quarante ans après Énault, la journaliste napolitaine Matilde Serao, cofondatrice du quotidien Il Mattino, fait à son tour le voyage de Terre sainte en 1893 et en tire une série d'articles, réunis en volume en 1898. Même métier, même foi catholique, même route vers Jérusalem, Bethléem et la Galilée. Serao écrit avec ferveur et avec un sens aigu de la scène, des foules et des couleurs, qui rappelle celui de son devancier. Les deux journalistes, le Parisien du Second Empire et la Napolitaine de la fin du siècle, composent un diptyque du pèlerinage vu par la presse.
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Pierre Loti, Jérusalem (1894)
Au printemps 1894, après avoir traversé le Sinaï à dos de chameau, Pierre Loti arrive à Jérusalem en pèlerin sans foi, venu chercher une émotion religieuse qu'il ne trouve pas. Il décrit, cinquante ans après Thackeray, le même Saint-Sépulcre encombré de sectes rivales, les mêmes foules de pèlerins, une ville grise sous la pluie, mais sur un ton de mélancolie fervente qui est l'opposé exact de l'ironie de l'Anglais. Publié en 1895, le livre forme avec Le Désert et La Galilée un triptyque oriental. Lire Loti après Thackeray, c'est mesurer comment le même lieu peut susciter la satire chez l'un et la ferveur nostalgique chez l'autre.
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Pierre Loti, Le Désert (1895)
Le 22 février 1894, Pierre Loti quitte les sources de Moïse avec une caravane de chameaux, monte au couvent du Sinaï et descend vers le golfe d'Akaba, décidé à suivre la route la plus longue, celle du désert de Pétra, justement parce que les guides lui conseillent de s'en détourner. À Akaba, l'administrateur ottoman lui ferme le chemin : les tribus de l'Idumée sont en rébellion, et Loti doit obliquer vers Gaza à travers le désert. Le Désert, publié en 1895, est un journal de lumières et de silences, tout en couleurs de sable et de granit. On y mesure ce que valait l'entrée à Pétra obtenue par Laborde à force de patience et de cadeaux.
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Mark Twain, Following the Equator (1895-1896)
Près d'un siècle après Flinders, Mark Twain débarque à Sydney pour une tournée de conférences. Port Jackson, où l'Investigator recrutait des forçats, est devenu une grande ville ; Port Phillip, la baie à peine reconnue en 1802, abrite Melbourne et ses courses de chevaux ; Adélaïde s'étend près du golfe Saint-Vincent. Twain s'amuse de tout, des trains qui changent d'écartement aux frontières des colonies jusqu'à la faune, mais il écoute aussi l'histoire des Aborigènes et la juge sévèrement. Son récit, paru en 1897, montre ce que sont devenus en quelques décennies les rivages que Flinders nommait un à un.
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Mark Twain, Le Tour du monde (Following the Equator) (1895-1896)
Ruiné, Mark Twain part en 1895 pour une tournée de conférences autour du monde. Il découvre Sydney, ses quais et son port magnifique, traverse l'Australie avec un étonnement mêlé d'ironie, puis gagne l'Inde et fait escale à Maurice. À Port-Louis, il se moque de la chaleur, de la ferveur des habitants pour Paul et Virginie, et rapporte avec malice qu'à les entendre, Maurice aurait été créée d'abord et le paradis copié sur elle. Publié en 1897, le livre transforme en destination de croisière les lieux où Flinders avait connu la faim et la prison, et rappelle que le voyage peut aussi se raconter en riant.
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Joshua Slocum, Sailing Alone Around the World (1895-1898)
En février 1896, Joshua Slocum, seul à bord du Spray, un petit sloop rebâti de ses mains, entre dans le détroit de Magellan. Il fait relâche à Punta Arenas, où l'on le met en garde contre les Fuégiens, puis longe les parages de Port-Famine. Les canots le suivent ; un soir, pour dormir tranquille, il sème des clous de tapissier sur son pont, et les visiteurs nocturnes s'enfuient en hurlant. Chassé vers le cap Horn par une tempête au débouché du détroit, il y rentre par le canal Cockburn avant de gagner enfin le Pacifique. Les goulets, les rafales et les mouillages que décrit Dumont d'Urville, vus cette fois par un homme seul.
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Frederick William Christian, The Caroline Islands (1899)
À la fin des années 1890, le voyageur anglais F. W. Christian parcourt les Carolines alors espagnoles : Ponape et ses ruines de Nan Madol, Kusaie, Yap, Palaos et le lagon de Truk, l'ancien Hogoleu de ce tome. Linguiste autant que voyageur, il note les langues, les légendes et les monuments de pierre. Son récit permet de revoir, soixante ans après, les insulaires dont les pirogues avaient assailli le canot de l'Astrolabe à Rouk, et de mesurer ce que missions, baleiniers et commerçants ont changé entre-temps dans ces îles que l'expédition française n'avait fait qu'effleurer.
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Winston Churchill, The River War (1899)
Jeune officier et correspondant de guerre, Winston Churchill participe en 1898 à la campagne de Kitchener contre l'État mahdiste et combat à Omdurman. Son livre retrace la reconquête du Soudan par les armées anglo-égyptiennes, la remontée du Nil par Dongola et la voie ferrée lancée à travers le désert depuis Wadi Halfa. Près de quatre-vingts ans après Ismaïl Pacha, une autre armée venue d'Égypte reprend le même chemin le long du fleuve, entre les cataractes et les déserts que traversaient Waddington et Hanbury. Le livre revient aussi sur la conquête de 1820, point de départ de toute cette histoire.
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Odoardo Beccari, Nelle foreste di Borneo (1902)
Le botaniste florentin Odoardo Beccari arrive à Kuching en juin 1865 et ne quitte Bornéo qu'en janvier 1868. Il vit dans une cabane au cœur de la forêt du Sarawak, collecte palmiers, fougères et plantes carnivores, chasse l'orang-outan et partage la vie des Dayaks, jusqu'à ce que la fièvre l'oblige à rentrer. Il publie son récit en 1902, traduit en anglais deux ans plus tard. Là où ce tome livre sur Bornéo l'inventaire froid d'un résident hollandais, bois, or, diamants et étain, Beccari raconte la forêt elle-même, son humidité, ses bruits et ses habitants, et offre au lecteur l'intérieur de l'île que l'expédition française a seulement deviné depuis la mer.
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